Les bénévoles de ce centre recevront en avril le prix Bâtisseurs de la Ville d'Ottawa. Alice Châtelain (33 ans de bénévolat à ce centre) et Yvon Cyr (43 ans de bénévolat à ce centre).

Les «bâtisseurs» de l’entraide

CHRONIQUE / Les mots « le don de soi » prennent tout leur sens lorsqu’on rencontre Alice Chatelain et Yvon Cyr.

Ces deux amis de longue date sont auxiliaires-bénévoles au Centre d’accueil Champlain du secteur Vanier, une résidence pour retraités de 160 unités qui a célébré ses 50 ans l’an dernier.

Mme Chatelain, 84 ans, et M. Cyr, 77 ans, compte chacun 43 ans de bénévolat à ce centre. Quarante-trois années à voir au bien-être d’autrui. Et à l’instar du lapin Energizer, ils continuent à donner, et donner, et donner encore. M. Cyr, qui est père d’une fille et grand-père d’une petite-fille, peut passer jusqu’à 40 heures par semaine au centre Champlain, parfois plus. Mme Chatelain, qui est présidente de l’Association des auxiliaires de l’endroit, a cessé de compter ses heures il y a plusieurs années. « Mais Alice est ici au moins 60 heures par semaine », lance M. Cyr aux hochements tête de son amie.

Le Centre d’accueil Champlain compte plus d’une centaine de bénévoles, mais seulement 13 auxiliaires-bénévoles. « On a déjà compté jusqu’à 60 auxiliaires, dit Mme Chatelain. Mais on dirait que les gens ont de moins en moins de temps à donner. Si seulement ils savaient comment on reçoit autant qu’on donne, sinon plus. Tu te fais du bien à toi-même en donnant. Moi, je trouve ça réconfortant d’aider les gens d’ici. Ça me fait vivre », laisse tomber la mère de six enfants, neuf petits-enfants et cinq arrière-petits-enfants.

Quel est le rôle d’un auxiliaire ? « C’est d’aider les résidents, bien sûr. Mais on s’occupe aussi d’amasser des fonds pour le centre, explique M. Cyr. On organise toutes sortes d’activités tout au long de l’année. On a le bazar annuel, le carnaval et le barbecue des Optimistes, des soupers spaghetti, des tirages et des bingos, pour ne nommer que ceux-ci. Et le Café Chez-Nous, à l’entrée du centre, est ouvert tous les jours et il est géré et exploité par les auxiliaires. La totalité des recettes de ce café est versée à nos projets, dont les seuls et uniques bénéficiaires sont les résidents du centre Champlain. »

« Et en 50 ans, ajoute fièrement Mme Chatelain, notre association a remis plus de 700 000 $ au centre. »

Mais le rôle de M. Cyr et de Mme Chatelain ne s’arrête pas à la gestion du café et à l’organisation de soupers et de bingos. Ces deux auxiliaires-bénévoles rendent service aussi la nuit auprès des résidents en soins palliatifs.

« On reste auprès d’eux, dit Mme Chatelain. Parfois, certains de nos résidents n’ont pas de famille et ils sont seuls. D’autres fois, c’est un membre de la famille qui nous demandera de garder compagnie à son père ou à sa mère. »

« Et parfois, d’enchaîner M. Cyr, un résident ne veut pas mourir devant ses enfants. Il ne veut pas leur imposer cette peine. Alors on reste avec lui. Certains vont se confier avant de quitter et on est là pour eux. Jusqu’au bout. »

Lorsque je leur ai demandé pourquoi ils donnaient tant d’eux-mêmes et tant d’heures au bien-être des résidents, la question les a surpris. Comme si la réponse bien simple était : parce que ça va de soi.

« Ça rend service, dit M. Cyr. Au lieu de rester à la maison à me tourner les pouces, j’aime bien mieux être ici et aider comme je le peux. J’aime rendre service. »

« Et Yvon est toujours là pour conduire les résidents à leurs rendez-vous médicaux ou pour leur magasinage, ajoute son amie.

— Et vous, Mme Chatelain, pourquoi toutes ces heures ici ?

— Rendre service est une satisfaction personnelle, répond-elle. Ça me rend heureuse et ça ne m’a pas rendue plus pauvre. Au contraire. Et lorsque tu rends service à un résident et que tu vois son sourire plein de gratitude, il n’y a pas de prix là-dessus. »

L’Association des auxiliaires du Centre d’accueil Champlain recevra en avril prochain le Prix de Bâtisseur de la Ville d’Ottawa qui vise à reconnaître les bénévoles qui ont fait preuve d’un engagement exceptionnel envers la Ville d’Ottawa et ses résidents.

« Ce prix, dit Mme Chatelain, on le reçoit au nom de tous les auxiliaires du Centre d’accueil Champlain, anciens et présents. C’est aussi un prix qui reconnaît et récompense nos ancêtres canadiens-français. Nous en sommes très honorés et nous l’accepterons bien humblement. »