Le système de paye Phénix donne des maux de tête à Hélène Potvin depuis qu’elle a pris sa retraite en septembre 2016.

Le « calvaire Phénix » d’Hélène Potvin

CHRONIQUE / Après 35 années de service au sein du gouvernement fédéral, la Gatinoise Hélène Potvin a pris une retraite bien méritée il y a trois ans.

De son premier emploi comme commis alors qu’elle était âgée de 18 ans jusqu’à un poste de gestionnaire et de conseillère spéciale auprès de hauts fonctionnaires, cette mère de deux enfants a gravi les échelons de la fonction publique du Canada au fil des décennies.

En septembre 2016, l’heure de la retraite a sonné pour cette dame alors âgée de 53 ans. Bye bye boss et profitons maintenant de la vie.

« J’aurais continué, dit-elle, j’adorais mon travail. Mais j’avoue que j’étais fatiguée. Alors j’ai pris ma retraite en me disant que j’allais me payer un voyage par année. Pas un gros voyage à l’autre bout du monde. Mais de petits voyages pas trop chers ici et là. Je comptais m’amuser un peu. »

Son ex-employeur avait cependant d’autres plans pour elle…

Car depuis sa retraite il y a trois ans, Hélène Potvin se bat contre un « monstre » qui semble indomptable. Un « monstre » baptisé Phénix. Un système de paye qui donne des cauchemars à des milliers de fonctionnaires fédéraux depuis son implantation en février 2016.

Dès son premier chèque de pension reçu à l’automne 2016, Hélène Potvin se rend compte qu’elle a un trop-payé de 3 000 $. L’erreur se répète le mois suivant.

« Je mettais cet argent-là de côté, dit-elle. Je suis intègre et honnête, je n’allais certainement pas garder ces sommes qui ne m’étaient pas dues. »

En novembre 2016, Mme Potvin a signalé ce trop-payé au centre de paye du gouvernement fédéral. Mais le chèque mensuel suivant, encore une fois, 3 000 $ de trop.

Puis en janvier 2017, elle reçoit enfin une lettre de Services publics et Approvisionnent Canada. Une lettre qui l’avise qu’elle doit la somme de 22 526 $, alors que selon elle, c’est un trop-payé d’approximativement 12 000 $ qu’elle a reçu depuis son départ.

Il va sans dire que la jeune retraitée a vite contesté cette somme. « J’ai appelé, j’ai envoyé des courriels, mais personne n’a communiqué avec moi », affirme-t-elle.

Deux mois plus tard, en mars 2017, elle s’aperçoit en recevant le versement annuel de sa pension qu’il n’y a plus un trop-payé de 3 000 $, enfin, mais que le versement est maintenant amputé de plus de 500 $.

« J’ai tout de suite appelé au centre de pension, dit-elle. On m’a alors dit que Services publics avait avisé le centre de pension que ce montant (534 $) serait enlevé mensuellement, et ce jusqu’à la mi-août 2020. Tout ça pour rembourser les quelque 22 000 $ que je ne leur dois pas.

«C’est là que le calvaire a débuté, laisse-t-elle tomber. J’appelais mais j’étais incapable de parler à qui que ce soit. Et quand je réussissais enfin à parler à quelqu’un, c’était toujours la même histoire. Quelqu’un serait en communications avec moi pour régler mon cas, me disait-on. Puis personne ne me revenait.

«Mes suivis aux deux semaines faisaient maintenant partie de ma vie. J’ai fait une dépression, j’avais peur d’aller à la boîte à lettres. Et je suis suivie par une psychologue depuis.»

Et son combat se poursuit. Au cours des dernières années, Mme Potvin a communiqué avec son député fédéral, avec un sous-ministre de Services publics et Approvisionnement Canada, puis avec la ministre même. Parfois elle reçoit de bonnes nouvelles, on répond maintenant à ses questions, on ajuste certaines sommes d’argent. Mais rien n’est encore réglé et le dossier sur sa saga qu’elle conserve depuis 2017 s’épaissit de mois en mois.

Et le 16 juillet dernier, Mme Potvin a reçu une lettre du gouvernement l’avisant que la somme due pour les trop-payés de l’automne 2016 se chiffrait maintenant à 23 083 $… Comme un retour à la case de départ.

«C’est incroyable, souffle-t-elle. La main droite ne parle pas à la main gauche. C’est épouvantable. Je sais que je suis l’une des chanceuses dans tout ça. Je n’ai pas perdu ma maison ou rien comme ça, contrairement à d’autres fonctionnaires victimes de Phénix. Mais j’ai perdu ma joie de vivre. Je ne veux pas faire du ‘gouvernement bashing’. Et j’ai énormément de compassion pour les gens qui travaillent sur ce système de paye. Ces gens sont épuisés et je les comprends. J’ai juste hâte que ce calvaire prenne fin une fois pour toutes.»