Deux poids, deux mesures

CHRONIQUE / Le mépris manifesté par Alain Dubuc à l’endroit des « universités régionales », comme il les désigne malicieusement, est essentiellement imputable à l’ignorance. Journaliste, écrivain et conférencier, cet intellectuel perçoit les régions à travers la lorgnette des préjugés urbains.

Il approuve l’odieuse politique du deux poids, deux mesures appliquées par Québec et Ottawa dans la distribution du Fonds d’investissement stratégique du Canada (FIS) et du Plan québécois des infrastructures 2016-2026 (PQI). Les 10 institutions de l’Université du Québec (UQ) n’ont reçu, de l’enveloppe fédérale, qu’un maigre 33 millions $, moins que Concordia, qui a touché 37 millions $.

Injustice

Le Québec ne s’est pas montré plus équitable en n’attribuant que 850 millions à l’UQAM et aux neuf autres constituantes de l’UQ après avoir enrichi de trois milliards $ les huit universités à charte qui comprennent les dominantes Laval, Montréal, McGill et Sherbrooke. Même s’ils sont maintenant financés par l’État, ces éléments du noyau original de l’enseignement supérieur échappent, contrairement à la famille UQ, à l’examen du vérificateur général. Comme l’écrivait si justement Manon Cornellier dans Le Devoir de samedi dernier, les institutions de l’UQ « ont fait leurs preuves. Elles méritent d’être solidement appuyées, et par davantage que de belles paroles ». 

Là où Alain Dubuc erre dangereusement, c’est quand il prétend (La Presse du premier février) que « l’opposition entre grandes universités de recherche et petites universités régionales place l’UQAM dans une position qui peut être inconfortable, parce qu’elle est à la fois une grande université urbaine et à la fois une constituante d’un réseau essentiellement régional ».

Un certain Claude Ryan, esprit universel, avait révisé un jugement semblable après avoir visité l’UQAC en pleine croissance et s’être informé durant une journée complète auprès des professeurs et des chercheurs. L’illustre disparu, alors ministre de l’Enseignement supérieur, avait par la suite abandonné l’idée de confiner les institutions en région au premier cycle après avoir découvert, avec une réflexion d’admiration, la qualité de la recherche chez nous.

Fondation de l’UQAC

« Université régionale » distinguera le confrère Alain Dubuc en ignorant la diffusion universelle des travaux effectués par des professeurs émérites de l’UQAC comme Gérard Bouchard et Masoud Farzaneh. Le premier a assemblé durant plus d’un quart de siècle une banque de données généalogiques sur toutes les familles du Québec dont les applications médicales corrigent de nombreuses déviations des complexes croisements de la nature et guident les mouvements de prévention. Quant au Dr Farzaneh et son équipe, ils ont développé des mécanismes pour contrer les effets néfastes du verglas sur les lignes de transport d’énergie hydroélectrique.

Ce ne sont que deux exemples entre mille des recherches effectuées autour de préoccupations régionales dont les résultats s’insèrent dans la connaissance universelle. Les professeurs de l’UQAC développent, avec des étudiants rémunérés, quelque 380 projets de recherche. Une vingtaine de millions $ sont investis annuellement dans ces activités.

L’argent provient d’organismes créés par l’État pour scruter les propositions selon des critères rigoureux, mais aussi de la Fondation de l’UQAC issue d’une volonté régionale de favoriser, selon l’expression de son créateur Paul-Gaston Tremblay, la croissance du pays des Bleuets. Avec les 14 millions $ recueillis, les contributions de la Fondation dépassent, depuis 1972, les 19 millions $.