Sur le fond, le président du Réseau de transport de la Capitale, Rémy Normand, a raison d’être irrité devant la demande d’explications de Québec, mais c’est le prix à payer pour la stratégie du silence pratiquée depuis l’automne par son administration.

Métro ou tramway: le prix du silence

CHRONIQUE / Métro ou tramway? Mieux vaut se poser la question une fois de trop que de regretter de ne pas l’avoir posée, avais-je écrit l’automne dernier.

La réponse me semblait pourtant évidente. Un métro coûte beaucoup plus cher et a une capacité supérieure aux besoins de Québec. Mais puisque le débat était lancé, aussi bien me disais-je, prendre le temps d’expliquer une fois encore, pourquoi un tram plutôt qu’un métro.

L’administration Labeaume a cependant choisi d’ignorer la question, avec pour résultat qu’elle a laissé grandir le monstre. L’idée d’un métro a fait son chemin, en sous-terrain et dans le discours public des opposants au tramway en même temps que surgissaient d’autres questions sur le projet de tramway. 

Si bien que le ministère de l’Environnement du Québec croit aujourd’hui nécessaire d’obtenir des explications formelles de la ville : pourquoi un tramway plutôt qu’un métro?

C’est ennuyeux de devoir retourner ainsi à la base de l’argumentaire pour qui croit connaître déjà les réponses et pensait avoir déjà «nettoyé tout ça».

Il fallait voir l’irritation du président du Réseau de transport de la Capitale (RTC), Rémy Normand, lundi en point de presse. 

«C’était évident pour nous que c’est totalement inutile. C’est brûler du gaz pour rien» et «un peu farfelu», sachant que les gouvernements ne paieront pas un métro, a-t-il jeté avec impatience.  

Sur le fond, M. Normand a raison, mais c’est le prix à payer pour la stratégie du silence pratiquée depuis l’automne par son administration. 

Cette obligation de mieux s’expliquer est cependant un mal pour un bien.  

Le tramway est sans doute le meilleur choix pour Québec, mais on ne sent pas actuellement une très grande acceptabilité sociale. 

Pas suffisante pour résister à la grogne lorsque les travaux dérangeants du tramway vont commencer. 

Mieux vaut ce jour-là que les citoyens soient convaincus que Québec a fait le bon choix et que les irritants du chantier en valent la peine. Sinon, on assistera à un soulèvement populaire et le projet sera mis en péril.

Le projet de tramway/transport structurant a tout à gagner à ce que les doutes soient dissipés. Même si cela implique de se répéter et mieux s’expliquer.

En relayant les préoccupations du public sur le choix du mode de transport et ses impacts, le ministère de l’Environnement va contribuer à bonifier le projet. C’est à ça que servent les consultations publiques. 

On ne voudrait pas investir 3.3 milliards $ d’argent public sans avoir l’assurance d’avoir fait le meilleur choix.

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Dommage (pour ne pas dire scandaleux) que le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) n’ait pas la même sagesse, la même rigueur et les mêmes exigences argumentaires pour son projet de troisième lien (à l’est).

Le gouvernement Couillard avait voulu que tous les scénarios soient évalués avant de s’engager formellement dans ce projet de nouveau lien. 

Il voulait évaluer d’abord les axes de déplacement et mesurer les besoins; étudier des moyens alternatifs de réduire la circulation ou en améliorer la fluidité (horaires de travail, télétravail, voies réversibles sur Pierre-Laporte, etc.).

C’était une approche responsable et raisonnable. La CAQ s’est empressée d’y mettre la hache sitôt élue, pour ne retenir que le scénario décidé d’avance d’un troisième lien à l’est. Comme si le gouvernement Legault avait peur de ce qu’il pourrait trouver dans une véritable étude de besoins et d’opportunité. 

Si les élus de la CAQ n’en ont pas le courage, souhaitons que le ministère et les autres instances publiques concernés pourront mener à bien cette analyse rigoureuse et en rendre les résultats publics. 

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L’étude comparative métro-tramway devrait-elle être confiée à une firme indépendante, comme le demande l’opposition à l’hôtel de ville?

Je comprends la préoccupation. 

C’est toujours agaçant quand on a l’impression que le résultat d’une étude ou d’une consultation publique est décidé d’avance. 

Cela peut semer un doute sur ce résultat alors que l’objectif ici est justement de dissiper les doutes. 

Un ton plus serein et plus neutre de la part du président du RTC aurait été plus rassurant. Cela vaut aussi pour les commentaires écrits du RTC sur le projet «J’y vais en métro» distribués à la presse. On y sent là aussi l’irritation.

Cela dit, le bureau de projet RTC-transport structurant a toute l’expertise pour mener à bien l’étude demandée. Le reste est question d’attitude. 

Il y a ici un coup de barre à donner. Mais jusqu’à preuve du contraire, je ne vois pas la nécessité d’allonger les délais et les coûts en allant au privé. Il suffira d’y mettre un peu de bonne foi et de pédagogie.