Diacre dans le monde

CHRONIQUE / Après neuf ans d’ordination, je me fais encore demander : « Qu’est-ce que ça fait un diacre ? » Je leur réponds que c’est dans le monde que le diacre est appelé à travailler. Dans les premiers temps, les apôtres qui devaient proclamer la Parole de Dieu n’avaient plus le temps de faire certaines choses ; comme le service aux tables, s’occuper des veuves, des orphelins, des pauvres et des exclus. Ils ont donc institué le diaconat pour les aider. Les premiers diacres étaient au nombre de 7 (Ac 6, 1-6). Dans notre diocèse, la raison d’être des diacres n’a pas changé. À leur ordination, ils sont appelés à soutenir leur évêque et ses successeurs. Aujourd’hui, nous nous retrouvons avec Mgr René Guay, qui a une préoccupation pour les plus vulnérables, les exclus, les pauvres et les petits.

Engagements variés

Si principalement les gens rencontrent les diacres lorsqu’ils président la célébration des sacrements du baptême, du mariage ou des funérailles, il faut aller au-delà de ce qui se passe entre les murs des églises. Certains diacres travaillent auprès des personnes malades ou de celles qui souffrent de maladie mentale. D’autres se font proches des pauvres, des sans-abri ou des prisonniers. D’autres encore font de l’accompagnement auprès des personnes homosexuelles ou des personnes en fin de vie. Plusieurs diacres font partis de groupes comme Foi et Lumière, Deuil 02, Curcillos, les Chevaliers de Colomb, Cœur écoute ou les pompiers. On en retrouve qui s’occupent de la formation des nouveaux candidats, de l’évangélisation par le chant, de l’accompagnement de l’évêque comme cérémoniaire dans diverses célébrations, du travail auprès des ados et des jeunes couples, d’une présence au Havre de l’hospitalité ou auprès des gens en difficulté, des blessés de la vie, etc. Chacun a sa mission qui lui est propre. C’est le Seigneur qui appelle, et il nous interpelle à servir parfois à des endroits où on ne voudrait pas nécessairement aller.

Interpellation à travailler auprès des réfugiés

Il y a quelques années, un diacre nous avait fait la proposition de prendre en charge une famille de réfugiés, ici au Saguenay. Personnellement, je trouvais cette responsabilité trop exigeante. J’ai donc choisi de ne pas m’engager dans cette aventure. Peur de l’inconnu ou peur de m’impliquer davantage ? J’ai donc porté cette demande dans ma prière, en demandant au Seigneur de trouver une solution pour ces gens dans le besoin qui fuyaient leur pays, parce qu’ils avaient peur pour leur vie et celle de leur famille.

Un peu plus tard, un ami d’enfance qui est père Jésuite à Montréal était de passage à Jonquière. S’occupant de groupes de parrainage pour les familles de réfugiés au Québec, il m’a invité à le rencontrer. Il m’a demandé ce que je faisais pour ces gens-là et si ce qui leur arrivait me touchait. Oui, bien sûr, lui ai-je répondu, et je prie beaucoup pour eux. «Ah bon, me dit-il, un diacre, ça prie ! Mais ça fait quoi d’autre ?» Cette rencontre m’a interpellé. J’ai continué de prier pour un meilleur discernement. Quelques semaines plus tard, j’ai reçu l’appel d’un couple qui possédait une maison qu’il voulait offrir gratuitement à une famille de réfugiés, et ce, pour un an. C’est alors que j’ai entrepris une démarche avec ce couple et quelques autres personnes, pour faire une demande de parrainage auprès d’immigration Canada. Mon ami Jésuite m’a vite trouvé une famille irakienne. Celle-ci s’était réfugiée au Liban parce qu’elle était menacée de mort par l’État islamique, simplement parce qu’elle était catholique. Avec les membres du comité, nous avons sollicité les gens pour ramasser l’argent nécessaire pour subvenir à leurs besoins pendant un an. Plusieurs ont donné meubles, linges articles de cuisine. D’autres ont offert leur temps pour nettoyer la maison, servir d’interprète, etc. Tous les membres du comité ont été présents à leur arrivée, et nous sommes toujours présents pour les soutenir et les accompagner dans leur nouvelle vie. L’interpellation que j’ai reçue est devenue un projet pastoral.

Une aventure qui a fait des petits

Depuis ce temps, d’autres diacres ont entraîné dans leur sillage, des laïcs bénévoles pour prendre en charge d’autres familles de réfugiés, notamment à Jonquière, Roberval et une autre à Chicoutimi qui est sur le point d’arriver.

Vous aurez compris que le travail du diacre consiste à être au service. Il est important d’ajouter que le diacre est accompagné de son épouse. Ce travail se fait bien souvent dans l’ombre. Il est la petite étincelle qui va faire la différence dans la vie de quelqu’un qui vit un moment difficile. Il est la petite tape dans le dos pour encourager à avancer.

Denis Tremblay,

diacre permanent