La station de télé Musique Plus fermera ses portes cet été.

La Guerre de cinq jours

CHRONIQUE / Ainsi, MusiquePlus ne sera plus. Cette station musicale qui a connu ses heures de gloire à la fin des années 1980 et au début des années 1990 — avant l’arrivée de l’internet — disparaîtra des ondes cet été. On tire la plug, bref.

Cette nouvelle m’a ramené 25 ans en arrière. Elle m’a rappelé la « Guerre de cinq jours » des jeunes Franco-Ontariens de la région d’Ottawa.

Vous ne vous souvenez probablement pas de cette lutte. Et c’est bien normal puisqu’elle a été gagnée par les Francos en mois d’une semaine. Mais je parie que plusieurs anciens étudiants de l’école secondaire Garneau d’Orléans, qui sont aujourd’hui âgés dans la jeune quarantaine, s’en souviennent bien clairement.

Le 15 décembre 1994, le câblodistributeur Rogers, à Ottawa, retirait Musique Plus de sa grille horaire pour remplacer cette station fort populaire auprès des adolescents francophones par une station de langue anglaise.

Les jeunes n’étaient pas contents. Mais pas du tout. Et quand les jeunes Francos se fâchent, tassez-vous. Ils ont le tour de choisir leurs batailles et, une fois qu’ils décident de monter au front, plus rien ne les arrête.

Or, dans les jours qui ont suivi cette décision de Rogers, les étudiants de Garneau ont créé « l’Organisation des jeunes pour sauver MusiquePlus ». Je n’invente rien. C’est le nom qu’ils avaient donné à leur mouvement. Et leur leader, le président du conseil étudiant de Garneau, Christian Schnobb, multipliait les entrevues dans les médias. En moins de deux jours, cette « Organisation » avait recueilli plus de 4000 signatures qu’elle avait fait circuler dans six écoles secondaires de la région.

Le 20 décembre 1994, le câblodistributeur Rogers abdiquait et remettait MusiquePlus dans sa grille horaire.

Les jeunes Franco-Ontariens remportaient « la Guerre de cinq jours ».

Comme journaliste au Droit, j’avais couvert cette lutte du début à la fin. Et le vendredi 23 décembre 1994 (merci à nos archives), je retournais à l’école Garneau pour une visite bien spéciale.

Chez MusiquePlus à Montréal, on avait évidemment entendu parler de cette « guerre » et de cette victoire des jeunes Francos d’Ottawa. Et pour les remercier, cette station avait dépêché à l’école Garneau une équipe de production pour y tourner des images et réaliser des entrevues avec les leaders de « l’Organisation ».

De plus, MusiquePlus invitait Christian Schnobb et Lyne Lafferière, une autre étudiante et leader du mouvement, à leurs studios de la rue Sainte-Catherine à Montréal pour y présenter en direct quelques vidéoclips en compagnie d’une jeune animatrice en herbe dont le nom ne me disait absolument rien.

« Nous avons été tellement impressionnés par ces jeunes que nous allons aller les chercher chez vous (à Orléans) pour les emmener à Montréal où ils seront nos invités d’honneur », m’avait confié la porte-parole de MusiquePlus de l’époque.

Je m’étais rendu à Garneau couvrir cette visite de MusiquePlus. On m’a posé quelques questions sur la couverture médiatique de cette lutte des jeunes Franco-Ontariens. Puis, à ma grande surprise, on m’a invité à me joindre aux deux leaders de Garneau pour cette visite éclair à Montréal.

Je me souviens qu’en arrivant dans les studios, le directeur général de MusiquePlus, Pierre Marchand, avait lancé aux deux étudiants : « Ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de serrer la main à de vrais irréductibles Gaulois !».

(Bon, d’accord, j’avoue. Je ne me souvenais pas de cet accueil à Montréal. Ce qui me ramène à dire : merci à nos archives).

Ce que je me souviens clairement, par contre, c’est la demi-heure passée en ondes, en direct, en compagnie des jeunes Schnobb et Laferrière. Ces deux-là étaient comme des poissons dans l’eau. Confiants, détendus, amusés. Comme s’ils avaient fait de la télé toute leur vie. Moi, le « vieux » de 35 ans, je tremblais comme une feuille avant d’entrer en ondes, si nerveux étais-je de me retrouver devant les caméras et, surtout, devant des dizaines de milliers de téléspectateurs accrochés à MusiquePlus.

Heureusement, la jeune animatrice dont le nom ne me disait rien m’avait mis bien à l’aise. Et la demi-heure passée en ondes en sa compagnie s’était écoulée à la vitesse de l’éclair. « Elle a tout pour aller loin celle-là », me suis-je dit en quittant les studios de MusiquePlus.

Son nom ? Une dénommée Véronique Cloutier.

Je me demande ce qu’elle est devenue…