C’est le Jour J pour Doug Ford et son gouvernement qui déposera son premier budget... et on se méfie.

Le chemin parcouru

CHRONIQUE / Peut-on se fier à une épinglette ?

C’est le jour J, aujourd’hui. Le dépôt du premier budget de Doug Ford depuis que celui-ci est à la tête de l’Ontario.

Je ne peux me rappeler d’un autre budget aussi attendu que celui-là. On se méfie. On le craint. On questionne. Ce budget sera-t-il une autre gifle au visage des Franco-Ontariens ? Un autre « jour noir » ? Où coupera-t-on cette fois-ci ?

Les craintes sont légitimes. Surtout après l’énoncé économique du 15 novembre dernier lorsque le gouvernement conservateur a « tiré la plug » sur le Commissariat aux services en français et remis aux calendes grecques l’ouverture de l’Université de l’Ontario français.

Donc nos craintes sont légitimes. Il y a cependant une lueur d’espoir pour les Francos. Une petite lueur de la grosseur d’une… épinglette.

Le 20 mars, dernier, Journée internationale de la francophonie, le premier ministre Ford arborait l’épinglette franco-ontarienne.

« C’est juste une épinglette, ne partons pas fou », direz-vous. Et vous aurez raison.

Mais c’est un geste posé par Doug Ford qui me porte à dire qu’on en a fait du chemin depuis novembre dernier.

Pensez-y. En mars 2018, durant la course à la chefferie du Parti conservateur de l’Ontario, Doug Ford a déclaré à Radio-Canada qu’il voulait apprendre le français afin de pouvoir parler aux… Québécois.

« C’est important de communiquer avec une autre partie du pays qui parle le français, a-t-il dit. J’aime le Québec. J’aime les Québécois, ils sont passionnés », a-t-il ajouté.

Imaginez. Il ne prétendait pas vouloir apprendre notre langue pour pouvoir nous parler à nous, les Franco-Ontariens. Il prétendait vouloir apprendre le français pour pouvoir parler aux Québécois. En d’autres mots, Doug Ford ignorait notre existence même.

Un an plus tard, il portait une épinglette à nos couleurs. On en a fait du chemin en six mois…

Les manifs historiques du 1er décembre dernier y sont certes pour quelque chose, il va sans dire. Doug Ford a réalisé ce jour-là que nous sommes debout, qu’on existe et qu’on ne se laisse pas marcher sur les pieds.

Les manifs n’ont pas sauvé le Commissariat aux services en français. Ni notre université. Ces deux dossiers se régleront devant les tribunaux.

Ces manifs ont cependant fait réfléchir Doug Ford et son entourage. N’eussent été ces manifestations partout en province et au pays, je suis convaincu que les conservateurs auraient préparé leur budget sans même penser aux Franco-Ontariens, sans même prendre en considération notre réalité, nos besoins, nos droits et nos acquis.

On a crié haut et fort et on a été entendu.

A-t-on crié assez fort pour que le budget d’aujourd’hui nous épargne ? J’en doute. Doug Ford coupera en éducation et en santé, pour ne nommer que ces deux secteurs. Et qu’on parle l’anglais ou le français, personne en province ne sera épargné. Les coupures feront mal.

Mais je crois qu’on a crié assez fort pour faire réfléchir Doug Ford. Assez pour qu’il recule sur certaines coupures qu’il aurait autrement effectuées dans la francophonie ontarienne. Assez pour qu’il y pense deux fois avant de s’attaquer à nouveau nos acquis. Assez pour qu’il porte une épinglette verte et blanche…

On sait bien qu’on ne peut pas lui donner le Bon Dieu sans confession. C’est d’ailleurs ce même homme qui a déclaré que l’intégration du Commissariat aux services en français au sein de l’ombudsman se ferait dans sa totalité, pour ensuite abolir trois postes au sein de ce même commissariat.

On peut donc s’attendre à tout aujourd’hui lors du dépôt du budget. Du meilleur au pire.

Et non, pour répondre à la question posée comme entrée en matière, on ne peut pas se fier à une épinglette.

Mais cette épinglette démontre qu’on en a fait du chemin depuis novembre dernier. Et si ce budget vient nous enlever d’autres acquis, la « résistance » sera prête.

Et ça, on peut s’y fier.