Plusieurs personnes ont « occupé » les locaux et les corridors de la Soupe populaire de Hull à la suite de l’incendie qui a frappé le Gîte Ami.

Le plan de match de la rue

CHRONIQUE / Lorsque le téléphone de Michel Kasongo, le directeur général de la Soupe populaire de Hull, a sonné vers minuit, le 31 décembre, il savait qu’on ne l’appelait pas pour lui souhaiter une bonne année 2020 ou pour obtenir ses commentaires sur le Bye Bye 2019 qui venait de prendre fin.

C’était Lise Paradis au bout du fil, la directrice générale du Gîte Ami. Un incendie venait de jeter à la rue les 55 bénéficiaires de ce refuge pour sans-abri. « Heureusement, la STO (Société de transport de l’Outaouais) a vite dépêché un autobus pour que nos clients puissent rester au chaud, a dit Mme Paradis. Mais il fallait maintenant leur trouver un endroit où passer la nuit. »

Michel Kasongo a répondu « présent ». En cette nuit du Nouvel An, il a ouvert les portes de la Soupe aux bénéficiaires du Gîte Ami et la cafétéria de l’endroit s’est vite transformée en dortoir. Pas idéal comme lit. Rien de confortable non plus. Mais c’était ça ou la rue pour 55 sans-abri du Vieux-Hull.

À LIRE AUSSI : Gatineau offre un local temporaire au Gîte Ami

Et pour ces 55 personnes — des hommes et des femmes de tous âges — les prochaines semaines d’hiver seront encore plus difficiles qu’elles s’annonçaient.

« Nous avons établi un plan de match pour les prochaines semaines, explique M. Kasongo. La Ville de Gatineau, en collaboration avec la Croix-Rouge et le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), ont transformé le centre communautaire Fontaine en dortoir. On y a installé une soixantaine de lits de camp et il y a des douches sur place. Ce centre communautaire est situé à quelques pâtés de maisons de la Soupe populaire de Hull.

«Les bénéficiaires doivent cependant quitter le centre Fontaine à 7 h le matin, poursuit M. Kasongo. Accompagnés d’intervenants de Gîte Ami, ils marchent jusqu’ici, à la Soupe populaire, où ils peuvent prendre le petit-déjeuner préparé par l’équipe de cuisine du Gîte. L’équipe de cuisine de la Soupe populaire prend le relais pour le dîner. Et les cuisiniers du Gîte Ami reviennent préparer le souper. Et après le souper, les bénéficiaires du Gîte Ami doivent retourner coucher au centre communautaire Fontaine puisqu’il n’y a pas de places ici, nos 25 lits étant déjà occupés. Ce sera comme ça sept jours sur sept jusqu’à ce que le Gîte Ami puisse rouvrir ses portes.»

Le directeur général de la Soupe populaire de Hull, Michel Kasongo

Et voilà la question qui tue. Quand le Gîte Ami pourra-t-il revenir à la normale ?

«Dans le meilleur des cas, on pourrait rouvrir dans deux semaines», a répondu Lise Paradis, en ajoutant que tout dépendra de la rapidité des assureurs et des travaux à effectuer.

Mais selon Michel Kasongo, le «plan de match» élaboré par tous les intervenants, soit le va-et-vient entre le dortoir improvisé du centre communautaire Fontaine et la Soupe populaire du boulevard des Allumettières, pourrait être en vigueur pour au moins un mois.

«Je crois que le système électrique a été touché par l’incendie, la plomberie et la toiture aussi, dit-il. Alors, je ne crois pas que le Gîte Ami pourra rouvrir avant la fin janvier.»

Il était approximativement 10 h, jeudi matin, lors du passage du Droit à la Soupe populaire de Hull. L’endroit est habituellement calme et désert à cette heure de la journée, puisque les portes n’ouvrent pas avant 10 h 30. Mais hier, ils étaient une trentaine de sans-abri à profiter de la chaleur des lieux, dont six d’entre eux qui sommeillaient au sol, dans le corridor qui mène aux bureaux. Les autres avaient quitté les lieux pour la rue et reviendront pour le lunch.

«On improvise et c’est intense comme situation, avoue M. Kasongo. Mais l’entraide entre tous les organismes communautaires tels la Manne de l’île, Moisson Outaouais, la Ville de Gatineau, la Croix-Rouge et tous les autres est extraordinaire.»

«Et cette situation ouvrira peut-être les yeux à certains qui ne sont pas encore conscients des besoins criants et de la réalité des organismes communautaires comme le nôtre», ajoute Lise Paradis.

Michel Kasongo tenait aussi à souligner la générosité de la population. «Depuis l’incendie, dit-il, on a reçu des dons en argent du public, de la nourriture, des vêtements, des couvertures. L’élan de solidarité est renversant en ce moment. Mais espérons qu’il se poursuivra pour encore quelques semaines, car nous en aurons grandement besoin.»

Pour faire un don, la Soupe populaire de Hull est située au 297 boulevard des Allumettières, à l’angle de la rue Saint-Rédempteur.