François Bourque
Les taux de satisfaction vertigineux à l’endroit des gouvernements Legault (95 %) et Trudeau (76 %) révélés par le sondage Léger de la semaine dernière, en disent long sur notre inclinaison à se ranger derrière l’autorité.
Les taux de satisfaction vertigineux à l’endroit des gouvernements Legault (95 %) et Trudeau (76 %) révélés par le sondage Léger de la semaine dernière, en disent long sur notre inclinaison à se ranger derrière l’autorité.

«On n’est pas obligés de jouer en culottes courtes»

CHRONIQUE / On a fini par ne plus s’étonner de voir des représentants patronaux, syndicaux, écologistes et communautaires réfléchir ensemble autour d’une même table à l’avenir du Québec.

Ce dialogue social fait partie du modèle québécois. Un système organique qui repose sur un rôle fort de l’État, un filet social généreux, un certain nationalisme économique dont quelques fleurons qui résistent encore. 

On aime se rassembler, se ressembler, sentir qu’on va ensemble dans une même direction. 

Les taux de satisfaction vertigineux à l’endroit des gouvernements Legault (95 %) et Trudeau (76 %) révélés par le sondage Léger de la semaine dernière, en disent long sur notre inclinaison à se ranger derrière l’autorité. Ce n’est pas inhabituel en temps de crise, mais à ce point, ça en est presque troublant.

C’était avant le scandale des CHSLD. L’étoile du chef aura peut-être un peu pâli, mais on peut penser que l’adhésion aux décisions du gouvernement Legault reste solide. 

Pendant que d’autres débattent, se divisent et se déchirent, nous serrons les coudes, solidaires, résilients, disciplinés. Il n’y a que peu d’exceptions. 

Et maintenant qu’on commence à envisager la relance, on ne se surprend pas de retrouver de larges consensus sur ce qu’il convient de faire. 

Une quinzaine d’acteurs socio-économiques aux horizons divers (et parfois divergents) ont ainsi choisi de parler d’une même voix pour «nourrir la réflexion du gouvernement».

On y retrouve Conseil du Patronat, FTQ, Fondation David Suzuki, urbanistes, écologistes, économistes, militants de l’habitation et de l’économie sociale, etc. 

Le document adressé au gouvernement Legault regroupe une vingtaine de propositions.

Certaines fortes et novatrices; d’autres encore vagues, un peu convenues ou tellement imbibées de bons sentiments qu’elles ne disent plus rien. Mais l’intention est là.

Un exercice de positionnement politique où on cherche à faire entendre sa cause et ses revendications.    

Comme souvent les lobbies à l’approche d’un budget pré-électoral où le gouvernement va distribuer ses surplus. La différence est que le gouvernement n’aura pas de surplus à distribuer et que les «lobbyistes» ne tirent pas la couverte chacun de leur côté mais tous dans le même sens : celui de l’environnement. 

«Une alliance pour une économie verte, un développement durable et des mesures inclusives qui vont servir au plus grand nombre possible», décrit Yves-Thomas Dorval, président du Conseil du patronat.

Les choix du groupe sont clairs: 

Transport collectif; entretien des routes abîmées mais renoncement à accroître la capacité routière du Québec; 

électrification des immeubles et des véhicules; aménagement structuré du territoire; logement social; achat local; agriculture urbaine; accès Internet haute vitesse pour tous; soutien aux groupes communautaires; partenariat avec les premières nations, etc. 

Pour peu, on croirait que le Conseil du patronat (et les autres signataires) viennent d’embrasser le programme intégral de Québec Solidaire.

Parmi les propositions fortes : utiliser les 9 milliards de $ du Fonds des générations, qui devaient servir à réduire la dette du Québec, pour financer des projets de lutte aux changements climatiques. 

«Nous avons une dette environnementale qui pèse aussi sur les générations futures et qui a une valeur économique», expose M.Dorval. Un jour où l’autre, il va falloir la payer et réduire nos gaz à effet de serre. C’est le bon moment, croit-il.

La proposition des quinze prend résolument parti pour l’achat local. On y propose de faire éclater la règle du plus bas soumissionnaire dans les contrats publics pour introduire de nouveaux critères. 

On voudrait tenir compte de la «notion de durabilité» et s’ouvrir à «l’innovation» et aux retombées pour la collectivité.

«On est des libre-échangistes mais on n’est pas obligés de jouer en culottes courtes», plaide M. Dorval. «Ce n’est pas du protectionnisme, c’est de choisir ce qui rapporte le plus ici». 

Je vous résume ici les principales propositions du groupe des quinze. 

20 idées pour relancer le Québec après la crise

1- Utiliser les 9 milliards de $ du Fonds des générations qui devaient servir à rembourser la dette du Québec pour des mesures de lutte aux changements climatiques. 

2- «Éliminer la règle du plus bas soumissionnaire dans les contrats publics et ajouter des critères de durabilité, d’environnement et d’impact social. 

3- Créer une certification «Fabriqué au Québec» et en faire la promotion.

4- Accélérer l’investissement des 400 M $ prévus pour offrir un accès Internet haute vitesse partout au Québec d’ici 2022.

5- Offrir des crédits d’impôts pour soutenir le télétravail et les commandes en ligne.

6- Que l’État donne l’exemple en facilitant le télétravail à ses employés.

7- Accroître le soutien aux entreprises d’économie sociale et les faire participer à la relance car elles servent le plus souvent un marché et des besoins locaux. 

8– Favoriser la recherche et le développement visant la réutilisation de matières résiduelles.

9- Aider par la formation les employés à migrer vers des emplois dans des secteurs qui produisent peu de carbone et atténuent les inégalités sociales. 

10- Accélérer les projets de transport collectifs prévus au récent plan québécois des infrastructures (Il y en a pour 44 milliards $ d’ici 2030); investir dans les infrastructures de transport actif (vélos, trottoirs, etc).

11- Accélérer le soutien à l’électrification des véhicules publics, des sociétés de transport collectif et de transport de marchandises.

12- privilégier les circuits de livraison courts et l’inter-modalité avec le maritime et le ferroviaire qui permettent de limiter les déplacements à vide.  

13- Accélérer les investissements dans le maintien des actifs du réseau routier plutôt que dans le développement de la capacité routière. Les chaussées sont en mauvais état; c’est le temps de les remettre à niveau. 

14- Accroître les achats d’aliments locaux par les écoles, hôpitaux et ministères; soutenir les marché publics et de quartier; favoriser les circuits courts en alimentation; mener campagne de promotion des aliments québécois.

15- Redynamiser les coeurs de villes et de villages; mettre un fonds de soutien massif au commerce de proximité à la disposition des villes; 

16- Réactiver et bonifier le programme de rénovation résidentielle Rénovert; 

17- Accélérer la conversion à l’électricité des bâtiments résidentiels, commerciaux et institutionnels. 

18- Privilégier le bois dans les projets où le gouvernement est le donneur d’ordre. 

19- Restaurer les bâtiments patrimoniaux.

20- Décider conjointement avec les Premières Nations des priorités d’investissement les concernant. 

Les signataires de la proposition: Fondation David Suzuki; Conseil du patronat du Québec; Fédération des travailleuses et travailleurs du Québec; Chantier de l’économie sociale; Vivre en Ville; Propulsion Québec; Ordre des urbanistes du Québec; COPTICOM; Équiterre; Écotech Québec; Association des groupes de ressources techniques du Québec; Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec; Coalition des groupes communautaires pour le développement de la main-d’œuvre; Annie Chaloux et François Delorme, Université de Sherbrooke.