Denis Gratton
Les «bonnes habitudes sanitaires» semblent se perdre avec le retour du berau temps.
Les «bonnes habitudes sanitaires» semblent se perdre avec le retour du berau temps.

C’t’affaire-là

CHRONIQUE / J’ai rédigé une chronique hier qui n’avait rien à voir avec la COVID-19. Une chronique humoristique pour divertir, pour se changer les idées comme on dit.

«Ça fait du bien de lire sur autre chose que le virus», m’a écrit une lectrice. Ce commentaire s’est répété dans d’autres courriels et messages reçus.

On commence à en avoir ras le bol de ce coronavirus. Ou comme dirait mon voisin: «Je commence à en avoir mon truck de c’t’affaire-là».

«C’t’affaire-là», c’est le confinement, les deux mètres de distance à respecter, les masques, le désinfectant pour les mains, les restrictions, les restaurants fermés, les événements culturels et sportifs annulés, les files à l’épicerie, les statistiques quotidiennes sur le nombre de cas, sur le nombre de décès, sur la courbe à aplatir. C’est tout ça et plus, «c’t’affaire-là».

L’été est à nos portes. Bientôt le solstice d’été. À compter du 20 juin, le temps d’ensoleillement commencera à diminuer. Oui, déjà.

On veut notre été. On veut sortir. On veut en profiter. On veut respirer un peu. On veut retrouver notre vie d’avant. Avant «c’t’affaire-là».

Pour les deux premiers mois de confinement, ça allait, ça passait. Le printemps était moche et se prenait pour l’hiver. Le confinement était tout nouveau et il a fallu un bon mois pour s’y adapter. Plusieurs se sont découvert des talents de cuisinier. De boulanger surtout, à en juger par la pénurie de farine et de levure qui perdure dans les épiceries. C’était tout nouveau, disais-je. Et aussi inquiétante, bouleversante et triste qu’était la situation, on s’y était plus ou moins habitué. On constatait que la Terre pouvait tourner sans nous. Qui sait ? Nous en avons peut-être même tiré une leçon.

Personnellement, j’ai profité de ce relâchement obligé pour redécouvrir Netflix que j’avais délaissé. J’ai finalement visionné la populaire série Tiger King qui n’a qu’accentué mon aversion pour les zoos. J’ai aussi regardé la série de quatre épisodes de When They See Us, l’histoire de cinq adolescents noirs de New York faussement accusés du meurtre d’une femme blanche dans Central Park, en 1989. Après plusieurs années d’emprisonnement, les cinq ont été libérés lorsque le meurtrier s’est confié à la police. Une série bouleversante, surtout en ces temps de manifestations contre le racisme. Une série qui nous rappelle malheureusement que «plus ça change»...

Enfin, assez pour mes critiques Netflix et revenons à nos moutons. À notre pandémie.

Certaines mesures de distanciation physique sont toujours en vigueur.

Les gens en ont marre, disais-je. Ça se voit. On porte de moins en moins le masque dans les commerces. On se rassemble de plus en plus dans les parcs, les cours arrière, les places publiques. On oublie de se laver les mains à chaque tournant.

Comme si tout était – presque – fini. Comme si nous étions – presque – débarrassés de «c’t’affaire-là». Comme si le danger de l’attraper était – presque – disparu.

Pourtant, les chiffres ne mentent pas. Vingt-cinq autres décès au Québec au cours des 24 dernières heures, et 61 nouveaux cas. Onze autres décès en Ontario, et 251 nouveaux cas.

Ça diminue, oui. C’est fort encourageant. Mais n’oublions pas que nous sommes – presque – en été. Le froid reviendra à l’automne. Et «c’t’affaire-là», qui semble s’être un peu effacée depuis quelques jours ou quelques semaines, risque fort bien de revenir. Peut-être plus forte, plus dangereuse et plus mortelle que jamais.

Se déconfine-t-on trop vite ? Sommes-nous trop impatients ? Joue-t-on avec le feu ? Qui vivra verra…

Chose certaine, jusqu’à ce qu’un vaccin soit trouvé, on n’a pas fini de parler de «c’t’affaire-là». Et sans être un expert, j’ai la curieuse impression qu’elle non plus n’a pas dit «ses derniers maux».