Le ministre Jean-Yves Duclos s’est plutôt bien tiré d’affaire depuis qu’il a été élu en 2015. Il a échappé aux pièges de la vie publique et du pouvoir. Ne fut impliqué dans aucune controverse éthique ou politique.

Échapper aux pièges du pouvoir

CHRONIQUE / Le ministre Jean-Yves Duclos a de la «réceptivité» à ce que le fédéral mette davantage d’argent pour un éventuel prolongement du tramway de Québec sur la Rive-Sud.

Il reste encore 4 milliards $ d’argent «exclusivement fédéral» pour des grands projets d’infrastructures au Québec, fait-il valoir. «Comme élu de la région, je vais toujours être intéressé à faire tout ce qui est possible pour attirer davantage d’argent du fédéral dans la grande région.» 

M. Duclos dit constater, comme d’autres, que «pour l’instant, l’interconnexion avec la Rive-Sud est faible». Il refuse de parler de «déception» et préfère y voir une «opportunité». On peut cependant lire entre les lignes. 

«Je pense que c’est une discussion qu’on doit continuer à faire valoir à Québec.» Il y a un intérêt à «davantage intégrer les deux rives», croit-il. «Des deux côtés du fleuve, on entend la même chose. Que le transport collectif va nous aider à réduire la congestion.»

Lorsqu’un vénérable commerce d’instruments de musique du boulevard Charest a déménagé il y a deux ans, le jeu d’évasion Sauve qui peut a pris le relais dans le local voisin de celui du député Duclos.

J’ai souri. Sauve qui peut. C’est le sort qui attend souvent les universitaires et intellectuels comme lui qui s’aventurent dans l’univers étranger de la politique. 

La réalité est que le ministre Duclos s’en est plutôt bien tiré. Il a échappé aux pièges de la vie publique et du pouvoir. Ne fut impliqué dans aucune controverse éthique ou politique.

Des amis, collègues et anciens élèves avaient dit beaucoup de bien de cet homme méthodique et discret dans un portrait que j’avais publié après son élection dans la circonscription de Québec, à l’automne 2015.

Je n’ai pas fait le tour des acteurs locaux, collègues et fonctionnaires qui l’ont côtoyé depuis, mais j’ai l’intuition que j’entendrais la même chose. 

L’homme ne semble pas avoir changé. N’a jamais cherché à prendre toute la place au détriment de collègues. 

Même affabilité qu’à son entrée en scène, même retenue, même humilité, même respect de la hiérarchie du parti et même politesse envers les joueurs publics à qui il a eu affaire, y compris les plus difficiles. 

Le Canadien National (CN) dans le dossier du pont de Québec, par exemple. D’autres que vous connaissez ont multiplié les attaques comme ce «mauvais citoyen corporatif».

Lui préfère parler d’un «partenaire imparfait». On pourrait penser qu’il agit par calcul pour protéger les négociations à venir avec le CN, mais cela va au-delà. C’est dans sa nature. 

À peine si ce libéral, bientôt en campagne électorale, trouve à mordre ses adversaires conservateurs. «Ils acceptent des projets avant de les connaître», leur reprochera-t-il. «Ils font du clientélisme», dira-t-il aussi. 

Rien de bien méchant. Cela viendra peut-être si le jeu se corse, mais on n’y est pas encore. 

Pour un journaliste, interviewer Jean-Yves Duclos et essayer de lui arracher un point de vue clair sur un sujet à controverse est un défi. On obtient surtout des réponses en demi-teintes et fuyantes. 

La recette du ministre Duclos : «Espoir et travail acharné», répétera-t-il comme une incantation, sur plusieurs dossiers délicats.

***

Le Polimètre, un outil de suivi des promesses électorales mis au point par les professeurs de politique François Petry et Lisa Birch de l’Université Laval donne une bonne note au gouvernement Trudeau pour le mandat qui se termine : 325 promesses tenues ou en voie de réalisation sur 353, soit plus de 90 %. 

L’outil ne recense cependant pas les promesses régionales. Plusieurs ont été tenues (aide au transport structurant, Institut national d’optique, Institut nordique, etc.); 

D’autres pas encore ou en partie seulement (train à grande fréquence, centre de dédouanement, peinture et restauration du pont de Québec, etc.). 

 ***

Politicien réservé, il n’affichera sa «fierté» que lorsqu’il parle de l’Allocation canadienne pour enfants, une bonification de programmes existants qu’il a contribué à mettre en place comme ministre de la Famille.

«Une politique remarquable», croit-il, abandonnant un instant la modestie. «Je n’aurais jamais pu imaginer dans mon ancienne vie que j’allais pouvoir contribuer à ça. 

«Ça respecte tous les principes d’une bonne politique publique : simplicité pour le gouvernement et les familles et équité pour tous.»

«Une fierté inattendue», confie l’ex-professeur qui a donné 30 fois le cours d’économie politique dans lequel il enseignait ces principes. 

M. Duclos dit en mesurer aujourd’hui les impacts, notamment en basse-ville, mais aussi ailleurs dans la région où 200 000 familles reçoivent maintenant une allocation moyenne de 550 $ par mois.

Des organismes communautaires lui ont dit avoir perçu un «effet 21» depuis la bonification de ce programme d’aide à l’été 2016. 

Au lendemain du 20 de chaque mois, jour où sont déposées les allocations, des enfants arrivent à l’école ou au service de garde moins stressés et avec des «boîtes à lunch» mieux garnies. J’imagine qu’une étude permettra éventuellement de quantifier ce qui en est vraiment. 

CE QU'IL A DIT...

… sur le troisième lien 

«Il est trop tôt pour se prononcer… Tout le monde sait que davantage d’informations doivent être fournies sur ce projet avant que les gens puissent se prononcer intelligemment». 

Il évoque les «coûts, l’impact sur l’environnement dans la région, les terres agricoles sur la rive sud, l’effet sur la circulation sur la rive nord, sans compter les études d’ingénierie, l’impact sur le sous-sol marin».

... sur le projet de train à grande fréquence (TGF) 

«Les astres sont très bien alignés… une autre histoire d’espoir et de travail acharné». L’hypothèse d’exclure Québec est désormais exclue, mais le projet reste incertain. «Si et quand il se construira», le TGF devrait relier Québec au centre-ville de Mont­réal en 2h10 avec des arrêts à Trois-Rivières et sur la rive nord de Montréal.

... sur l’agrandissement du Port de Québec

«Il y a encore beaucoup de travail à faire pour atténuer les inquiétudes des citoyens… Le Port est le premier à reconnaître que sa transparence a fait défaut. Il a vécu jusqu’à récemment dans une ambiance de château fort». 

«Vous voyez un peu la division d’opinions. Il y a ceux qui craignent les impacts maritimes, le transport, l’aspect physique... Quand on entend tous les acteurs (Chambre de commerce, etc.), on se dit que ce projet a du sens au plan économique. On aurait besoin vous et moi de retourner voir ces études…»

...sur le corridor de transport pour le pétrole de l’Ouest

«Vous avez entendu M. Legault. Je suis un élu du Québec comme M. Legault. J’entends peu d’appétit pour un tel pipeline. Le problème des conservateurs est qu’ils acceptent des projets avant même qu’ils soient évalués... Moi scientifique de formation, j’ai de la misère à me prononcer sur un projet quand je n’ai pas vu les données».