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Enseigner, une question d’amour

CHRONIQUE / L’humain passe en moyenne 15 ans de sa vie sur les bancs d’école. Certains soupirent d’ennui, d’autres sourient lorsqu’ils entrent dans une classe. « Le prof est plate. Je vais vomir tellement je m’emmerde. » Une récente discussion avec une retraitée de l’enseignement m’a menée à réfléchir sur la définition d’un bon enseignant en 2019. La dame avait la totale certitude que les jeunes allaient, en tête de liste des qualités essentielles, estimer que le bon enseignant est celui qui est à l’affût des dernières tendances technologiques.

Il faut préparer des cours où les PowerPoint, l’utilisation des ordinateurs et des logiciels sont monnaie courante. Je suis certaine qu’il faut se démarquer pour arriver en même temps qu’eux sur la ligne d’arrivée. Les vieilles manières ne suffisent plus pour les intéresser.

Les mots avec une craie

Pendant la discussion, la dame m’a carrément déstabilisée. Dans ma classe, depuis 26 ans, j’explique les règles de grammaire et les homophones avec une craie. Une vulgaire craie qui m’assèche les mains et qui me fait éternuer ! Je trouve que la lumière du tableau interactif est trop intense; je n’en ai donc pas. Enfin ! Pour satisfaire ma curiosité, j’ai décidé de sonder mes élèves et de poser la question à mes contacts Facebook. Selon vous, c’est quoi un bon prof ? Eh bien, vous savez quoi ? Aucun, mais absolument aucun répondant, n’a parlé de nouvelles technologies, de PowerPoint ou des connaissances informatiques. Après le sondage, une élève de 5e secondaire, a lancé : « On n’en a rien à foutre des profs qui connaissent ou non les iPci ou les iPcela. Ce qu’on veut en avant de nous, c’est une personne qui sait expliquer et qui aime sa matière. » Les autres ont énuméré diverses qualités importantes pour eux, comme l’humour, la compréhension, l’humanité, la bonne gestion d’une classe, la facilité à faire comprendre des concepts difficiles…

Qui aime sa matière...

Les « amis » Facebook ont soulevé le point de l’amour de la matière à plusieurs reprises en utilisant d’autres termes comme la passion, l’amour de la profession, la fougue, etc. Des gens ont donné des exemples et cité des noms de profs aimés. Certains de mes enseignants me sont alors revenus en mémoire. J’ai ainsi revu la belle Madame Marie-Claire, qui avait toute la lumière du monde dans les yeux quand elle parlait des actions de Jésus, qu’elle aimait tant.

Humain et compréhensif...

Il est indéniable de penser que la personnalité de l’enseignant l’emporte sur ses connaissances. Les élèves du primaire, ceux du secondaire comme les adultes croient que celui qui agit devant son auditoire doit détenir un certain talent pour animer sa clientèle. « Sans être un humoriste ou un imbécile, un enseignant qui sait expliquer avec humour et énergie saura davantage capter l’attention. Aussi, il ne doit pas dépasser les bornes, car il perdra de la crédibilité pour gérer sa classe », a commenté Richard, qui cumule des décennies dans une école secondaire.

Tant à écrire

Une thèse pourrait être rédigée à ce sujet, mais avant de quitter, je vous confie les points qui m’ont marquée comme celui d’un jeune qui est toujours content quand un enseignant l’interpelle par son prénom. Une autre a confié que c’est toujours agréable d’être confronté à un défi. Les uns ont cité le sourire, les autres ont soulevé l’ouverture d’esprit.

Quand on a que l’amour…

Pour conclure, comme j’ai moi aussi passé quelques années sur les bancs d’école, ce que je retiens de plus percutant, c’est l’amour, car peu importe la matière enseignée, comme le clame si bien le dicton pédagogique : « On n’apprend pas d’un prof qu’on n’aime pas. » Et ce proverbe, en 1920 comme en 2020, à Roberval comme à Tokyo, garde tout son sens.