Malgré un soubresaut de l’histoire, la Chine redeviendra la principale puissance mondiale dès demain.

La Chine et les chiffres

CHRONIQUE / «Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera.» - Napoléon Bonaparte

100 %. Tous les jouets reçus par mes enfants durant les Fêtes sont Made in China. Pas la nette majorité, la totalité! Et vogue mon esprit dans ces contrées orientales pour me rendre compte que je connais trop peu ce pays qui occupe pourtant mon salon, mes armoires, une bonne partie de ma maison, de ma voiture, de ma tasse de thé et de mon quotidien.

Curieux et agacé par mon ignorance, me voilà en train de compulser sur des moteurs de recherche avant de relancer toutes mes ressources sino-québécoises. Résultat classique face au gigantisme de l’empire du Milieu; la Chine me fascine et m’inquiète.

Près de 1,5 milliard de Chinois peuplent la terre, 20 % de la population mondiale. Ladite population, la plus élevée du monde (suivie de près par les Indiens), fut freinée par la politique de l’enfant unique de Deng Xiaoping. Encore aujourd’hui, la régulation des naissances expose les Chinois à de fortes amendes. Pourtant, la population croît et s’urbanise à une vitesse vertigineuse : 22 millions d’habitants à Pékin seulement, plus de 25 millions dans la ville de Shanghai; question proportion, rappelons ici que le Québec contient 8 millions d’habitants, un petit 36 millions pour tout le Canada…  

Yu-Li, mon amie d’origine chinoise désormais plus québécoise qu’une poutine à l’érable, a visité sa terre natale dernièrement. Le nombre d’habitants l’a bouleversée, la pollution de l’air aussi, le masque étant de rigueur, intégré au quotidien par la population. Plus grand consommateur de charbon de la planète (près de 4 milliards de tonnes), premier exportateur mondial, soutenant une croissance économique hallucinante, le géant pollue. Ce n’est un secret pour personne, mais c’est un enjeu pour tout le monde.

À l’heure du réchauffement de la planète, des catastrophes naturelles et des réfugiés climatiques, tous les efforts environnementaux doivent inclure la Chine. Heureusement, la seconde puissance mondiale ne suit pas l’exemple de la première; alors que les États-Unis se désengagent, la Chine demeure aux tables de négociation. Grand bien nous fasse, s’il n’est pas déjà trop tard. Dans sa jeunesse pas si lointaine, mon frère a fait un stage de droit à Pékin et il a habité en Chine quelques mois. Il a revisité le pays dernièrement et le changement le plus remarquable qu’il a constaté, outre l’augmentation du coût de la vie, est l’heure d’arrivée du smog; au début de la décennie, on pouvait espérer voir un bout de ciel jusqu’à midi, maintenant c’est impossible après 10 h

Avec des exportations frisant les 2000 milliards de dollars par année, l’enrichissement de la Chine profite aux Chinois. Malgré une redistribution inéquitable et des conditions de travail souvent décriées, des centaines de milliers de familles ont pu s’extirper de la pauvreté. À quel prix? C’est un autre dossier. Très fiers, organisés, valorisant le travail acharné et l’accumulation de richesses, les Chinois fournissent une armée d’ouvriers qui profitent de la mondialisation des marchés. Ce n’est plus qu’une question d’années avant que la Chine ne redevienne la première puissance mondiale. Parler mandarin sera bientôt un atout considérable. Yu-Li envisage d’ailleurs de l’apprendre au plus vite, la directrice de son orphelinat lui assurant que dans le cas contraire, « elle ferait honte à son pays ».

Loin du péril jaune et des délires racistes d’après-guerre, la diaspora chinoise s’étend et s’installe, s’intègre et s’occidentalise rapidement. L’économie chinoise se diversifie et l’influence du pays pèse de plus en plus lourd sur l’échiquier international. Pourtant, on en parle à peine. Sinon pour traiter des indices boursiers, de la crise immobilière à Toronto ou des visites peu fructueuses de Justin Trudeau auprès de son homologue, Xi Jinping. Du bout des lèvres, on condamne les exactions du régime et ses attaques aux droits de la personne. On effleure les carrières artistiques d’Ai Weiwei ou de Mo Yan à l’occasion, on cite Confucius ou Jackie Chan au détour d’une conversation, mais la culture chinoise nous pénètre peu. Dans l’ensemble, on constate une nette disproportion entre le poids démographique, économique et écologique de la Chine par rapport à l’intérêt médiatique qu’on lui accorde.

La Chine fut la principale puissance économique des trois derniers millénaires. Malgré un soubresaut de l’histoire, elle redeviendra la principale puissance mondiale dès demain. Un joueur s’est réinventé, un géant à l’appétit gargantuesque prend place à la table du développement économique décomplexé. Avec tous les impacts sociaux et environnementaux qui viennent avec. Que cela nous plaise ou non. Comme les bébelles qui traînent dans mon salon, la Chine prendra de plus en plus de place dans nos existences. On devrait s’y intéresser davantage. À quoi ressemblera le monde Made in China?