En 38 ans, les mâles occidentaux ont connu un déclin de 52 % de la concentration de spermatozoïdes dans le sperme.

Les couilles de l’avenir

« On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs. »- Anonyme

CHRONIQUE / Des raisons de s’inquiéter, ça pousse plus vite que des Tim Hortons le long de l’autoroute 20. On a l’embarras du choix : l’accélération du réchauffement climatique, la menace nucléaire, la corruption politique, le retour des Nordiques, etc. Les nouvelles anxiogènes pullulent, mais si je devais en choisir juste une aujourd’hui, j’opterais pour l’avenir de nos testicules.

Ma famille est désormais complétée et ma sérénité ne saurait tolérer son expansion. Ce n’est pas par égoïsme ou phallocentrisme que je m’inquiète pour l’avenir de la couille, mais par pur humanisme; la moitié de l’humanité perd la moitié de sa fertilité! Une étude d’une ampleur inédite vient de démontrer que le nombre de spermatozoïdes produits par les hommes des pays industrialisés a chuté de 60 % en 40 ans. C’est énorme! Surtout quand on considère les migrations urbaines et l’industrialisation des pays émergents. Partout sur la planète, de plus en plus d’hommes sont de moins en moins fertiles. L’avenir de l’humanité est en jeu.  

Dans ma Presse estivale, Phillipe Mercure rapportait d’ailleurs les propos du Dr Hagai Levine, responsable de cette vaste recherche internationale, une méta-analyse de 185 études distinctes : « Il s’agit d’un urgent signal d’alarme. La fertilité de notre espèce est peut-être la chose la plus importante pour nous. » Je m’attendais donc à voir Céline Galipeau afficher un air des plus sévère pour traiter le sujet de long en large au Téléjournal. J’anticipais les réactions enflammées de Denis Lévesque, les entrevues de fond de Paul Arcand, la montée aux barricades de Lysiane Gagnon, les hypothèses alambiquées de Richard Martineau. Mais rien. Rien de rien. À une vitesse alarmante, notre espèce perd les moyens de se reproduire et on ne voit pas l’intérêt d’en faire état?

J’ai envisagé diverses options pour sonner l’alarme et attirer l’attention sur cette recherche. J’ai considéré louer un petit planeur et y accrocher une banderole prônant la protection de la couille occidentale. J’ai ensuite songé à une campagne de sensibilisation en partenariat avec le lobby de l’œuf. Même l’image destiné à cette chronique devait être beaucoup plus choquante, mais mon amoureuse m’a interdit de diffuser mes photos intimes. Vous l’avez échappée belle! Je ne m’inquiète pas moins du manque de retentissement médiatique de cette méta-analyse.

La bombe a éclaté cet été dans la revue scientifique Human Reproduction Update. Le sérieux de la recherche ne peut être remis en question. Les chiffres parlent haut et fort. En 38 ans, les mâles occidentaux ont connu un déclin de 52 % de la concentration de spermatozoïdes dans le sperme. Une perte constante. Et aucun ralentissement de ce déclin à l’horizon.  

À qui la faute? Sont-ce les produits chimiques utilisés dans le traitement de l’eau potable? Nos aliments transformés imbibés de pesticides? Les adjuvants des vaccins? La pollution atmosphérique? Les ondes radio qui saturent nos villes? La surexposition à Éric Salvail? Personne ne le sait, mais ce serait pertinent de le découvrir. Reste à investir dans la recherche, mandater une nouvelle équipe ou convaincre celle qui a documenté le phénomène de reprendre du service. Est-ce que la volonté politique sera au rendez-vous? Comment rassembler les fonds pour mener une recherche internationale de cette envergure? Combien de puissants lobbys contesteront les résultats obtenus? Va savoir!

La liste des maux modernes s’étire encore une fois. À la hausse fulgurante des cas d’autisme, à l’augmentation soutenue des allergies en tous genres, de l’obésité, du diabète, des cancers de la peau, des dépressions et nombreux autres problèmes de santé concentrés dans les pays industrialisés, nous devons ajouter une infertilité galopante. Et quelle sera notre réaction collective? Probablement aucune. Que pourrions-nous faire, exiger des moratoires? Suspendre la commercialisation de tous les produits susceptibles de menacer la survie de notre espèce? Bonne chance! La prévention est inenvisageable, nous traiterons les hommes stériles au cas par cas. Nous transformerons une crise sociale, un phénomène de santé publique international, en problèmes individuels. Dommage pour nos enfants. Et nos petits-enfants, qui seront de plus en plus difficiles à concevoir.