« Le problème avec vous, les Franco-Ontariens, c’est que vous passez trop rapidement à l’anglais. Vous entrez dans un commerce et vous vous adressez immédiatement en anglais », disait l’ancien premier ministre Jean Chrétien.

Bonjour Welcome

CHRONIQUE / Alors que la chicane est pognée au Québec sur la question « Bonjour Hi », les Franco-Ontariens renouvellent leur campagne « Bonjour Welcome ». Comme quoi nous sommes parfois deux solitudes entre francophones du même pays…

La situation est cependant bien différente entre ces deux provinces, je ne vous apprends rien. Au Québec, les francophones sont majoritaires et, selon plusieurs, la seule langue d’accueil devrait être le français. En d’autres mots, le « Hi » n’a pas sa place dans les commerces de la Belle Province.

En Ontario, par contre, les francophones sont minoritaires. Et la campagne « Bonjour Welcome » de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) est nécessaire pour identifier les commerces où l’on peut obtenir un service en français. Et si le gouvernement de l’Ontario décidait demain matin d’interdire cette campagne et de limiter l’accueil à un « welcome », sans le « bonjour », on descendrait dans la rue pour déchirer nos chemises sur la place publique.

Deux solitudes, disais-je…

Cela dit, cette campagne « Bonjour Welcome » que l’AFO a récemment renouvelée pour une troisième année consécutive est-elle réellement nécessaire ? Ne devrions-nous pas, nous Franco-Ontariens, avoir le réflexe de toujours nous adresser en français dans les commerces et les institutions publiques ? A-t-on vraiment besoin d’un collant « Bonjour Welcome » sur la porte d’un commerce pour nous rappeler d’utiliser notre langue maternelle d’abord et avant tout ?

Heu… oui. Pour plusieurs, oui.

Ça me rappelle une conversation que j’ai eue avec Jean Chrétien il y a une vingtaine d’années. En jasant des droits des Franco-Ontariens avec lui, il m’avait dit : « le problème avec vous, les Franco-Ontariens, c’est que vous passez trop rapidement à l’anglais. Vous entrez dans un commerce et vous vous adressez immédiatement en anglais. Comment voulez-vous que les gens vous parlent en français si vous-mêmes utilisez l’anglais ? »

Je me suis senti un peu visé par son commentaire. Parce que je l’avoue, je suis l’un de ceux qui ne font pas toujours l’effort de s’adresser en français à la personne derrière le comptoir. Mea culpa.

Je m’en veux chaque fois que je le fais. Et chaque fois je me dis que, dorénavant, ce sera « bonjour » pour moi, quitte à me faire répondre « sorry I don’t speak French » pour une millième fois.

C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles j’ai ce satané réflexe de trop souvent m’adresser aux commis en anglais. C’est peut-être parce que je ne suis plus capable d’entendre ce « sorry I don’t speak French » qui est souvent accompagné d’un regard colérique qui se traduit par les mots « speak white ».

Mais je sais que ce n’est pas une excuse. On doit tous faire l’effort. Quitte à se faire dévisager et même parfois insulter.

J’y travaille. Je progresse. J’utilise de plus en plus le « bonjour » et je demande de plus en plus d’être servi en français. Même si c’est parfois bien fatigant et bien frustrant. Lorsqu’un employé unilingue anglophone doit aller chercher un collègue bilingue à l’autre bout du magasin pour vous servir, ça peut devenir long. Ça peut exiger beaucoup de temps et de patience dans ce monde où tout va de plus en plus vite.

Mais on n’a pas le choix. On doit s’efforcer. C’est notre devoir.

Si on veut que les gens d’affaires affichent le « Bonjour Welcome » et qu’ils se rendent compte que d’offrir un service en français est bon pour les affaires, on doit tous faire notre part. On doit demander, voire exiger d’être servis en français. Toujours, partout et tout le temps. Si on ne le fait pas, qui le fera ?

Et si on ne le fait pas, pourquoi les gens d’affaires feraient leur part pour nous servir dans notre langue ? « Why serve them in French when they understand and speak English ? »

Insultante cette phrase, n’est-ce pas ? On l’a tous entendue.

De là l’importance de toujours utiliser un mot. Un simple, court et chaleureux mot. Bonjour.