Mercredi, Météo Média a publié une alerte concernant des pluies parfois fortes. Le même genre d’alerte avait été émis en 2017.

Alerte aux alertes

CHRONIQUE / « De la pluie parfois forte se propagera sur la région ce soir et cette nuit et persistera jeudi. D’importantes quantités généralisées de pluie, soit de 20 à 30 mm, sont probables d’ici tard jeudi et on prévoit une quantité de pluie additionnelle vendredi….».

Le paragraphe précédent a été publié sur le site d’Environnement Canada il y a deux ans. Jeudi 6 avril 2017, pour être exact. Ce ministère fédéral lançait ainsi une alerte. Une alerte de pluie abondante et des conséquences possibles de ces importantes précipitations.

J’en ai alors fait mon sujet de chronique.

Vous savez, nous, les journalistes, les chroniqueurs, les éditorialistes, écrivons tous pour être lus. Il va de soi.

Mais cette chronique-là, celle sur l’alerte de pluie forte émise par Environnement Canada il y a deux ans, j’ai espéré, voire prié que personne ne la lise. Ou bien que personne ne l’ait lue, devrais-je dire puisque nous l’avons publiée.

Je l’avais bel et bien écrite pour qu’elle soit lue.

Sauf que j’étais si loin dans le champ et si « à côté de la track » que j’aurais voulu reculer dans le temps et l’effacer de tous les ordis, de tous les téléphones intelligents, de toutes les tablettes, de tous les réseaux sociaux et de tous les journaux livrés et vendus. J’ai même songé faire le tour de tous les restaurants de la région pour retirer les copies du Droit offertes gracieusement aux clients.

Tenez, voici un passage de cette chronique que j’ai classée depuis dans la filière « les fois où j’ai eu l’air le plus fou » :

« Nous sommes en avril. Et qu’il pleuve en avril est tout à fait normal, non ? C’est le contraire qui serait inquiétant ! Alors pourquoi Environnement Canada a-t-il émis une alerte ? Je comprends qu’une pluie abondante peut causer des inondations et des conditions routières hors de l’ordinaire. Surtout à ce temps-ci de l’année alors que la pluie se mêle à la neige fondante. Et ça peut devenir problématique et inquiétant pour certains. Je comprends tout ça. Mais une alerte ? Vraiment ? »

Et je concluais comme suit :

« Quand j’étais jeune, une pluie abondante en avril ne s’appelait pas une alerte. On appelait plutôt ça : le printemps ».

Bref, je remettais en question la pertinence de cette alerte d’Environnement Canada et je disais ni plus ni moins à tout le monde de se calmer le pompon et qu’il ne fallait pas partir en peur à cause de simples averses en avril.

Puis quelques jours plus tard… le ciel nous tombait sur la tête. Des inondations historiques à Gatineau et dans certains coins d’Ottawa. Des inondations comme la région n’en avaient jamais (ou rarement) vu.

Je voulais disparaître. Je voulais me cacher. Ce n’était qu’une question de temps avant que je reçoive des appels et des courriels de lecteurs mécontents.

J’ai effectivement reçu quelques courriels. Mais pas beaucoup. Et les gens ont été gentils.

Et curieusement, pas un mot des patrons et des collègues de travail. Pas un seul n’est venu me voir pour me dire que je m’étais mis le doigt dans l’œil avec cette chronique.

Sauf qu’un an plus tard, ma collègue Justine Mercier effectuait des recherches pour la rédaction d’un papier sur le premier « anniversaire » de ces inondations historiques lorsqu’elle me lance :

« Gratton ! As-tu vraiment écrit ça !? T’as dû en fumer du bon avant de rédiger cette chronique-là !». Elle l’avait trouvée dans nos archives. Et encore une fois, j’ai voulu disparaître. J’ai voulu me cacher.

Donc si Environnement Canada émet une alerte de pluie abondante au cours des prochaines heures ou des prochains jours, de grâce, prenez-la au sérieux !

Et si j’écris ou réécris que tout sera correct et de ne pas vous en faire avec cette alerte… courez !!