Le barbier bien connu, Gaston Vachon, est décédé le 26 avril dernier.

Adieu au barbier Boyardee

CHRONIQUE / Plusieurs de ses fidèles clients m’ont écrit au cours des dernières semaines. Le départ soudain de Gaston Vachon les a profondément attristés.

Allen Panzeri, un ancien chroniqueur sportif du Ottawa Citizen, a été l’un des premiers à m’écrire. Voici un extrait de son courriel :

« Le 15 novembre 2017, t’as publié une chronique au sujet de Gaston Vachon intitulée Le barbier Boyardee. Il l’avait affichée sur un mur de son salon de barbier. Je t’écris un mot pour te dire que M. Vachon est décédé le 26 avril dernier. Il s’est rendu à l’urgence, mais il était trop tard, les médecins n’ont pu le sauver. Il est décédé d’un arrêt cardiaque.

«J’étais un client de M. Vachon depuis 25 ans. Il savait que j’étais journaliste sportif et que je couvrais les matches des Sénateurs d’Ottawa, et il adorait me parler du Canadien de Montréal. Il était sûrement le partisan numéro 1 de cette équipe. Il était si sympathique, cet homme. Et il n’avait que 70 ans.

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«M. Vachon et sa famille ne voulaient pas de funérailles ni de nécrologie. J’ai donc cru bon t’écrire afin que sa mort ne passe pas inaperçue et que ses nombreux clients soient au courant de son départ. En fait, je voulais simplement en parler à quelqu’un.»

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Triste nouvelle. Merci M. Panzeri. La vie fait parfois drôlement les choses…

Dans cette chronique de novembre 2017, je vous ai présenté le Gatinois Gaston Vachon, un barbier qui a travaillé dans des salons d’Ottawa pendant plus de 50 ans.

«Je coupe les cheveux de trois générations, m’avait-il dit. Le grand-père, le père et le fils viennent tous me voir pour une coupe de cheveux. Je travaille du mercredi au samedi et, crois-moi, je ne chôme pas.»

Il ne chômait pas, en effet. Parce que les dimanches, lundis et mardis, M. Vachon troquait ses ciseaux pour les fourneaux de sa cuisine commerciale à Gatineau. C’est là que lui et son unique employé – son petit-fils Kevin – préparaient une sauce à spaghetti, un chutney et une moutarde sucrée. De là le titre : Le barbier Boyardee.

Ses produits, qu’il avait simplement nommés «Gaston Vachon», étaient disponibles dans les Metro, les IGA et des épiceries indépendantes de Gatineau et d’Ottawa. Et ils se vendaient comme des petits pains chauds.

M. Vachon m’a appelé quelques jours après la publication de cette chronique. Il voulait me remercier et passer chez moi me laisser un cadeau. Très gentil de sa part. Mais j’ai poliment refusé, lui expliquant que je ne pouvais accepter, non pas un pot-de-vin, mais un pot de sauce.

Il a cependant insisté pour que je lui laisse mon adresse. Alors je lui ai donnée en lui répétant que son «merci» était amplement suffisant et ma plus belle récompense. M. Vachon a compris. C’était en novembre 2017.

Il y a quelques semaines, vers la mi-avril, j’étais au bureau lorsque ma conjointe, une dénommée Manon, m’appelle :

«M. Gaston Vachon vient de passer, me dit-elle.

—Vraiment ?

—Oui. Et il nous a laissé un pot de sauce. Il m’a dit qu’il te l’avait promis. Qu’il est poli et gentil, ce monsieur-là.

—Super gentil, oui. Mais il y a un an et demi de ça ! Et je lui avais dit qu’il n’avait pas à passer, que ce n’était pas nécessaire.

—Je le sais. Et je lui ai répété moi aussi que ce n’était pas nécessaire, mais qu’il était bien gentil d’avoir pensé à nous. Mais il tenait à te remercier de cette façon.»

Quelques jours plus tard, M. Vachon rendait l’âme. La vie fait parfois drôlement les choses…

Mes sincères condoléances à son épouse, ses deux enfants, ses cinq petits-enfants, tous ses proches et ses nombreux clients.