Vous avez dit Flexitarien?

CHRONIQUE ENVIRONNEMENT / Dans le monde des néologismes, on voit toutes sortes de choses. Rassurez-vous, il ne s’agit pas d’une nouvelle déclinaison des orientations sexuelles alternatives. Le flexitarisme est une expression qui désigne un mode d’alimentation varié faisant appel à une grande diversité de sources protéiques d’origine végétale et animale. Bref, le flexitarien et la flexitarienne mangent de tout. Ce sont des gens bien agréables à recevoir ! Mais pourquoi mettre l’emphase sur ce type d’alimentation ?

La production d’aliments pour une population de bientôt huit milliards d’habitants, de plus en plus urbanisés et riches est l’une des sources les plus importantes d’impacts sur l’environnement planétaire. Localement, l’utilisation des pesticides, la transformation des forêts en pâturage ou le drainage des milieux humides causent une dégradation de plus en plus marquée de l’environnement. Les conséquences comme la disparition de la biodiversité, la contamination chimique des eaux souterraines, l’eutrophisation des lacs et des estuaires n’en sont que quelques exemples. Globalement, une étude récente de l’Institute for Climate Economics évalue que plus du quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont attribuables au cycle de vie des activités de production alimentaire. Devons-nous jeûner pour protéger le climat ? Loin de là. Il existe de nombreuses marges de manœuvre à exploiter pour améliorer la performance de la filière alimentaire à toutes les échelles et la modification du régime alimentaire est à la portée de tout le monde.

La consommation de viande augmente avec l’urbanisation et l’enrichissement des populations. Par exemple, en Europe et aux États-Unis, le citadin moyen va chercher de 60 à 80 % de ses apports protéiques dans des produits des animaux d’élevage. En Chine, c’est la moitié moins, mais la tendance est à la hausse. D’après l’Organisation mondiale pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la consommation annuelle mondiale de viande est passée de 23 kilos par personne en 1961 à 43 kilos en 2013. La FAO montre aussi que les citadins en Amérique du Nord et en Australie mangent cinq fois plus de viande que la moyenne des paysans dans le monde. Et que vient faire le flexitarisme dans tout cela ?

Légumineuses, noix et légumes, pas plus d’une portion de viande rouge (agneau ou bœuf) par semaine, une demi-portion de viande blanche (poulet, porc, poisson) et une portion de produits laitiers par jour. Ce genre de régime pourrait faire baisser de façon considérable les émissions de GES du secteur agricole. Chacun peut d’ailleurs le constater en utilisant le nouveau calculateur disponible sur le site http ://carboneboreal.uqac.ca en comparant son régime actuel avec le régime flexitarien. Bien sûr, le régime végétarien ou le régime végane ont aussi d’excellents scores à cet effet.

Mais ce changement ne serait pas uniquement bon pour la planète comme en témoigne une étude parue dans le journal médical The Lancet le 17 janvier dernier. Un régime comprenant 50 % moins de viande, 50 % moins de sucres et 100 % plus de légumes, fruits et noix, combiné à une réduction draconienne du gaspillage alimentaire permettrait à l’humanité de se nourrir en respectant la capacité de support de la planète en termes de climat, de biodiversité, d’usage de l’eau et des sols et du cycle des nutriments. En termes de santé, de tels changements permettraient d’éviter chaque année entre 10,9 et 11,6 millions de morts, soit entre 19 % et 23,6 % des décès survenant chez les adultes.

Alors qu’est-ce qu’on attend ? Une étude réalisée en France a montré qu’un suivi au quotidien des familles permettait de réduire de 30 % les émissions de GES en quelques semaines. Nous avons le plein pouvoir sur nos choix alimentaires, pourquoi ne pas en faire un projet familial pour 2019 ?