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Est-ce vraiment différent ?

CHRONIQUE / Les 16 dernières années, tous les mois d’août, j’ai vécu sensiblement le même rêve, celui d’une saison de hockey qui commence. On compétitionne, on se dépasse et on avance. Cependant, cette année, c’était la dernière fois que ce cercle se perpétuait. Pour moi, la fin de cette saison marquait un tournant, celui de mon passage de la vie au sein d’une équipe de hockey à celui des études universitaires et du parcours professionnel.

J’ai eu de la difficulté à savoir comment prendre ce tournant. Il a fallu que j’y pense et que j’analyse la fin de ce cercle annuel. Surtout que la saison des Saguenéens de Chicoutimi s’est terminée amèrement, en raison de la pandémie.

Ce qui me faisait peur, c’était de ressentir un vide par rapport à plusieurs éléments qui meublaient ma vie depuis mon enfance : la routine, les entraînements, les matchs, les coéquipiers, les échelons à gravir et tous les détails qui font du hockey un sport aussi passionnant. Je me demandais ce qui allait maintenant meubler mon quotidien.

Un recul nécessaire

J’ai donc pris du recul pendant le confinement. J’ai apporté des changements dans la perception de mon passage dans le monde du hockey. J’ai dû arrêter de penser à ce qu’il serait arrivé si j’avais joué plus, si j’avais pratiqué d’une façon différente, si j’avais bloqué « le lancer de plus ». J’ai dû me pardonner le fait que je tourne la page sur des objectifs antérieurs. Puis, j’ai dû regarder la situation en me concentrant sur ce que j’avais accompli, du meilleur de moi-même, et où cette nouvelle aventure va me conduire.

J’ai des amis dans tout le Québec, une bourse d’études, l’éternel support de mon entourage, une discipline rigoureuse et des souvenirs pour le reste de ma vie. Que ce soit les voyages en autobus, le merveilleux sentiment après une victoire à Halifax ou les permissions du coach pour un couvre-feu plus tard, tout cela, ce sont des moments ineffaçables.

Voir mon travail de joueur de hockey comme inachevé m’aurait forcé à faire du surplace et à m’accrocher à ce domaine. En changeant ma perception et en voyant mon travail comme une route qui me présentait une continuité, j’ai pu attaquer et recommencer à me faire des projets dans cette lignée. Ces moments m’ont fait grandir ; maintenant, je peux bâtir sur ceux-ci.

En attaquant ces nouveaux projets personnels et professionnels, depuis quelques mois déjà, j’ai étrangement retrouvé le même cercle que celui décrit au début de cette chronique, soit la compétition, le dépassement, le constat et la préparation pour la prochaine étape. Que ce soit dans ma promotion au travail cet été ou dans mon arrivée à Montréal, la roue tourne toujours de la même manière.

Une citation d’Albert Einstein me semble prendre ici tout son sens : « Ce qui compte ne peut pas toujours être compté, et ce qui peut être compté ne compte pas forcément. » Le nombre de saisons, le nombre de buts, la moyenne à l’école, le nombre de bagarres ou le nombre de blessures ne comptent plus, une fois que c’est derrière soi. Ce qui compte, c’est le dépassement de soi, l’attitude devant les défis rencontrés, la solidité des amitiés et la confiance en soi acquise en cours de route.

S’inscrire dans la logique de la continuité

Quand mes proches et des connaissances utilisent l’expression « une nouvelle vie » en parlant de mon entrée à l’université, de mon travail ou de ma retraite, je trouve que celle-ci ne s’applique pas à moi. Il y a là, pour moi, une continuité logique et merveilleuse. Je vais continuer de me dépasser à travers de nouveaux défis et en dehors de ma zone de confort.

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », disait Antoine Lavoisier.

Ce que j’ai acquis dans mon chapitre d’athlète se transpose dans mon prochain chapitre de vie. La débrouillardise, la fougue, la rigueur et la créativité sont, entre autres, des aspects développés au sein du sport et qui me servent dans plusieurs autres sphères. À travers mes futurs défis, les objectifs vont être les mêmes. C’est seulement le contexte qui change.

Ma réflexion est donc un modus operandi qui se résume à ceci : « Gagnant restera gagnant. » Quelqu’un d’humble et de travaillant ne perdra jamais et les efforts déployés ne seront jamais perdus.

La course ne finit jamais, puisqu’il n’y a pas de point final. Tout est une suite logique et infinie dans la quête des mêmes objectifs.

La victoire est un état personnel, pas une destination. Le succès est entre les oreilles, et non sur un bout de papier ou inscrit sur un tableau.

Hugo Savinsky,

défenseur des Saguenéens de Chicoutimi