François Bourque
Le Soleil
François Bourque
La ministre québécoise responsable des sports, Isabelle Charest, est une ex-patineuse de vitesse de courte piste.
La ministre québécoise responsable des sports, Isabelle Charest, est une ex-patineuse de vitesse de courte piste.

Des jeux plus modestes. Vraiment?

CHRONIQUE / La ministre québécoise responsable des sports, Isabelle Charest, a évoqué en entrevue à Radio-Canada la semaine dernière, l’idée d’un jumelage Montréal-Toronto pour une nouvelle candidature à des Jeux Olympiques d’été.

L’idée a été lancée de façon impromptue en réponse à une question. Ce n’état pas planifié et il n’y a pas actuellement de projet en ce sens. Pas à ma connaissance. Ce rien n’empêche de rêver, quand on est soi-même médaillée olympique. (Patinage de vitesse courte piste 1994 et 1998) . 

«Le Canada pourrait faire quelque chose de super intéressant en organisant des Jeux à la hauteur de ses moyens», a souhaité la ministre. 

Un avis partagé par le Comité Olympique Canadien (COC), mais qui n’a rien de bien étonnant, puisque c’est dans la description de tâche du COC d’encourager l’olympisme. 

J’ai voulu demander à Mme Charest si elle voyait le même intérêt pour Québec et pour des jeux d’hiver, mais ce sera partie remise, la ministre étant en vacances ces jours-ci. 

Pas plus tard que le mois dernier, le maire Labeaume a répété (entrevue à La Presse) qu’il n’était plus intéressé à des Jeux Olympiques à Québec. Il a tiré la ligne au printemps 2016 et n’y est plus revenu depuis.

M.Labeaume avait alors prétexté les «conflit d’intérêts» à la tête de fédérations internationales de sport (ski et hockey), ce qui aurait nuit aux chances de Québec d’obtenir les Jeux. On parlait alors de 2026. 

M.Labeaume avait sans doute raison pour les conflits d’intérêt, mais en concentrant l’argumentaire sur ce seul enjeu, le débat de fond sur ce que Québec aurait à gagner ou à perdre des olympiques n’a pas eu lieu.

Au cours de la dernière décennie, le gigantisme (et l’explosion des coûts) a découragé beaucoup de villes à poser leur candidature.

Ce fut le cas de Calgary en 2018, où la population a rejeté par référendum (56%-44%) un projet de candidature pour 2026. 

À son arrivée aux affaires en 2013, le président du CIO, Thomas Bach, a plaidé pour une réforme devant permettre de réduire les coûts de candidature et d’organisation. Pas moins de 44 mesures ont depuis été adoptées sous le vocable «Agenda 2020».

L’opération a donné certains résultats. Les candidatures pour les jeux de 2026 ont coûté 80% de moins que celles pour 2022 (5 M US $ vs 35 M US $). 

Baisse aussi pour les budgets d’opération des candidates pour 2026, inférieurs de 20 % à ceux des candidates pour 2018 et 2022, selon une analyse de la Commission d’évaluation du CIO. 

Intéressant, mais cela ne dit pas tout. Ce qui a fait exploser la facture des jeux précédents (outre la sécurité) ce sont les coûts d’infrastructures sportives et publiques (ex : transport, ) qui ne sont pas inclus dans les budgets d’opération. 

La pandémie actuelle a contraint le CIO à reporter à l’an prochain les jeux d’été de Tokyo qui devaient commencer cette semaine. 

Trop tôt pour dire où on en sera alors avec la pandémie, mais il est peu probable que les activités entourant les jeux puissent être maintenues telles quelles. 

S’il fallait parier aussi aujourd’hui, je dirais qu’il y a un gros risque que l’organisation deviendra plus compliquée encore s’il faut y ajouter un enjeu de santé publique. 

De façon plus générale, la crise incite le mouvement olympique à réfléchir à la «portée» de ses activités pour s’ajuster notamment à la prolifération des événements sportifs à l’évidence moins lourds à organiser. 

En entrevue à l’agence Reuter plus tôt ce printemps, le président Thomas Bach a dit vouloir pousser plus loin les réformes de l’Agenda 2020. Vouloir faire des jeux plus «durables» et «moins couteux». 

Des jeux qui seraient déterminants dans les efforts locaux de relance après la pandémie, d’ajouter M.Bach. Il a fait savoir la semaine dernière qu’il était déjà en discussion avec une quinzaine de villes qui pourraient devenir candidates. Ça reste à voir.

Des jeux plus modestes et durables, le CIO a déjà beaucoup joué dans ce film.

C’est une chose d’imposer un plafond aux dépenses de candidatures. Mais couper dans la logistique et les coûts des jeux, c’est autre chose. On va couper dans quoi? 

  • Dans la sécurité? Après tous les attentats des dernières années et maintenant la pandémie qui va imposer de nouvelles normes de distanciation, de logement, de transport, etc ? Ça ne semble pas vraisemblable.
  • Couper dans le nombre de sports ou d’épreuves? Peut-être. On pourrait penser au bobsleigh ou à la luge où on compte peu d’adeptes qui commandent des pistes coûteuse à construire. 

Mais on voit d’ici la résistance des lobbies, des fédérations de sports et le poids des traditions. Il est plus facile d’admettre de nouveaux sports que d’en écarter.

  • Couper dans le nombre d’athlètes? Pour réduire la taille du village olympique et la logistique de transport? Je vois mal. 
  • Couper dans la qualité ou l’ampleur des infrastructures sportives? Permettre la descente de ski sur des montagnes plus courtes pour qualifier plus de candidatures? On a déjà entendu ça. Ce n’est pas arrivé. 
  • Réutiliser des équipements qui ont déjà servi à d’autres jeux ou événements? Il y a ici une piste. Cela voudrait dire que les jeux retourneraient plus souvent dans les mêmes villes plutôt que dans de nouveaux marchés. 

Peut-être pas du hasard si les cinq noms qui ont circulé à date pour les olympiques de 2030 sont des villes qui les ont déjà eu : Vancouver (2010), Lillehammer (1994), Salt Lake City (2002) Sapporo 1972 et Barcelone (été 1992).

Le paradoxe est que bien des villes, (c’était le cas de Québec à l’époque), se sont intéressées aux Jeux dans l’espoir de se faire payer par d’autres des équipements qui allaient leur rester ensuite. 

  • Permettre des jeux éclatés en plusieurs sites, villes ou pays pour limiter les coûts d’infrastructures? On y est déjà. Le CIO est d’accord. Mais chaque fois, c’est un peu de l’idéal olympique avec son village unique où fraternisent les athlètes du monde. 

Un modèle incarné par Lillehammer (30 000 habitants) mais dont on n’a cessé de s’éloigner depuis.

On ne va pas reprocher à la ministre Charest d’avoir la nostalgie de ces jeux à échelle humaine. Mais il faudra un virage plus convaincant du CIO pour croire à un retour de jeux plus «modestes», plus «durables» et tournés vers les besoins locaux plutôt que sur les siens.