Être seul à Noël

SPIRITUALITÉ / Depuis une semaine, peut-être un peu plus, nous sommes plongés dans les préparatifs de la fête de Noël et du jour de l’An. Pourtant, il y a des personnes qui voient arriver ce temps de réjouissances avec appréhensions. Quelques-unes vont peut-être choisir de partir en voyage. Tandis que d’autres devront probablement se résigner à vivre la période des Fêtes dans la solitude.

L’origine de cette solitude peut être diverse : la perte d’un conjoint ou d’une conjointe ; un divorce, une séparation ; l’absence d’un ou des enfants qui vivent à l’extérieur et/ou qui ne peuvent être présents ; des jeunes et des adultes qui étudient ou travaillent à l’extérieur de leur pays et se retrouvent seuls, sans famille et sans amis ; une situation de conflits dans certaines familles empêche les rassemblements ; être célibataire et sans enfant ; être malade, en détention ou dans la rue ; etc.

Noël n’est pas qu’une belle fête

« Noël, c’est l’amour », chantons-nous ! La centaine de films de Noël présentés à la télévision nous projettent des scènes d’amour, de rêves et de nostalgie. Les chants de Noël, quant à eux, évoquent à la fois la beauté de cette fête et la mélancolie, mais peut-être aussi une certaine aversion due aux souvenirs douloureux qui remontent. Pour bien des personnes, Noël, faut-il se le rappeler, n’est pas qu’une belle fête, malheureusement.

Pour en revenir à la solitude, si certains la choisissent et s’y trouvent bien, d’autres la vivent parfois avec peine et tristesse jusqu’à en avoir même mal à en pleurer. De plus, s’il peut nous arriver d’être seuls physiquement, on peut également vivre une solitude profonde, même entourés par notre famille ou nos amis.

Faire la différence en accueillant une personne

Cela me ramène à une expérience vécue il y a deux ans où j’ai fait la connaissance d’un étudiant étranger avec qui je me suis lié d’amitié. Alors qu’il portait le rêve de se marier, il venait de vivre une rupture avec sa blonde. Puisqu’il vivait ici au pays, sans famille et sans amis, je me suis permis de l’inviter chez moi à l’occasion des Fêtes, lui évitant ainsi de traverser cette période seule. Des amis, chez qui je suis allé réveillonner le 24 décembre, ainsi que mon frère et son épouse où je suis allé souper à Noël l’ont tous et toutes bien reçu.

Même attitude de la part des autres invités à la fête. Malgré le fait qu’il semblait content d’être bien reçu, je voyais bien derrière son sourire et son regard qu’une grande tristesse l’habitait. Ce temps passé avec moi lui aura permis de s’ouvrir et de partager sa peine.

Comme Noël n’est pas un temps de réjouissance pour tout le monde, je me suis dit qu’au moins, ce temps passé ensemble aura peut-être fait une différence en dépit de sa tristesse. Après tout, que l’on soit d’un autre pays, de cultures ou de langues différentes, voire même d’une autre religion, ne sommes-nous pas des frères et des sœurs en humanité ? C’est ça aussi Noël ! Non ?

Sentiment de solitude plus intense à Noël et au jour de l’An

Le temps de réjouissances que nous offre la fête de Noël et celle de la nouvelle année ne doivent pas nous faire oublier ces personnes qui vivent dans la solitude. Si certaines savent comment briser leur solitude en partant en voyage ou en osant téléphoner pour se faire inviter, il n’en demeure pas moins que ce n’est pas donné à tout le monde d’y arriver. Durant le mois de décembre, on a beau organiser des déjeuners, des dîners ou des soupers pour les personnes seules, il nous faut reconnaître que les jours de Noël et du premier janvier sont des moments plus intenses pour ceux et celles qui vivent dans la solitude.

Car ces personnes savent bien qu’autour d’elles, il y a des rassemblements de famille et d’amis, avec des joies, des rires, des complicités. Subsiste alors ce sentiment de solitude qui colle à la peau, un peu comme l’humidité par temps froid qui nous fait grelotter jusque dans les os.

J’entends déjà des gens dire : « Je vais prier pour elles ». Avoir une pensée ou encore prier, c’est déjà ça, mais je ne crois pas que ce soit assez. Il faut ajouter un ou des gestes concrets à cette intention sincère de prière afin qu’elle devienne non plus une espérance, mais une réalité qui fait du bien.

Tous et toutes, nous souhaitons l’amour, la paix et l’harmonie pour notre monde. Pourquoi, cette année, ne pas faire de Noël quelque chose qui en témoigne ? Aussi vrai soit-il que nous ne pouvons arriver à aider ou à être présent pour tout le monde, si chacun, chacune de nous se faisait proche de quelqu’un qui vit de la solitude, Noël, pour quelques heures au moins, pourrait avoir un p’tit goût d’éternité !

Jean Gagné, prêtre