Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
La directrice de l’éducation du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario, Sylvie C.R. Tremblay
La directrice de l’éducation du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario, Sylvie C.R. Tremblay

L’éducation dans le sang

CHRONIQUE / Qu’elle soit nommée au poste de directrice de l’éducation du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) n’a rien d’étonnant, puisque Sylvie C.R. Tremblay a commencé sa carrière d’enseignante à l’âge de… trois ans.

« Je jouais à l’enseignante, c’était mon jeu favori, raconte-t-elle avec un sourire dans la voix. J’assoyais mon chien, je découpais des photos des madames dans le catalogue de Sears que je les collais au dos des chaises devant moi, je me chaussais des talons hauts de ma mère et j’enseignais. J’ai commencé à jouer ce jeu à l’âge de trois ans et j’ai fait ça toute mon enfance. Au point tel où l’on m’a demandé de faire du tutorat pour des cousins qui en arrachaient un peu à l’école. Et ce tutorat, je le faisais comme une enseignante dans mon espèce de salle de classe », ajoute-t-elle en riant.

Fille d’un père directeur d’école et d’une mère enseignante — quelqu’un a dit que « la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre » — Sylvie C.R. Tremblay est née et a grandi dans le village de Ramore, dans le nord de l’Ontario, à 80 km au sud de Timmins. Une région où, à l’époque, il n’y avait pas d’école secondaire de langue française. Les jeunes Franco-Ontariens devaient se contenter d’écoles mixtes, c’est-à-dire des écoles de langue anglaise dans lesquelles on ajoutait des classes pour les étudiants francophones. Ni plus ni moins que des « écoles d’assimilation ».

« J’ai fait tout mon secondaire dans une école mixte d’Iroquois Falls, se souvient Mme Tremblay. C’était une école où il y avait beaucoup de tensions entre les anglophones et les francophones. Durant ma 11e année, un mouvement s’est créé pour qu’on obtienne une école secondaire de langue française et j’ai été l’une des leaders étudiantes de ce mouvement. Il y avait des profs du côté anglophone qui essayaient de nous faire taire parce qu’on commençait à revendiquer des choses pour les francophones. Des membres du personnel anglophone s’en prendre à des jeunes, j’ai connu ça, c’était une autre époque. Ce sont des choses qu’on ne verrait plus aujourd’hui. »

« Je suis une battante pour la francophonie depuis ce temps-là, poursuit-elle. Et notre lutte a été un succès, mais, malheureusement, je n’ai pas pu en profiter. L’école secondaire de langue française d’Iroquois Falls a ouvert ses portes l’année qui a suivi mon départ du secondaire pour mes études à l’Université d’Ottawa. »

Détentrice d’une maîtrise en histoire et en éducation et leadership pédagogique, d’un baccalauréat en éducation ainsi que d’un brevet d’agente de supervision, Sylvie C.R. Tremblay compte près d’une trentaine d’années dans le domaine de l’éducation, dont 12 à titre de surintendante et surintendante exécutive de l’éducation. Mère d’une fille âgée de 15 ans, elle a également œuvré à titre de directrice du Service d’appui au succès scolaire des étudiants de l’Université d’Ottawa.


« Je peux vous assurer que les élèves se sentiront en sécurité. »
Sylvie C.R. Tremblay

En juillet dernier, elle a été choisie pour succéder à Édith Dumont au poste de directrice de l’éducation et secrétaire-trésorière du CEPEO.

Comme sa prédécesseur, l’éducation est une passion chez elle. Elle coule dans ses veines. « L’éducation est le moyen le plus puissant pour changer le monde », laisse-t-elle tomber en citant Nelson Mandela. Cette citation m’anime beaucoup, j’y crois tellement. L’éducation a été et reste pour moi la grande passion de ma vie », ajoute-t-elle.

Mais curieusement, la nouvelle « patronne » du CEPEO n’a pas quitté son village de Ramore pour venir à Ottawa poursuivre des études universitaires en éducation, mais bien en journalisme. Pratiquement tous ses enseignants au niveau secondaire lui conseillaient de choisir une carrière en éducation. Ces gens avaient vu la passion qui l’animait et qui l’habitait. Mais non. Elle voulait devenir journaliste.

« Vous savez, quand on a 17 ans, on essaie un peu de se distinguer de ses parents, laisse-t-elle tomber. Il y avait probablement un peu de ça dans ma décision, même si je n’en étais pas nécessairement consciente. »

« À l’époque, il n’y avait pas de programme de journalisme (au niveau universitaire) à Ottawa. Mon intention était donc de faire un baccalauréat en sciences politiques et en lettres françaises, pour ensuite aller à l’Université Concordia à Montréal pour une maîtrise en journalisme. Mais mon premier cours de sciences politiques ne m’a pas beaucoup plu, j’ai donc déplacé ma trajectoire vers l’histoire. J’ai fait un bac en histoire, ma maîtrise et j’ai commencé mon doctorat. Sauf que durant mon deuxième semestre de doctorat, je me suis rendu compte que je ne me voyais pas faire une carrière où je serais très seule, très isolée. Parce que lorsqu’on est prof universitaire, on fait de la recherche et on enseigne. Et quand on fait de la recherche, on est seul. »

« Ce jour-là, je suis rentrée à la maison et j’ai dit à mon conjoint : “je m’en vais dans l’enseignement”. Le virage s’est fait comme ça. Aussi vite que ça. Et je n’ai jamais regretté un seul instant ma décision. »

LA RENTRÉE SCOLAIRE COVID-19

La grande majorité des étudiants du CEPEO ont retrouvé leur école jeudi dernier, malgré la pandémie qui subsiste et le risque qu’une deuxième vague du coronavirus surgisse à l’automne.

« Cette rentrée, on la prépare depuis le mois de mai, dit Mme Tremblay. On a des équipes qui n’ont pas pris de vacances cet été afin qu’on soit fin prêts. Je peux vous assurer que les élèves se sentiront en sécurité. »

« Bien sûr, s’il y a une deuxième vague et que le ministère (de l’Éducation de l’Ontario) ordonne une fermeture des écoles, c’est évident que nous allons obtempérer et se tourner vers l’enseignement virtuel. Nous sommes beaucoup plus prêts à ce niveau, on se servira du modèle que nous avons établi au printemps. Donc on est prêt. On a préparé et anticipé tout ce qu’on peut préparer et anticiper. Mais ce que la COVID nous a appris, c’est que ce n’est pas nous qui sommes en contrôle des choses. Donc mon message est que ce ne sera pas parfait. Il y aura des ajustements en cours de route. On va apprendre ensemble, on va s’ajuster ensemble. Mais il n’y a aucun compromis sur les mesures de sécurité. Ces mesures sont en place dans nos écoles et elles ont été appliquées de façon rigoureuse. Pour le reste, on va enseigner comme on a toujours enseigné et on s’ajustera au fur et à mesure que la situation évoluera », rassure Sylvie C.R. Tremblay.

«Petite question indiscrète en terminant, Mme Tremblay. Pourquoi le « C.R. » dans votre nom ?

— Le ‘C’ c’est pour Cécile, une tante qui est décédée avant ma naissance. Et le ‘R’ c’est pour Rose, ma marraine. Il pleut des Sylvie Tremblay sur cette planète, alors le ‘C.R.’ me permet d’être claire. »