Paul Henderson a marqué l’histoire en 1972.

L'inoubliable Henderson

CHRONIQUE / Le 28 septembre, 1972. J’avais 12 ans.

Je commençais ma septième année scolaire à l’école Bériault. Cet après-midi-là, l’enseignante, Mme Chabot, est entrée dans la salle de classe, elle avait l’air inquiète et la mine défaite. Que va-t-elle nous annoncer, se demandait-on ? Qui est décédé ?

« Les élèves, dit-elle enfin après un long et lourd silence, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelles. Nous allons tous nous rendre au gymnase où des téléviseurs ont été installés et nous regarderons ensemble la troisième période du match. »

Cris de joie dans la salle. L’euphorie. Comme bonne nouvelle, on ne pouvait demander mieux.

Le « match » en question, c’était la huitième partie – la dernière – de ce qui allait plus tard être qualifié – avec raison – de la Série du siècle. Ce duel entre les vedettes de la Ligue nationale de hockey (LNH) et l’équipe soviétique de l’Armée Rouge. Un match décisif. Le Canada contre l’URSS. Les adultes parlaient à l’époque de « guerre froide », de « capitalisme », de  « communisme » et de « suprématie ». Mais à 12 ans, ces grands mots nous passaient dix pieds par-dessus la tête. Pour nous, c’était un match de hockey, un simple match de hockey qu’il fallait gagner pour pouvoir s’autoproclamer « les meilleurs ». Juste les meilleurs. C’est déjà pas mal d’être les meilleurs, non ?

Nous allions donc regarder la dernière période de ce match historique. Mais Mme Chabot nous avait prévenus, il y avait aussi une mauvaise nouvelle à tout ça.

« Les élèves, reprend-elle après les cris et les high five, je dois vous dire quelque chose avant que nous quittions pour le gymnase. Après deux périodes de jeu, les Soviétiques mènent 5 à 3 sur les Canadiens. »

Bof. C’est ça, la mauvaise nouvelle ? Y’a rien là. Paul Henderson a compté dans le 6e match pour donner la victoire aux Canadiens. Henderson a à nouveau enfilé le but gagnant dans le septième match pour une autre victoire des nôtres. Ce n’est rien, ce déficit de deux buts.

C’est ce qu’on se disait. Du moins, c’est ce que je me disais. Mais sans conviction, dois-je avouer. Ces saprés Soviétiques allaient nous faire la leçon. Peut-être n’étions-nous pas les meilleurs, après tout…

On connaît tous la suite. Le Canada a nivelé la marque à 5 à 5. Et avec 34 secondes à jouer dans la partie, Paul Henderson – qui d’autre ? – a marqué et donné la victoire au Canada.

Ce jour-là, dans un coin de Vanier, le toit d’une école a levé. Et si ma mémoire est bonne, la Terre a tremblé. Oui, nous étions les meilleurs. Il n’y avait plus aucun doute.

Paul Henderson

Le collègue Sylvain St-Laurent a récemment rédigé une chronique coiffée du titre : Henderson a-t-il sa place au Temple ?. Le « temple » étant évidemment le Temple de la renommée du hockey.

Ma réponse à cette question : que Paul Henderson n’y soit pas est une aberration. Lui qui est aujourd’hui âgé de 76 ans et qui combat un cancer aurait dû y être intronisé il y a des années, voire des décennies.

Certains diront qu’il était un joueur « ordinaire » avec ses 236 buts et 241 aides en carrière. Peut-être. Mais il a tout de même été sélectionné deux fois sur l’équipe d’étoiles de la LNH, et il a été choisi parmi des dizaines de joueurs canadiens pour représenter notre pays dans cette inoubliable Série du siècle.

Mais Henderson n’aurait pas été choisi pour cette série si les joueurs de la défunte Association mondiale de hockey – notamment le légendaire Bobby Hull – avaient été admissibles à cette sélection. C’est vrai. Mais le destin a voulu qu’il soit choisi et qu’il marque le but le plus mémorable de l’histoire du hockey.

Et je n’exagère pas. Dans un sondage réalisé par La Presse Canadienne, ce but historique d’Henderson s’est classé au huitième rang des plus importantes nouvelles du XXe siècle au Canada. Devant l’élection du Parti québécois et l’entrée de Terre-Neuve dans la Confédération.

Et certains diront que Paul Henderson n’a pas sa place au Temple de la renommée du hockey ?

Si les critères de sélection s’arrêtent aux points marqués en carrière, ces gens ont raison. Mais pour le « p’tit cul » de Vanier que j’étais et que je suis toujours, Paul Henderson est un héros national. Une idole. Il a réalisé ce qu’aucun autre joueur n’a réalisé avant et depuis la Série du siècle. 

Paul Henderson a fait de nous : les meilleurs.