Isabel Brochu
Les municipalités régionales, dont Saguenay, n’échappent pas à une réflexion sur le modèle de développement malgré les pressions et les contraintes venant d’enjeux qui relèvent du national et de l’international.
Les municipalités régionales, dont Saguenay, n’échappent pas à une réflexion sur le modèle de développement malgré les pressions et les contraintes venant d’enjeux qui relèvent du national et de l’international.

Délibérer pour l’avenir régional

Le monde ne sera plus comme avant. Souhait, mantra réconfortant ou hypothèse appuyée, personne ne connaît avec certitude les suites de cette crise sanitaire devenue sociale et économique. Les faiblesses des services publics (santé, éducation et services sociaux) sautent au visage. Cet appétit pour une société nouvelle n’est pas unanime, tant s’en faut.

Si certains y voient une crise du capitalisme, d’autres trépignent pour un retour à la normale, si possible en mode accéléré. Les municipalités et la région auraient tort de penser que les réflexions suscitées par la crise concernent uniquement les gouvernements supérieurs. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean et ses municipalités n’échappent pas à une réflexion sur le modèle de développement malgré les pressions et les contraintes venant d’enjeux qui relèvent du national et de l’international.

La question de l’avenir post-crise au Saguenay-Lac-Saint-Jean suscite des commentaires de toute nature. De la relance rapide des projets de Grande-Anse jusqu’à l’agriculture biologique, il est difficile d’y trouver la cohérence d’un modèle. Il est probable que les visions post-crise ne soient qu’un renforcement de celles présentes avant la crise. Selon les cas, on sera davantage pour l’achat local, la protection de l’environnement ou les grands projets. Si cela s’avère, nous aurons une société régionale encore plus divisée sans plus d’intelligence collective. Ce serait, disons-le, un peu absurde. Comment changer la trajectoire ? Comment faire pour y réfléchir ? Ce n’est pas simple et ce serait une erreur de négliger les moyens choisis pour réfléchir à l’avenir de la région.

Les sommets de « la petite élite » sont dépassés, espérons-les définitivement derrière nous. Pourquoi ne pas créer une véritable rupture en proposant un modèle transparent où les citoyens prendront part aux réflexions, délibérations et décisions ? Cette proposition ne vient pas du pays des licornes. Il existe des procédures appliquées ailleurs qu’il est possible d’adapter à notre réalité. Certaines ont permis des délibérations sur les OGM et le climat, par exemple. Les éléments fondamentaux de ces démarches sont des informations de qualité et diversifiées qui présentent toutes les positions. Des délibérations citoyennes, pour peser le pour et contre, identifier la meilleure solution, et qui se font dans la transparence et en public. Le maillon faible demeure la volonté politique de mettre en place des démarches aussi ouvertes. La démocratie fait peur aux forces économiques. Il faut du courage et de l’humilité pour laisser la place à la délibération en écartant des raisons politiques personnelles ou partisanes. Il faut de la conviction pour défendre la participation de la population. Il faut croire en la capacité citoyenne de débattre et décider de son avenir. Pourquoi ne pas commencer par de petites expériences ?

À travers les nouvelles sur la COVID-19, de petites voix réfléchissent à l’après-crise. Aurons-nous droit aux classiques : relance de la construction tous azimuts, financement accéléré des projets déjà dans les cartons, arrêt des procédures d’évaluation pour accélérer la cadence ? Le confort du connu est attirant après une période de grande instabilité. L’état des démocraties locale et régionale s’est détérioré. Une telle démarche ne peut reposer sur la Table des préfets, autoproclamée, opaque et sans légitimité démocratique. Chaque municipalité peut réfléchir à l’avenir de son territoire. Mais comment dégager une vision collective régionale ? Misons au moins sur une démarche différente basée sur l’information, la consultation, les débats et les délibérations collectives. Est-il possible au moins de s’entendre sur ces principes ? 

Allez, un peu de courage!