Claude Villeneuve
Le Quotidien
Claude Villeneuve

Une vision holistique de l’alimentation

CHRONIQUE / C’est un fait, il faut manger pour vivre. Mais comment s’assurer que la satisfaction de ce besoin fondamental ne détruise pas la capacité planétaire de continuer durablement de produire des aliments? La question n’est pas simple, surtout que la production alimentaire est de plus en plus mondialisée et que les produits qui sont offerts sur les tablettes de l’épicerie ont subi pour la plupart des transformations dont il est difficile de connaître les impacts, à la fois sur l’environnement et sur la santé.

Entre autres choses, le secteur alimentaire, toutes sources confondues (déforestation, fermentation entérique des ruminants, usage d’engrais minéraux, gestion des fumiers, travail des sols, chaîne du froid, transports, transformation des aliments, emballages et gaspillage alimentaire), représenterait entre 25 et 37 % de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre qui affectent le climat planétaire. Sachant que la production alimentaire est l’un des premiers secteurs qui sera affecté par le réchauffement du climat, il y a moyen de s’attaquer au mal à la source, ne serait-ce que par instinct de conservation.

Mais l’alimentation n’affecte pas que le climat. Les impacts de l’agriculture sur la biodiversité, les écosystèmes aquatiques et sur l’épuisement de ressources naturelles non renouvelables comme les phosphates sont bien documentés. Heureusement, il y a moyen de pratiquer une agriculture plus en phase avec le développement durable en adoptant une vision holistique de l’alimentation.

Une vision holistique consiste à prendre en considération toutes les étapes du cycle de vie des produits, de les documenter et de les communiquer avec transparence pour permettre aux consommateurs de faire des choix éclairés par autre chose que la publicité.

De la performance environnementale des productions agricoles à la gestion des résidus de table en passant par le respect des recommandations du Guide alimentaire canadien, les possibilités d’échapper une maille sont grandes. C’est pourquoi il faut agir à tous les niveaux, des politiques agricoles jusqu’aux comportements des consommateurs.

On doit documenter toutes les étapes de la chaîne de valeur et les impacts de chaque produit. Cela demande d’outiller les producteurs et d’assurer une traçabilité des produits sur toute la chaîne. C’est alors qu’on peut mettre en évidence les éléments-clés qui permettent de réduire le fardeau qu’impose l’alimentation des humains sur la planète.

Dans un tel modèle, les chaînes courtes d’approvisionnement présentent un immense avantage, à condition que les acteurs soient correctement outillés pour mesurer leurs processus, pour les documenter et pour les communiquer avec transparence. À cet égard, des coopératives, des regroupements de producteurs ou des filières industrielles peuvent s’associer avec des universitaires pour créer des outils pertinents, documenter l’efficacité de leurs initiatives et faire valoir leurs avantages comparatifs sur le marché.

Du côté des industriels, des distributeurs et des détaillants, plusieurs grandes entreprises ont pris des engagements, par exemple pour atteindre la carboneutralité en 2050 ou ont souscrit aux Objectifs de développement durable de l’ONU. C’est une démarche de longue haleine, car les acteurs sont multiples. Toutefois, on observe des initiatives intéressantes et il faut les encourager.

La vision holistique de l’alimentation doit aussi s’incarner chez les consommateurs. En 1987, j’avais produit avec ma conjointe un petit guide d’éducation pour Environnement Jeunesse qui s’intitulait La biosphère dans votre assiette. On y apprenait à s’intéresser à ce qui touchait la santé des personnes et de la planète par une bonne alimentation, à éviter le gaspillage et à se nourrir à peu de frais. En s’adressant à l’intelligence du consommateur et en lui donnant des informations fiables, on peut faire de vrais changements. C’est une composante incontournable de la nécessaire transition vers le développement durable.