Jean-François Gosselin a perdu le contrôle de son propre parti pour des vengeances et animosités personnelles, des divergences politiques et des doutes sur son leadership.

Comment Jean-François Gosselin a «perdu» et regagné son parti

CHRONIQUE / Le chef du parti municipal Québec 21, Jean-François Gosselin, fera annuler l’assemblée spéciale du 16 avril prochain où un vote de confiance sur son leadership était à l’ordre du jour.

La raison officielle en sera que des vices de procédures et l’absence de quorum au conseil d’administration du parti à la suite de récentes démissions empêchent de tenir cette assemblée selon les règles. 

L’annonce en sera faite lundi lors d’un point de presse où il sera aussi question de l’avenir du parti.

Depuis quelques mois, le parti d’opposition à l’hôtel de ville de Québec est déchiré par des querelles internes et une fronde contre le chef. 

L’étalage de ces divisions a fini par saboter une partie de la crédibilité politique que Québec 21 s’était gagnée avec la victoire à l’élection partielle de l’automne dernier dans Lebourgneuf.

Il y a encore beaucoup de temps avant la prochaine élection, mais le dommage causé cet hiver est important. 

Le premier réflexe serait de croire que M. Gosselin cherche actuellement à se soustraire à un vote de confiance qu’il aurait eu peur de perdre. Ça aurait peut-être été le cas il y a quelques mois, mais plus maintenant. 

Constatant que son parti allait lui glisser pour de bon entre les doigts, M. Gosselin a lancé une contre-offensive en commandant une enquête à un vérificateur externe sur les dépenses du C.A.

Pendant que cela occupait le débat public, son équipe est allée discrètement sur le terrain. Depuis le 25 février, elle a recruté 200 nouveaux membres, doublant du coup le membership de Québec 21. 

Ces nouveaux membres assurent désormais le chef de l’emporter si un vote de confiance devait se tenir à brève échéance. 

Le conseil d’administration du parti, qui était en majorité hostile à M. Gosselin, a été informé de cette offensive de recrutement il y a quelques jours seulement. 

Prenant conscience qu’ils ne réussiraient pas à renverser le chef, quatre d’entre eux ont choisi de quitter, dont le président et la vice-présidente, suivis par la directrice générale du parti et par l’agent officiel. 

Les deux membres restants au C.A. (outre M. Gosselin), Jean-Alex Martin et Denise Peter, sont des proches des dissidents. 

L’hypothèse la plus vraisemblable est qu’ils sont restés pour être informés de la suite des choses et avoir accès aux documents du parti. Sait-on jamais. Ça pourrait servir si le conflit devait se déplacer un jour devant les tribunaux. 

Avec l’annulation de l’assemblée spéciale du 16 avril sur le leadership, il faudra attendre l’assemblée générale annuelle de l’automne prochain, avant que le sujet revienne à l’ordre du jour.

À moins que d’ici là, 21 membres du parti (c’est la règle) déposent une nouvelle demande d’assemblée spéciale. 

Le bras de fer n’est peut-être pas terminé, mais disons qu’à court terme, M. Gosselin semble avoir réussi à mâter la mutinerie. Non sans peine et sans dommages.

Comment un chef a-t-il pu perdre à ce point le contrôle de son propre parti? 

L’explication tient à la fois à des vengeances et animosités personnelles, à des divergences politiques, à des doutes sur le leadership de M. Gosselin et sa capacité à mener son parti à la victoire en 2021.

L’ordre relatif de ces explications change selon les personnes à qui l’on parle. L’entourage de M. Gosselin aimera croire que c’est surtout la vengeance qui animait les insurgés. D’autres insisteront plutôt sur le style, le leadership et les aptitudes de M.Gosselin.

1. Vengeance et animosités

L’histoire commence avec les balbutiements du parti, au printemps 2017. Le fondateur Frédérick Têtu, qui est aussi candidat, démissionne quelques heures après avoir donné une entrevue à la radio lors de laquelle ses amis ont perçu qu’il était en état d’ébriété.

M. Têtu est alors d’accord pour se retirer à la demande de M. Gosselin, mais donnera l’impression ensuite de l’avoir regretté. Il aura le sentiment que le chef ne l’a pas beaucoup défendu, ont perçu des proches du parti. 

Sa conjointe, Denise Peter, qui est aussi candidate, reste sur les rangs pour l’élection et sera éventuellement nommée au C.A. Elle est une des deux membres à ne pas avoir démissionné cette semaine.

Serge Marcotte, qui avait milité jadis au Parti libéral et au Parti conservateur du Canada est là aussi au démarrage du parti. 

Il deviendra conseiller «senior» au cabinet de l’opposition au lendemain de l’élection de 2017, mais sera poussé vers la sortie dès le début février 2018. Conflits internes et un manque d’intérêt pour la nature de la tâche, ai-je compris. 

M. Marcotte s’est depuis occupé du C.A. dont il occupait la présidence jusqu’à sa démission cette semaine.

Quelques candidats battus ont aussi occupé brièvement des fonctions au cabinet (ou ont espéré en occuper) et ont été déçus, ce qui a constitué très tôt un petit foyer de mécontents autour des leaders Têtu et Marcotte.

2. Divergences politiques

Québec 21 est né d’un fort courant de «droite» animé notamment par des animateurs de radios privées partisans d’un gouvernement minimal qui ferait le moins de dépenses possible. 

Ceux-là trouvent que Jean-François Gosselin s’est éloigné de cet «idéal» par les positions qu’il défend, notamment en faveur du transport en commun. Ils l’auraient aimé plus mordant sur les politiques de l’administration Labeaume. 

Peut-être ces déçus qui ont échoué à garder Québec 21 dans la «bonne voie» se donneront-ils maintenant rendez-vous dans un nouveau parti politique plus conforme à leur vision.

3. Doutes sur le leadership

Qui mène à Québec 21?

La question que Jean-François Lisée a posée à Manon Massé lors du dernier débat des chefs aurait pu être adressée à Jean-François Gosselin cet hiver : qui mène dans ce parti?

Par sa naïveté, sa difficulté à trancher et son souci de ne pas faire de peine autour de lui, M. Gosselin n’a pas vu les «mutins» qui ont pris le contrôle du C.A. de Québec 21, à l’assemblée générale du 22 octobre dernier. 

Le chef a alors été exclu de l’exécutif de son propre parti, devant se contenter d’un siège dans un C.A. qui s’est ensuite retourné contre lui. 

Il n’a rien eu à dire dans le choix de son propre représentant officiel, ni dans la définition des statuts de son parti, ni dans les dépenses du C.A. et de la permanence du parti. 

Au cœur de la tourmente alors que planaient les menaces de poursuites, le C.A. a même refusé au chef l’accès à la liste de membres du parti. Ça dépasse l’entendement. Ça serait invraisemblable dans n’importe quel autre parti politique.

Lorsque le C.A. a souhaité faire disparaître «Équipe JF Gosselin» du nom du parti cet hiver, le chef était prêt à consentir, mais a posé comme condition que quelqu’un d’autre endosse à sa place les 25 000 $ prêtés au parti. Personne n’y était disposé. 

Un chef avec un leadership fort aurait probablement réagi plus tôt. Aurait mis le poing sur la table, expulsé les mutins et fauteurs de trouble plutôt que de s’entêter à essayer de les rallier.

C’est exactement ce qui a été reproché à Justin Trudeau cet hiver dans le dossier SNC-Lavalin : avoir été gentil et tolérant trop longtemps avec des dissidents qui minaient de l’intérieur son autorité. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard et qu’il ait perdu le contrôle de l’agenda.

Cette patience atteste d’une grande ouverture et de belles qualités humaines. Mais il semble que ça ne suffit pas toujours pour réussir en politique et gagner des batailles électorales. Jean-François Gosselin vient de l’apprendre à la dure. Reste à voir jusqu’où il pourra s’en remettre.