Denis Gratton
Une prénommée Diane m’a écrit lundi dernier pour me demander ce que j’avais pensé du Gala des Oliviers diffusé dimanche soir à Radio-Canada et, plus spécifiquement, des nombreux trophées remportés par l’humoriste Mike Ward.
Une prénommée Diane m’a écrit lundi dernier pour me demander ce que j’avais pensé du Gala des Oliviers diffusé dimanche soir à Radio-Canada et, plus spécifiquement, des nombreux trophées remportés par l’humoriste Mike Ward.

La bonté hors d’ondes

CHRONIQUE / Une prénommée Diane m’a écrit lundi dernier pour me demander ce que j’avais pensé du Gala des Oliviers diffusé dimanche soir à Radio-Canada et, plus spécifiquement, des nombreux trophées remportés par l’humoriste Mike Ward.

« Faut-il sacrer et être vulgaire pour avoir des trophées, en plus de n’avoir aucune empathie pour les gens ? Où sont les trophées pour les humoristes intelligents ? s’est-elle demandé. On aimerait vous lire à ce sujet », a-t-elle ajouté.

Hmmm… Je pense que tout a été dit sur le sujet, ma chère Diane. Un grand nombre de chroniqueurs québécois ont partagé leur opinion cette semaine sur ce gala et le « triomphe de Mike Ward ». Je ne vois pas ce que mon grain de sel ajouterait à cette « bouillie ».

Mais tenez. Je vais vous résumer ce que je pense de tout ça par une citation du grand Félix Leclerc :

« Il est moins gênant pour un amuseur public (un humoriste) de dire : «Le public aime la vulgarité, je lui en donne», que de dire : «Je n’ai pas l’inspiration plus élevée». »

Voilà pour mon opinion, Diane.

Mais parlant du Gala des Oliviers de dimanche dernier…

C’est peut-être moi qui suis vieux jeu et dépassé, et j’ai grandi avec les Yvon Deschamps, Daniel Lemire, Clémence DesRochers et tant d’autres grands de l’humour, mais maudit que j’ai trouvé ce gala ennuyant ! Je n’ai pas ri. On honorait des humoristes, des gens qui ont pour métier de nous faire rire, de nous divertir, de nous faire réfléchir aussi, et je n’ai pas ri. Cherchez l’erreur.

Et bien que je sois de la vieille école, il y a des humoristes d’aujourd’hui que je trouve franchement brillants. Louis-Josée Houde et Martin Matte, bien sûr. Mario Jean, Rachid Badouri, François Bellefeuille aussi. Il y en a plein. Mais au lieu mettre en valeur leurs talents, ne serait-ce que par de courts clips ici et là de leurs numéros, on a plutôt choisi de passer deux heures à remettre des trophées, que des trophées, et encore des trophées. Et entre vous et moi, si j’avais à choisir entre le « meilleur podcast humoristique de l’année » et un numéro de cinq minutes de Houde, Matte, Dion ou d’un autre humoriste chevronné, j’aurais choisi le numéro de cinq minutes.

Savez-vous ce que j’aime vraiment de tous ces galas, de tous ces Oliviers, Gémeaux, Félix et le reste ?

C’est lorsqu’on rend hommage à un grand de la profession. Je ne rate jamais ce bout-là de l’émission. C’est toujours touchant et émouvant.

Dimanche dernier, lors du Gala des Oliviers, on a choisi de décerner le trophée « Merci pour tout » — remis à un artiste pour son implication sociale et humanitaire — à Jean Lapointe. Le grand Jean Lapointe. Le fondateur de la Maison qui porte son nom qui a aussi lutté sans relâche pendant des années afin d’abolir les machines vidéopoker qui ciblent le « pauvre monde » et qui ruinent des vies. Le grand Jean Lapointe qui a fait rire les Québécois pendant des décennies.

Le hic, c’est qu’on a choisi de lui rendre hommage… hors d’ondes. On n’a pas vu M. Lapointe recevoir cet honneur entouré de sa famille.

Bien sûr, on nous dira que les images de cette remise de trophée sont disponibles sur une autre plateforme. Mais j’aurais préféré voir Jean Lapointe dimanche soir plutôt que de regarder Mike Ward jouer la pauvre petite victime qui, pour faire rire ses pairs, a juste bouleversé à tout jamais la vie d’une personne handicapée. Juste ça.

Il y a deux ans, Radio-Canada a donné la directive aux producteurs de galas de cesser de remettre des prix hommage en ondes afin que les galas se déroulent dans l’horaire prévu tout en permettant de distribuer le maximum de trophée.

Objectif atteint. Tous les trophées ont été remis en l’espace de deux heures. C’est tout de même dommage qu’on n’ait pu trouver cinq petites minutes dans ces deux longues heures pour remettre le trophée le plus mérité de la soirée.

Celui qu’on donne à un artiste qui a choisi d’aider son prochain à se relever plutôt que de l’écraser.