La conseillère municipale Audrey Bureau passe de 12 à 14 heures par jour, sur le terrain, avec ses concitoyens.

Le bureau bleu d’Audrey

CHRONIQUE / C’est aussi ça être une élue…

J’ai passé quelques heures avec la conseillère municipale du district d’Aylmer, Audrey Bureau, hier. À son bureau. Son nouveau bureau improvisé à l’arrière de l’aréna Frank-Robinson, dans le terrain de stationnement. C’est là que vous la trouverez jusqu’à la décrue des eaux.

Son bureau de travail est un gros bac à recyclage bleu sur lequel elle dépose son calepin bourré de notes, son téléphone intelligent qui ne dérougit jamais et ses gants de travail souillés de sable. Il n’y a pas de chaise. Pas de classeur, pas de photocopieur et pas de télécopieur non plus. La conseillère est là, au grand air, debout à longueur de journée à travailler de son bureau bleu.

« Je suis ici de 12 à 14 heures par jour depuis les 13 derniers jours, dit-elle entre deux appels de résidents d’Aylmer qui ont besoin d’aide. J’arrive ici vers 8 h 30 et je quitte vers 21 h. Et à la maison, je retourne les appels et les messages que je n’ai pas pu retourner durant la journée.

«Ici, je travaille à la coordination des bénévoles, à l’accueil, à la répartition, ajoute la conseillère. Je m’assure aussi qu’il y ait assez de nourriture pour les bénévoles qui travaillent à remplir les sacs de sable. Le mot s’est passé dans le quartier. Les gens savent que c’est ici qu’ils doivent venir s’ils ont besoin de sacs de sable ou d’un service. Et ceux qui veulent offrir leurs services comme bénévoles savent aussi que c’est ici qu’ils doivent venir s’inscrire. Je pense que tout le monde dans Aylmer a maintenant mon numéro de téléphone», lance-t-elle en riant.

Une vingtaine de soldats des Forces armées canadiennes remplissaient des sacs de sable dans le «bureau» de la conseillère, hier. Une trentaine de bénévoles les aidaient, dont douze étudiants du programme de formation préparatoire au travail de l’école secondaire Grande-Rivière.

«On compte plusieurs écoles dans le secteur, dit Mme Bureau. Et des groupes d’étudiants de ces écoles viennent presque chaque jour faire du bénévolat.»

Un jeune couple arrive et se présente à la conseillère municipale. Les deux semblent désemparés.

«Nous aurions besoin d’à peu près 250 sacs de sable chez nous, dit le jeune homme timidement, comme s’il demandait la lune.

Mme Bureau prend l’adresse en note, elle relève la tête et lui dit : «Parfait, ce sera livré dans 20 minutes.

— Pardon !?

— Un bénévole ira vous livrer vos sacs de sable dans 20 minutes, lui répète-t-elle.

— Les 250 sacs !?

— Oui.»

Je crois que ce jeune couple a souri pour la première fois en deux semaines, leurs yeux pleins de gratitude.

Un camion s’arrête devant le bureau bleu de Mme Bureau. Un homme en descend et vient tout droit serrer la main de la conseillère.

«Merci pour la barrière !», lui lance-t-il avant de remonter dans son véhicule et de repartir.

Mardi soir, cet homme du nom de Louis Goyette a demandé à Mme Bureau si une barrière pouvait être érigée sur un chemin qui mène à la rivière afin d’éloigner les trop nombreux curieux qui s’y regroupent. Mercredi matin, la barrière était déjà érigée.

Un camion de la maison funéraire Les Jardins du Souvenir s’arrête à son tour devant le bureau bleu de la conseillère. Deux employés à l’entretien du cimetière, Yvon Charron et Daniel Guillemette, viennent remplir leur véhicule de sacs de sable pour aller les distribuer aux Aylmerois dans le besoin.

«La direction des Jardins du Souvenir nous a prêté à Mme Bureau cette semaine, explique M. Charron. Ça nous change de la routine et ça nous fait un grand plaisir de pouvoir aider.»

Une dame arrive les bras chargés de plats de sandwiches. Thérèse Courchesne est membre d’un groupe de tricot d’Aylmer. Et la quinzaine de dames de ce groupe se relaient chaque jour pour apporter des repas aux bénévoles de l’aréna Frank-Robinson.

«Nous sommes toutes âgées de 70 ans et plus dans notre groupe, dit Mme Courchesne. On ne peut pas remplir des sacs de sable à notre âge. Mais on peut aider à notre façon.»

Et c’est comme ça à longueur de journée dans le bureau d’Audrey Bureau. C’est un va-et-vient incessant de gens qui ont besoin d’aide et de gens qui veulent offrir leur aide.

Un va-et-vient incessant d’entraide, de générosité et de solidarité.

Audrey Bureau est fatiguée. Elle ne le dira jamais, mais ça se voit. Elle est là pour les gens depuis le début des inondations et elle y sera jusqu’à ce que la rivière des Outaouais retrouve son lit.

Que cela prenne une semaine, deux semaines ou un mois, elle y sera.

Parce que c’est aussi ça être une élue.