Les revendications d’Amanda Simard pour les Franco-Ontariens créent un malaise chez certains maires de l’Est ontarien.

Amanda who ?

CHRONIQUE / C’est franchement désolant. Décourageant, même.

Je tente de comprendre la logique derrière la décision des maires des Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR) et je n’y arrive pas.

Je vous rappelle d’abord les faits. Des délégués des CUPR ont assisté cette semaine au congrès annuel de l’Association des municipalités rurales de l’Ontario (AMRO), à Toronto. Ce congrès permet aux maires des communautés rurales de s’entretenir brièvement avec des représentants et des ministres du gouvernement provincial sur des sujets qui les préoccupent ou qu’ils jugent prioritaires pour leur patelin. Si j’utilise le mot « brièvement », c’est parce que ces rencontres entre les délégués des villes et villages ruraux et les élus à Queen’s Park durent à peine une quinzaine de minutes. Du speed dating politique, mettons.

Pour vous donner une idée, le ministère des Affaires municipales et du Logement de l’Ontario a reçu à lui seul près de 460 demandes de rencontres cette année, selon ce que rapportait récemment le journaliste de Radio-Canada, Denis Babin. Quatre-cent-soixante rencontres… en deux jours. Disons que vous avez intérêt à être concis et d’y aller droit au but.

Donc la gang de Prescott et Russell est débarquée à Toronto avec ses demandes – centres communautaires, arénas, infrastructures, etc. – et elle a eu droit à sa rencontre, son « 15 minutes », avec des représentants du gouvernement Ford.

Ces délégués des CUPR ont cependant laissé quelqu’un de côté lors de ces rencontres, soit la députée provinciale de Glengarry-Prescott-Russell, la Franco-Ontarienne Amanda Simard. Pourquoi a-t-on « tassé » la députée indépendante ? Je cite le directeur général des CUPR, Stéphane Parisien : « Je pense que ce que les maires voulaient, c’est d’avoir l’occasion de rencontrer les membres du Parti conservateur sans Mme Simard. Parce que c’était la première fois depuis cette histoire (l’abolition du Commissariat aux services en français et l’arrêt de la mise sur pied de l’Université de l’Ontario français annoncés le 15 novembre dernier) qu’ils en avaient l’occasion. Si Mme Simard avait été présente lors des discussions, des questions qui ont été posées n’auraient probablement pas pu être posées ».

Et M. Parisien d’ajouter : « Nous, on a des dossiers à faire avancer autres que ceux de la francophonie. On a des infrastructures, par exemple, des centres communautaires, des arénas. On a d’autres priorités importantes ».

Donc si je comprends bien, les maires de l’Est ontarien se sont rendus à Toronto rencontrer des représentants du gouvernement Ford en se disant : « Ne parlons surtout pas de francophonie. Si on veut nos centres communautaires, pas un mot sur l’avenir des jeunes Franco-Ontariens qui aimeraient bien pouvoir poursuivre leurs études postsecondaires dans LEUR université. Et pas un mot non plus sur l’abolition de notre Commissariat si on veut nos arénas. Soyons gentils, soyons polis. Et si quelqu’un vous demande pourquoi votre députée Amanda Simard n’est pas avec vous, répondez simplement : “Amanda who ?” »

Misère… Dites-moi, Messieurs les maires des CUPR, il était comment le repas que vous avez mangé dans la main de Doug Ford ?

Et autres petites questions pour vous : qui assurera maintenant les suivis à Queen’s Park de vos demandes pour des infrastructures ? Qui fera avancer ces dossiers ? La Procureure générale de l’Ontario et ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney ? Son adjointe parlementaire, Gila « c’est quoi Montfort ? » Martow ? Ou peut-être Doug Ford lui-même ?

Aucune de ces réponses. Ces gens et leurs subalternes ont d’autres chats à fouetter et vos demandes ont été classées parmi les centaines et centaines d’autres reçues au congrès de l’AMRO. Peut-être qu’ils se pencheront un jour sur vos priorités lorsque le déficit de plus de 12 milliards $ sera effacé et que le budget sera équilibré...

La seule personne à Queen’s Park qui connaît à fond vos dossiers, qui aurait pu assurer le suivi de vos demandes et poser les vraies questions aux élus conservateurs est votre députée, Amanda Simard. Elle est la seule – même si elle siège comme indépendante et même si elle est Franco-Ontarienne – qui aurait pu demander au gouvernement Ford de vous rendre des comptes, et qui aurait pu s’assurer que vos priorités ne tombent pas dans l’oubli. Mais vous l’avez « tassée » par crainte qu’elle fasse peur aux conservateurs ou qu’elle ose – ô malheur ! – leur parler brièvement de francophonie.

Désolant.