Enclos et chiens dangereux

CHRONIQUE / Certains refuges du Québec ont pour mission d’accueillir tous les chiens de dernière chance, leur évitant ainsi la mort malgré des comportements dangereux. Mais, est-ce une bonne chose ?

Lorsqu’un chien agresse un individu ou même un autre animal, on ne pointe plus seulement le « mauvais maître ». On commence à se demander d’où proviennent ces bêtes. Certaines races, issues de mauvais élevages, sont plus susceptibles d’avoir des dysplasies de la hanche alors que d’autres ont tendance à développer des troubles mentaux.

Le 20 octobre dernier, Sylvie Tremblay promenait sa braque de Weimar dans un quartier résidentiel de Trois-Rivières quand un pitbull s’est enfui de son terrain pour les attaquer. L’animal et sa propriétaire ont subi de graves blessures physiques et, ça va de soi, mentales.

Dans ce genre d’attaque, plus on tire sur l’animal agresseur, plus on crie et plus on le pousse, plus on le motive à mordre. La seule solution pour qu’il lâche sa proie, est de l’étrangler en utilisant, par exemple, la laisse pour en faire un nœud coulissant. Pas pour le tuer, mais pour le faire lâcher et pour mieux le contrôler sans se faire blesser.

Comme le rapporte Le Nouvelliste, le chien avait été adopté à la SPA de la Mauricie deux ans plus tôt où il avait été évalué comme étant non dangereux. Même si deux années se sont écoulées, il y a lieu de se questionner sur la pertinence de ces évaluations, car il est impossible pour un humain d’apprendre à un chien à attaquer d’autres chiens, si ce dernier n’a pas une prédisposition.

L’animal est présentement en quarantaine chez sa propriétaire. Il y a donc risque de récidives. Rappelons que cette tradition québécoise de quarantaine, après une morsure, sert à écarter les possibilités de rage. S’il est porteur de la rage, le chien va mourir dans les dix jours suivants. Il faudrait sans doute revoir la procédure.

Le chien agresseur de Trois-Rivières sera prochainement évalué par l’organisme qui l’a remis en circulation il y a deux ans. Pourquoi une réévaluation ? Son évaluation n’a pas été faite le 20 octobre dernier ? Le chien est dangereux et il sera encore plus habile à sa prochaine attaque. Oui, il y a des chiens qui aiment attaquer, comme d’autres aiment jouer à la balle. Qui voudra de ce chien ? À moins qu’on le transfère tout simplement dans un autre refuge du Québec. C’est une pratique courante, les transferts de chiens. L’adoptant ne sera pas au courant, parce que le mot d’ordre est de dire que le dossier est confidentiel. Il en est de même pour le dossier médical.

La demande pour adopter des chiens de seconde chance est très forte. Les propriétaires qui ne peuvent plus garder leur animal vont facilement trouver un nouvel adoptant en passant par les réseaux sociaux. Les refuges reçoivent de moins en moins de bons candidats. Comme la vente d’animaux contribue à payer les frais de ces entreprises, ils doivent trouver de nouvelles tactiques pour amener l’eau au moulin et certains sont prêts à bien des bassesses pour remplir leur enclos. D’ailleurs, si vous suivez leurs sites Internet, vous remarquerez que certains candidats passent des mois dans le chenil. Rien pour améliorer des comportements défaillants.

Si on euthanasiait les chiens problématiques, dans les refuges qui se disent être zéro euthanasie, on viderait pratiquement les enclos.

Il existe de bons refuges et de bons chiens qui y entrent, mais disons qu’un transfert de chien malade, dans un autre refuge, moyennant un montant d’argent, c’est plus payant qu’une euthanasie.