L’ancien éditeur du Droit, Pierre Bergeron, est sorti de sa retraite pour devenir... célébrant de vie.

Le célébrant de vie

CHRONIQUE / Pierre Bergeron a consacré 40 années de sa vie au journalisme et au succès du quotidien Le Droit. Journaliste, pupitreur, éditorialiste puis président-éditeur du Droit de 1993 à 2002 — notamment durant la crise S.O.S. Montfort — il a, comme on dit, gravé les échelons jusqu’au sommet. Mais si vous lui demandez de résumer sa longue carrière en un mot, il vous répondra qu’il a été d’abord et avant tout : journaliste.

Récipiendaire de l’Ordre du Canada, M. Bergeron, 73 ans, est retraité depuis quelques années. Il a cependant repris le collier en avril dernier. Pas comme journaliste, ni comme éditeur, mais bien comme célébrant de funérailles.

« Célébrant de vie, me corrigera-t-il. Depuis avril dernier, j’ai présidé 22 célébrations de vie. Et c’est passionnant. »

La société a bien changé. Il y a 30 ou 40 ans, un défunt était exposé dans un cercueil au salon funéraire pendant trois jours, puis suivaient les funérailles à l’église le quatrième jour après sa mort.

« Aujourd’hui, ce n’est plus ça du tout, affirme M. Bergeron. Neuf personnes sur 10 optent pour la crémation. Et les proches du défunt veulent tous les services au même endroit, comme on offre à la Coopérative funéraire de l’Outaouais. Et aujourd’hui, les funérailles peuvent parfois se tenir deux semaines après le décès, même un mois après le décès. Les gens ont le temps de vivre leur deuil. Donc lorsqu’ils arrivent pour la célébration de vie, comme on l’appelle maintenant, ils ont déjà passé à travers les grandes douleurs de la mort et de la perte d’un être cher. Et moi, mon travail est de faire du mieux que je peux pour célébrer la vie du défunt. Tout est centré autour de la personne qui est décédée. »

Mais comment célébrer la vie d’une personne qu’on n’a pas connue et qu’on n’a jamais rencontrée ?

« C’est là que mon travail de journaliste commence, répond M. Bergeron. Je rencontre les proches pour leur poser des questions sur le défunt. Ses qualités, ses habilités, ses valeurs, ses passions, sa vie professionnelle et tout ça. Quel était son diminutif aussi. Il y a trois mois, par exemple, j’ai célébré la vie d’une dame que tous ses proches surnommaient Zouzoune. Son surnom était même écrit dans son avis de décès. Et sa famille a insisté pour que je l’appelle Zouzoune durant la célébration de sa vie. J’ai aussi présidé une célébration de vie au thème country. Tout le monde était vêtu en country.

« Je demande aussi si on présentera un diaporama. J’invite les gens à offrir un témoignage. Je n’ai aucun problème s’il y a des enfants présents, je suis grand-père de 12 petits-enfants. J’ai même présidé une célébration le mois dernier durant laquelle j’ai tenu un bébé dans mes bras pendant que sa mère offrait un témoignage. J’ai un catalogue d’une cinquantaine de chansons dans lequel les gens peuvent choisir trois chansons qu’ils aimeraient entendre durant la célébration. Les trois plus populaires sont Ceux qui s’en vont, ceux qui nous laissent de Ginette Reno, My Way de Paul Anka et Si Dieu existe de Claude Dubois.

Les gens peuvent aussi choisir d’autres chansons qui ne sont pas dans mon palmarès. À la fin de la célébration au thème country, par exemple, on a fait jouer la chanson It’s Hard To Be Humble. (Rires).

« C’est un travail de journaliste très intéressant, poursuit-il. Je pose des questions, j’apprends à connaître la personne décédée et je dois ensuite avoir la capacité de raconter au monde qui était vraiment cette personne. Tout est axé sur le défunt. Je suis un célébrant laïc. Je ne suis pas là pour parler de la vie après la mort et de la résurrection. Je ne suis pas là pour faire la morale. Je suis là pour célébrer une vie. Et si je fais bien mon travail, les gens vont quitter en disant « on a célébré la vie de Robert, on a parlé de lui ». Ce Robert que je n’ai jamais rencontré de ma vie, ajoute M. Bergeron.

Est-ce parfois difficile sur le moral ? Parce qu’il y a tout de même beaucoup de tristesse dans les yeux et le cœur des gens qui ont perdu un être cher.

«Du tout. Parce que je suis tourné vers l’avenir. À la fin d’une célébration, je dis aux gens de ne pas oublier de se tourner vers ceux qui restent. Oui, la misère et la tristesse sont souvent présentes et ça peut être dur sur le moral. Mais j’ai décidé que ce ne serait pas dur sur le moral, c’est-à-dire que je vais donner de l’espoir, on va se tourner vers l’avenir. Je connecte avec les gens. Je célèbre la vie d’une personne comme si je célébrais la vie de l’un de mes proches. Je ne suis pas au service de la mort, je suis au service de la vie. La vie qui continue, la vie qui a été. Mon travail, c’est de faire le lien entre la vie de la personne et ce qui va continuer après son départ. »