Le ministre des Finances, Carlos Leitão, a présenté lundi sa Mise à jour économique et financière en compagnie du ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais.

Électoraliste et jovialiste

CHRONIQUE / Annoncer de tels cadeaux à trois jours du congrès du Parti libéral et à moins d’un an des élections, c’est poser un geste électoraliste. Je comprends pourquoi le député Guy Ouellette a demandé à réintégrer tout de suite le caucus du PLQ : la rencontre de la fin de semaine avec les militants sera une véritable célébration de la générosité de leur gouvernement. Ce sera la fête!

La question n’est pas de savoir si les Québécois seront heureux de la baisse d’impôt et des chèques à venir de 100 $ pour la rentrée scolaire. Tout le monde applaudira. Mais avant de bénir ce gouvernement, il faut se demander s’il a les moyens de ses ambitions. Parce qu’à l’évidence, cette mise à jour des finances de l’État est avant tout une manœuvre visant à tirer le tapis sous les pieds de François Legault et de la CAQ.

Les prévisions économiques du ministre sont très optimistes. Tellement optimistes qu’elles pourraient être jovialistes. Le document déposé par le ministre consacre 50 pages à nous démontrer à quel point l’économie va bien dans le monde, et à peine deux pages pour nous rappeler les principaux risques qui nous guettent.

Sans surprise, le ministère des Finances signale l’incertitude entourant la renégociation des accords sur le libre-échange. Mais le risque principal ne couvre que deux lignes : «Le cycle économique mondial est mature, et un ralentissement généralisé est toujours possible.»

En mars dernier, les documents budgétaires avaient été plus précis : «Dans plusieurs pays, l’activité économique se situe près du potentiel.» En termes clairs, cela veut dire que la croissance économique tire à sa fin et qu’un ralentissement est à prévoir.

Le budget de mars nous avait aussi mis en garde contre un resserrement des politiques monétaires des banques centrales «à un rythme plus élevé que prévu, ce qui pourrait contribuer à limiter la croissance économique mondiale». On a ignoré cet avis dans les documents de mardi. Mais on a ajouté que le secteur immobilier canadien demeure surévalué à Vancouver et Toronto, et que «le risque d’éclatement d’une bulle est toujours présent». Un tel événement aurait des effets «sur la croissance économique de l’ensemble du Canada», rappelle le Ministère.

Je n’ai rien contre les baisses d’impôt et les investissements dans la santé et l’éducation annoncés par le ministre Leitão, et je nous souhaite à tous de voir ses prédictions optimistes devenir réalité. Mais quand le gouvernement nous annonce des cadeaux de 11 milliards $ sur six ans alors que son mandat électoral tire à sa fin, il faut se garder une petite dose de réalisme : les prévisions économiques ne sont pas une science exacte.

Ce qui est exact et inquiétant, c’est que le Québec demeure la province la plus endettée au pays. Et malgré les centaines de millions de dollars versés au Fonds des générations, on constate, dans les tableaux du Ministère, que la décroissance de la dette brute en pourcentage du PIB sera moins importante en 2018 par rapport à celle des trois années précédentes. Ce n’est jamais surprenant de voir un gouvernement augmenter ses dépenses en année électorale, mais c’est toujours inquiétant. Parce que s’il est vrai que l’économie du Québec va tellement bien, c’est maintenant qu’il faut faire des efforts supplémentaires pour diminuer la dette, et non pas à l’approche de la prochaine récession.

Carlos Leitão est un économiste compétent. Mais il a démontré mardi qu’il est également un politicien.