On apprenait la semaine dernière que le conseil municipal d’Ottawa a accepté de faire exemption à sa politique de bilinguisme — une cinquième fois en moins de quatre ans — afin d’embaucher deux membres de sa haute direction.

Le jour de la marmotte

CHRONIQUE / La Ville d’Ottawa embauche tellement de gens unilingues anglophones dans des postes de cadre que ce n’est plus une classe de français qu’elle aura besoin, mais bien d’une école !

On apprenait la semaine dernière que le conseil municipal d’Ottawa a accepté de faire exemption à sa politique de bilinguisme — une cinquième fois en moins de quatre ans — afin d’embaucher deux membres de sa haute direction. Ces deux personnes devront suivre une formation linguistique obligatoire offerte par la Ville, comme le stipule la politique sur le bilinguisme de la Ville.

Bref, ces deux nouveaux cadres devront apprendre le français. Ce qu’ils ne feront probablement jamais, à l’instar de leur patron, le directeur général de la Ville, Steve Kanellakos qui, à son embauche en février 2016, avait promis d’apprendre la langue de Molière. Il y a plus de trois ans de ça. Mais à ce jour, M. Kanellakos refuse de répondre en français aux questions posées par les journalistes francophones. Il n’a réalisé aucun progrès.

On peut le comprendre, le pauvre. L’an dernier, on apprenait qu’entre 2010 et 2014, les employés concernés par cette formation linguistique obligatoire pour apprendre le français ont consacré à leurs cours une moyenne de 36 heures… par année. Moins d’une heure par semaine. Imaginez. C’est tout le temps qu’ils ont pour leurs cours de français. Comment pouvez-vous apprendre une langue à ce rythme ? C’est carrément impossible.

Hier, la Ville a annoncé l’embauche de Wendy Stephanson à titre de cheffe des finances, et de Dean Lett à titre de directeur des soins de longue durée. Les deux ont évidemment promis d’apprendre le français et bla-bla-bla. On connaît la chanson. On sait fort bien qu’ils n’auront jamais le temps ou qu’ils ne prendront jamais le temps de l’apprendre.

Que Mme Stephanson ne puisse parler notre langue dans son poste de cheffe des finances, ça passe. Ça passe de travers, mais ça passe. C’est moins grave, mettons. Les chiffres n’ont pas de langue.

Mais dans le cas de M. Lett, le nouveau directeur des soins de santé de longue durée, ça passe beaucoup moins bien. En fait, ça ne passe pas du tout. C’est même d’une ironie insultante.

Il y a une dizaine de jours, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) déposait son livre blanc sur le vieillissement de la population francophone. On apprenait alors que les lits de soins de longue durée sont parmi les services les plus difficiles à obtenir en français. Il existe un lit pour 3 400 francophones en Ontario, contre un lit pour 170 Ontariens. Une inégalité renversante.

Et voilà que la Ville d’Ottawa embauche une personne unilingue anglophone au poste de… directeur des soins de longue durée. Comme pied de nez aux francophones d’Ottawa, on ne pourrait faire mieux.

Autre passage agaçant du texte de mon collègue Julien Paquette dans notre édition de jeudi, celui-ci :

« Il y a d’autres membres de ces équipes qui sont complètement bilingues et s’il y a une situation où on a besoin d’une personne qui parle français, pour une rencontre avec un groupe communautaire par exemple, on a la capacité de le faire », a déclaré le maire, Jim Watson.

Ah bon. Et l’offre active, M. Watson, on en fait quoi ?

En août dernier, la ministre fédérale du Tourisme des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly, a annoncé un investissement de 224 500 $ pour améliorer la qualité des services en français offerts aux résidants de la Ville d’Ottawa et aux visiteurs.

Avec cette aide financière, la Ville d’Ottawa s’est donné comme objectif d’améliorer la qualité de l’offre de service en français au moyen de son projet : « Une Ville, deux langues — l’offre active au service du citoyen ».

C’est le nom qu’on a donné à ce projet. « Une Ville, deux langues — l’offre active au service du citoyen ». Et voilà que le maire d’Ottawa déclare que si personne ne peut nous servir en français, qu’on ira trouver quelqu’un, quelque part, qui peut le faire. Et pour l’offre active, on repassera.

Vous allez en faire quoi de ces 224 500 $ offerts par le fédéral, M. Watson ?

Si je peux me permettre une suggestion : utilisez cette somme pour la construction d’une école de français à l’hôtel de ville d’Ottawa.

Vous en aurez besoin.