Cliniques sans rendez-vous: les données tirent de la patte

Stéphane Bouchard
Stéphane Bouchard
Le Quotidien
CHRONIQUE / Un total de 1067 personnes se sont présentées à l’une des quatre cliniques sans rendez-vous pour le dépistage de la COVID-19 au Saguenay–Lac-Saint-Jean depuis leur ouverture. Mais ce que vous venez de lire n’est pas vrai. N’est plus vrai, en fait, pour être plus précis.

C’est que, même si on vit dans une ère d’information en temps réel, les données les plus récentes que le Centre intégré universitaire de santé et de service sociaux (CIUSSS) régional a pu me transmettre sont celles du 10 août.

Et je sais qu’il y a au moins 1068 tests de faits, parce que j’y suis allé mercredi pour écrire cette chronique, à la suite de la suggestion de notre cheffe de nouvelles, Patricia. C’est d’ailleurs elle qui m’avait suggéré de faire une demande d’informations au CIUSSS, la veille, pour obtenir ces chiffres.

Alors me voilà, marchant vers la clinique du Faubourg Sagamie, tentant de me souvenir du nom exact du long Q-tip qui me sera bientôt inséré dans une narine.

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Cette affectation arrive à un drôle de moment dans le déroulement de ma semaine. Je me tourne les pouces, attendant des réponses aux questions factuelles que j’ai posées dans les 48 dernières heures à nos institutions. Je suis bloqué.

Le CIUSSS, les centres de service scolaires, l’UQAC, répondent tous avec des délais plus ou moins longs, même si les gens qui y travaillent sont dotés des meilleures intentions. En période de vacances, on tombe parfois dans des culs-de-sac.

Livrer mes impressions subjectives sur ce test dont on parle depuis des mois pendant une journée, pourquoi pas.

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Je suis seul quand j’arrive à la clinique. On m’accueille tout de suite. On me dit que l’achalandage est irrégulier, que chaque journée est différente.

On prend ma carte d’assurance-maladie après m’avoir demandé si je présentais un des symptômes de la COVID-19.

Deux minutes plus tard, je me retrouve dans une salle, avec une infirmière qui porte la visière et le masque.

Je n’ai qu’une vague idée de ce qui se passera. Je lui confesse une petite nervosité, un peu irrationnelle. L’infirmière m’explique en quoi consiste le test, rassurante.

« C’est la première fois que vous passez le test, donc », dit-elle, tirant une conclusion juste.

« Oui, je fais le cobaye pour le journal », que j’aurais aimé lui répondre.

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Drôle de coïncidence, les réponses aux précisions que j’avais demandé à la sympathique porte-parole du CIUSSS arrivent au même moment où je m’apprête à entrer dans la clinique.

Un peu plus tôt, dans un message anonyme, on nous a expliqué le pourquoi du comment des « ajustements de données », qui sont arrivés mardi. En l’espace d’une journée, 19 personnes se sont ajoutées au bilan des cas rétablis de la COVID-19.

« La base de données nationale permettant de documenter les enquêtes épidémiologiques a migré vers un nouveau système. Cette transition a généré des ajustements sur certains chiffres dans plusieurs régions. Le processus de transition est complexe, mais a été complété avec succès. »

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Le test en tant que tel prend moins de cinq minutes. On nous insère d’abord un écouvillon, ce long coton-tige avec une mousse, au fond de la gorge pendant une dizaine de secondes. Ce n’est pas douloureux, mais ça risque de créer un réflexe nauséeux. On ne peut pas vomir, me raconte l’infirmière, même si on en a envie.

Ensuite, un second écouvillon est inséré dans une de nos narines pour une dizaine de secondes aussi. Ce n’est pas agréable, mais pas douloureux.

Les deux tiges seront analysées. J’obtiendrai la réponse dans un délai d’un à cinq jours. On m’enverra un courriel ou un texto si le test est négatif. S’il est positif, on m’appellera.

L’infirmière me rappelle ensuite les consignes de base, qui sont martelées depuis la mi-mars.

« Lavez-vous les mains, tenez-vous à deux mètres des autres, mettez votre masque ». L’infirmière récite un texte qu’elle a répété des centaines de fois.

En moins d’une heure, je serai parti de chez moi, j’aurai passé le test, et serai revenu à la maison.

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Les voici donc, ces faits: à Saguenay, la clinique du Faubourg Sagamie accueille en moyenne 76 personnes par jour (766 en dix jours). Celle du Lac-Saint-Jean, entre 20 et 30. La clinique mobile d’Alma a reçu 167 personnes en 6 jours, celle de Roberval, aussi mobile, a fait passer 69 tests en trois journées. La clinique sans rendez-vous de Dolbeau-Mistassini, qui se trouve dans l’hôpital, 65 en trois jours.

Tous les tests sont revenus négatifs.

De ceux qui ont voulu en avoir le coeur net, 40 % sont âgés entre 35 et 65 ans, 35 % sont des gens âgés de 66 ans et plus. La clientèle cible de ces cliniques sans rendez-vous, les 18-34 ans, représente 22 % des tests.

Le CIUSSS est heureux de cet achalandage, mais serait en mesure d’accueillir plus de gens.

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Au moment de terminer ce texte, j’attends encore des réponses aux questions factuelles que j’ai posées à certaines de nos institutions.