François Bourque
Le Soleil
François Bourque
Les secteurs du campus de Rochebelle et des grands stationnements de surface courant derrière le Canadian Tire et à travers les tours d’Iberville étaient jusqu’ici restés à l’écart du mouvement.
Les secteurs du campus de Rochebelle et des grands stationnements de surface courant derrière le Canadian Tire et à travers les tours d’Iberville étaient jusqu’ici restés à l’écart du mouvement.

De retour sur les planches à dessin

CHRONIQUE / Le visage du centre de Sainte-Foy a beaucoup changé depuis une décennie avec la multiplication de tours résidentielles et commerciales, la nouvelle bibliothèque, l’ouverture prochaine de l’anneau de glace et d’un nouveau marché public, la réfection en cours de la route de l’Église, etc.

Les secteurs du campus de Rochebelle et des grands stationnements de surface courant derrière le Canadian Tire et à travers les tours d’Iberville étaient jusqu’ici restés à l’écart du mouvement.

Une sorte d’anomalie économique et urbaine. Ces terrains à l’entrée de la ville ont la plus grande valeur au pied carré à Québec (à part sur Grande Allée) en raison de leur localisation et du zonage qui y permet de grandes hauteurs.

Le programme particulier d’urbanisme (PPU) du plateau de Sainte-Foy, adopté en 2012, poussait d’ailleurs à la densification et promettait un réseau d’espaces verts et d’équipements publics qui allaient rendre le secteur encore plus attrayant.

Cela n’avait pas cependant suffi jusqu’à maintenant, les promoteurs préférant construire en façade de la route de l’Église et du boulevard Laurier.

L’implantation du pôle d’échange du tramway dans le stationnement de l’Industrielle Alliance, derrière le Canadian Tire, va changer la donne.

Au lendemain de l’annonce de la Ville, cette semaine, les architectes du Groupe Industrielle Alliance (ABCP) ont reçu le mandat de retourner sur les planches à dessin.

Ils devront évaluer le potentiel des espaces résiduels en bordure de la future ligne de tram. La fonction résidentielle, qui avait déjà été envisagée sur ce terrain, est-elle toujours possible et serait-elle encore attrayante?

Pourra-t-on construire par-dessus la ligne de tram ou au-dessus de la future station d’échanges, s’interroge Mario Bédard, vice-président Placements immobiliers chez Industrielle Alliance.

Les réponses vont peser dans la négociation qui s’engage à partir de maintenant entre la Ville et l’assureur pour l’utilisation des terrains destinés au pôle d’échange.

M. Bédard se «réjouit que la Ville aboutisse», mais constate que «le choix de notre site [pour le pôle] va augmenter la difficulté de développement».

«On va négocier», prévient-il. C’est de bonne guerre.

Il faudra négocier aussi avec Couche-Tard, propriétaire du dépanneur et de la station-service Ultramar du boulevard Laurier par où il est désormais prévu faire passer la ligne de tramway.

L’Industrielle Alliance avait déjà offert en 2017 de loger le pôle d’échange du tramway. Sa proposition n’avait cependant pas été retenue, la Ville lui préférant celle du Groupe Dallaire (Le Phare).

Le travail d’architecture fait à l’époque ne sera sans doute pas d’une grande utilité. Il faudra tout reprendre.

On avait travaillé alors sur un scénario de SRB qui allait traverser à Lévis. Il n’y avait pas de tramway dans le décor ni de quais à prévoir pour les autobus de Lévis.

Il y a aussi que la Ville souhaitait alors intégrer le pôle d’échange à un ensemble immobilier multifonctionnel (bureaux, résidences, services, restaurants, etc.)

Cette vision vient d’être mise de côté.

Le pôle d’échanges n’abritera que des «fonctionnalités» liées au transport, ce qui permettra à la Ville d’avoir les coudées franches et de ne plus dépendre du rythme et de la santé financière d’un promoteur.

Reste qu’il est essentiel que les voyageurs trouvent des services à proximité de la station de tram. Cela ouvre la porte peut-être à un assouplissement de la posture de l’administration Labeaume.

À quelques mètres de là, du côté nord du boulevard Hochelaga, le passage du tramway à travers le campus de l’école secondaire de Rochelle donne aussi le signal d’un retour sur les planches à dessin.

Les premiers pavillons mis en chantier en 1957 sont vieillissants et l’ensemble est plutôt décousu.

Le premier réflexe face au tramway avait été «négatif», rappelle le directeur général de la Commission scolaire des Découvreurs, Christian Pleau. Une «surprise» et un «choc». L’idée d’un campus «scindé» par un tramway inquiétait. Cela posait des enjeux de sécurité, de quiétude, de circulation entre les pavillons, etc.

On sent que le vent vient de tourner. «On n’est pas en guerre ouverte avec la Ville, au contraire», rapporte M. Pleau. Il voit désormais une «opportunité» de regrouper l’offre de services aux adultes, d’améliorer la circulation et de «verdir» le coeur du campus, de revoir les espaces.

Le PPU évoquait depuis des années l’insertion de plusieurs bâtiments nouveaux à même le campus.

«Tôt où tard, il fallait y arriver», pense M. Pleau. L’argent du tramway (dédommagements attendus) en donnera peut-être enfin les moyens.

La Ville a promis de limiter la vitesse du tram à 20 km/h sur le campus. Des accès piétons seront sécurisés et la circulation sera revue, autour de la piscine municipale Sylvie-Bernier par exemple. On y entre par Hochelaga, mais impossible d’en sortir sans traverser tout le campus pour rallier la route de l’Église. Il y a moyen de faire mieux.

Il reste des questions sur le bruit, sur la sécurité des étudiants, sur la relocalisation des terrains de sports, etc. On est encore au «début d’un processus», décrit M. Pleau.

Il sent cependant que la Ville a désormais une «oreille attentive». Le dg a reçu un coup de téléphone du maire et une soirée d’explication avant l’annonce publique a permis de «reconstruire les ponts». On n’est plus dans la confrontation, mais dans la recherche de solutions d’aménagement intéressantes pour tout le monde.

Reste le secteur des tours d’Iberville construites au milieu des années 70 à l’angle de Hochelaga et de Lavigerie. On retrouve là aussi de vastes stationnements de surface qui détonnent avec la vision souhaitée pour ce secteur.

On n’a jamais entendu dire que le propriétaire, la Société immobilière Dupont, y avait des projets de densification ou de redéveloppement. Je n’ai pas pu obtenir de réponse cette semaine, mais il n’est pas impossible de penser que le tramway puisse avoir là aussi un effet.

Avec les annonces récentes sur la transformation à venir de la rue de la Couronne et du secteur sud de l’autoroute Laurentienne, on commence à prendre de mieux en mieux la mesure de ce que le tramway peut apporter à cette ville au-delà d’une meilleure offre de transport en commun.