La congestion est certainement une des causes des trajets de plus d’une heure pour aller ou revenir du travail, mais ce n’est pas la seule.

La démagogie de la congestion

CHRONIQUE / Les opposants au projet de troisième lien ont fait leurs choux gras des récentes données du recensement 2016 voulant que la congestion ne soit pas aussi lourde qu’on le pensait à Québec.

Ces données de Statistique Canada sur les Les trajets de longue durée pour se rendre au travail suggèrent que seulement 2,3 % des citoyens de la région passent plus de 60 minutes en auto pour se rendre au travail. 

Cette heure est longue quand on la passe coincé dans le trafic, mais il faut convenir que cela représente une bien petite proportion de la population. Si petite que Québec se classe au 29e rang sur 35 à l’échelle canadienne. 

Et trop petite pour justifier un troisième lien, se sont empressé de conclure des élus du Parti québécois (PQ), de Québec solidaire et autres troisièmeliensceptiques. 

«Ces informations viennent une fois de plus prouver l’inutilité d’investir des milliards dans un projet qui n’est pas nécessaire», a notamment lancé la critique en transport du PQ, Catherine Fournier.

Mme Fournier peut avoir d’excellentes raisons de croire que le troisième lien n’est pas nécessaire. Elle n’est d’ailleurs pas la seule à douter et j’en suis moi aussi. 

Mais cela n’autorise pas la démagogie. On ne peut pas faire dire aux chiffres ce qu’ils ne disent pas. La recherche de Statistique Canada décrit le temps passé en auto pour se rendre au travail. Elle ne dit rien (ou trop peu) sur la congestion.

La congestion est certainement une des causes des trajets de plus d’une heure pour aller au travail le matin, mais ce n’est pas la seule. 

Il y a par exemple des citoyens qui choisissent d’habiter à la campagne ou dans une ville autre que celle où ils travaillent. Une question de goût, de logistique immobilière ou que sais-je. Ces choix ont une incidence sur le temps de déplacement mais il n’y a pas de lien automatique avec la congestion.

On peut même penser que c’est parce qu’il n’y a pas de congestion que des navetteurs font parfois le choix d’habiter plus loin de leur lieu de travail. Qu’est-ce qu’une heure à rouler à bonne vitesse sur une route de campagne, se disent-ils. C’est bien différent de la frustration de rouler pendant une heure sur une autoroute-parking à respirer les gaz d’échappement des voitures en avant. 

La «légèreté» des longues distances est d’ailleurs la seule explication logique au fait que Trois-Rivières (4 %) est devant Québec (2,3 %) pour la proportion de déplacements de plus d’une heure et Saguenay tout juste derrière (2,1 %). 

Les auteurs de la recherche font d’ailleurs mention de cette réalité dans le document rendu public cette semaine.

Vue sous cet angle, la congestion serait donc moindre que ce que suggère l’étude sur les «trajets de longue durée pour se rendre au travail».

Ce n’est évidemment pas le cas. Le seuil des 60 minutes en auto utilisé dans la recherche est arbitraire et ne donne pas un portrait réaliste de la congestion. 

Les navetteurs qui mettent 45, 50 ou 55 minutes pour entrer au travail tombent sous ce seuil mais vous diront qu’ils souffrent aussi de la congestion.

Pareil s’il faut 30 minutes pour faire deux malheureux kilomètres. En fait, tout déplacement ralenti par le nombre de voitures devant sera perçu comme de la congestion, ce qui rend le concept même de la congestion bien relatif. 

Sous cet angle, la congestion aurait sans doute été largement sous-estimée dans l’étude de cette semaine. 

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Il serait hasardeux d’utiliser le 2,3 % de cette étude comme indicateur de la congestion à Québec et encore plus de s’en servir pour établir les besoins d’infrastructures. Ou leur absence. 

Ces besoins (ou leur absence), on les verra mieux dans l’étude sur l’origine et la destination des déplacements à Québec, menée par le ministère des Transports. Les résultats sont attendus ce printemps.

On saura alors (à peu près) combien de voyageurs se déplacent dans tel ou tel axe pour aller travailler le matin. On l’a sans doute un peu remarqué, car une étude similaire a été menée en 2011. On sait que les pôles d’emploi n’ont pas tant changé depuis à Québec et Lévis. 

Mais on aura bientôt des chiffres à jour qui, espérons-le, aideront à aller au-delà des dogmes, des promesses électorales racoleuses et de l’émotivité pour évaluer la véritable utilité d’un troisième lien à l’est comme réponse à la congestion. 

La question se pose de façon un peu différente pour le tramway et le réseau structurant. On voudra ici aussi construire les lignes de transport collectif dans les grands axes de déplacement. Voire s’en servir pour orienter le développement futur. 

Mais l’objectif ici n’est pas tant de réduire la congestion que d’offrir à un grand nombre de citoyens un moyen d’entrer au travail ou à l’école à l’abri de la congestion. 

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Démagogie pour démagogie, me permettez-vous celle-là si elle est faite avec un sourire. 

J’ai vu passer le communiqué de la Ville de Lévis cette semaine : premier rang pour l’indice du bonheur parmi les villes de 100 000 habitants et plus au Québec, selon un sondage Léger.

Cela s’ajoute aux premiers rangs pour la qualité de vie (Moneysense, 2017), la sécurité (Institut de la statistique du Québec, 2016), la vitalité économique (Maclean’s, 2016) et ses qualités d’employeur au Québec (Forbes, 2019).

Ces institutions reconnues ont fait de Lévis la ville du bonheur, du succès économique et de la qualité de vie. On voit bien qu’elle n’a pas besoin d’un troisième lien pour être heureuse.