Et si chaque personne en aidait une autre

CHRONIQUE / Nous avons tous entendu parler de l’incendie qui a ravagé une partie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 15 avril. Pour une majorité de personnes, pour qui cette cathédrale est un joyau inestimable, la stupéfaction était saisissante. Pour l’avoir visitée il y a près de deux ans, que nous soyons devant ou à l’intérieur, il est vrai que nous nous sentons traversés par plus de huit cents ans d’histoire, et par la beauté des lieux et du génie humain qui a contribué à faire de cette cathédrale un endroit plus qu’extraordinaire. Les images de l’incendie étaient saisissantes. La majorité des gens retenait leur souffle pour que les murs ne s’écrasent pas. Le lendemain, les images étaient tout aussi marquantes. Il était même étonnant de voir dans le choeur de la cathédrale, la croix scintillante, debout dans les décombres du toit qui jonchaient le sol.

Des images très fortes

Les images que nous avons vues sont très fortes. Personnellement, ce que je voyais de la cathédrale Notre-Dame dans les médias m’a ramené à des réalités plus terre à terre que nous vivons en société et en Église. Si la cathédrale est faite de pierres, la société et l’Église sont faites de « pierres vivantes », d’humains. Ensemble, nous formons un tout. Et ce « tout » est touché et fragilisé dans sa structure et dans ses composantes.

La croix debout au milieu des ruines de la toiture jonchant le plancher m’a ramené au fait qu’ici et là, des drames se vivent. Des scandales de toutes sortes sont mis à jour. L’écart entre les riches et les pauvres se creuse davantage. La crise des Gilets jaunes en France en est un exemple. Certains pays sont aux prises avec des crises politiques. Des fanatiques, instrumentalisant la religion pour imposer leur idéologie personnelle ou politique, sont la cause de drames insensés, comme celui vécu au Sri Lanka le 21 avril à la suite de huit attaques dans trois églises et dans quatre hôtels. La terre, notre Maison commune, est en mauvais état. Vraiment, le « vivre ensemble » en société n’est pas toujours évident.

Ce que nous avons vu du choeur de Notre-Dame est l’expression de bien d’autres réalités qui se vivent au sein de notre société. En dehors du fait religieux, la croix se tenant debout dans le choeur de la cathédrale n’est pas sans nous rappeler celle de la souffrance, de la maladie, de l’injustice et de la pauvreté que portent bien des gens, ou encore celle sur laquelle une multitude d’autres personnes sont étendues et clouées. Il est toujours impressionnant de réaliser que ces personnes se tiennent debout, malgré tout, parfois même fragilisées, au milieu de ce qui ruine leur vie ou leur santé. Autant les gens retenaient leur souffle dans le plus fort de l’incendie de la cathédrale, autant je croise des personnes qui, devant les drames humains, retiennent également leur souffle, se demandant quoi faire de plus pour venir en aide à ceux et celles qui sont dans le besoin.

des personnes dans le besoin

Ainsi, s’il faut se réjouir des dons faramineux qui sont annoncés pour reconstruire la cathédrale, certains se demandent comment il se fait que nous ne soyons pas si enclins à venir rapidement en aide aux gens qui souffrent de toutes sortes d’injustices et qui, pour d’autres, sont dans la rue. C’est ce qui a inspiré Olivier Pourriol (pourriol@opourriol) à publier ceci sur Twitter : « Victor Hugo remercie tous les généreux donateurs prêts à sauver Notre-Dame de Paris et leur propose de faire la même chose avec Les Misérables. »

Lorsqu’un événement comme celui de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame survient, il y a un éveil qui se produit. Est-ce que cet éveil ne sera qu’un feu de paille ? En France comme ailleurs, la pauvreté côtoie la richesse. À Chicoutimi, la maison qui loge les sans-abri est à l’ombre d’une magnifique résidence pour personnes âgées. D’autre part, les regroupements communautaires venant en aide à des personnes dont les besoins sont multiples souffrent de sous-financement. L’incendie de la cathédrale Notre-Dame doit nous amener à nous sensibiliser non pas qu’aux pierres du bâtiment, mais aussi aux pierres vivantes que nous sommes comme êtres humains. Mais plus encore, cette aide aux « misérables » de notre société ne doit pas venir seulement de quelques personnes, mais elle doit venir de tous ceux et celles qui le peuvent. Un auteur inconnu a écrit : « On ne peut pas aider tout le monde, mais chacun peut aider quelqu’un. » Il est vrai que nous n’avons pas toutes les compétences, le temps ou l’argent pour aider tout le monde. Mais il est possible, je crois, de faire notre part, si minime soit-elle. Si le génie humain de l’époque de la construction de la cathédrale a su construire un aussi bel édifice, n’est-il pas possible aujourd’hui, d’en faire autant, mais avec les pierres vivantes qui composent notre humanité !

Et si chaque personne en aidait une autre !

Jean Gagné,

prêtre