Denis Gratton
Le père Justin Bertrand invite ses paroissiens à venir se confesser au volant.
Le père Justin Bertrand invite ses paroissiens à venir se confesser au volant.

La confesse au volant

CHRONIQUE / «Je vais prendre deux ‘Notre Père’ et trois ‘Je vous salue Marie’ s’il vous plaît.

— Un ‘Je crois en Dieu’ avec ça ?

— Non merci.»

Imaginez si l’église de votre quartier ouvrait un service au volant pour vous confesser. Parce qu’à l’instar de tous les restaurants en province, les églises sont aussi obligées de fermer leurs portes durant la pandémie. Le restaurant peut tout de même offrir un service de livraison et de repas pour emporter. Mais l’église, elle ? Elle fait quoi pour «nourrir» ses ouailles de la parole de Dieu ?

Le vicaire Justin Bertrand de la paroisse Saint-Pierre, à Fort-Coulonge, a trouvé la solution. Un confessionnal service au volant. Vous passez, vous restez dans votre voiture et le vicaire reste dans la sienne à au moins deux mètres de distance, vous lui confiez vos péchés, vous obtenez votre pardon et vous poursuivez votre route. Même pas besoin de décider si vous voulez ou non un chausson aux pommes avec ça.

Le père Bertrand a tenu sa première confesse en plein air lundi. «Je ne peux pas vous dire combien de personnes sont venues se confesser, c’est le secret de la confession. Mais je peux vous dire que mon service a été utilisé», a dit le jeune vicaire qui vient de célébrer ses 29 ans.

Si «utilisé» a été son service de «pardon pour emporter» dans ce village de 1400 âmes que Monsieur le prêtre l’offrira à nouveau vendredi, de 15 h à 17 h. Et son confessionnal au volant sera ouvert au moins une fois par semaine jusqu’à ce que cette pandémie d’enfer soit derrière nous, promet-il.

«C’est un peu comme aller au service au volant d’un Tim Horton», affirme le père Justine Bertrand.

Comment fonctionne ce confessionnal à quatre roues ?

«C’est un peu comme aller au service au volant d’un Tim Horton, répond le père Bertrand. La différence, c’est qu’il y a une ligne d’arrêt afin qu’il y ait une assez bonne distance entre les voitures pour que le son ne se promène pas trop. Je gare ma voiture dans le milieu du terrain de stationnement derrière le presbytère, à une cinquantaine de pieds de la ligne d’arrêt. Puis je prends une auto à la fois jusqu’à ce que ce soit terminé. Je ne compte pas le nombre de paroissiens qui viennent. Et plusieurs qui ne peuvent pas venir m’ont écrit sur Facebook ou par courriel pour me dire qu’ils sont contents et qu’ils se sentent rassurés de savoir que je suis là pour eux.

— Pourquoi offrez-vous ce service, père Bertrand ?

— Parce que je veux servir mes paroissiens. Je veux aider les gens. Mon coeur me dit d’essayer de faire du mieux que je peux pour aider, pour aimer, pour appuyer, pour encourager. De servir est dans mon coeur, dans ma foi et dans mon appel comme prêtre.

— Et par ces temps difficiles où les gens ont peur et que plusieurs ont perdu leur emploi, j’imagine que certains paroissiens s’arrêtent à votre confessionnal juste pour parler et se vider le coeur ?

— Absolument. Bien entendu, le temps que je peux passer avec eux est limité s’il y a plusieurs automobilistes qui font la file. Mais s’ils ont besoin de plus de temps pour parler, je leur donne mon numéro de téléphone cellulaire afin que nous puissions poursuivre notre conversation plus tard.

— Justement, ne serait-il pas plus simple d’offrir la confession par téléphone, ou encore par Skype ?

— Oui, mais le sacrement ne serait pas valide de cette façon-là. Dans l’Église catholique, c’est le cas depuis que le téléphone a été inventé. Ce [une confession par téléphone] ne serait pas assez sécuritaire pour garder le secret.

— Vous semblez très populaire à Fort-Coulonge, père Bertrand. J’ai lu que vous accueilliez plus de 200 personnes par messe du dimanche avant la pandémie.

— Oui, nous sommes une belle petite gang.»