Une pollution inutile!

CHRONIQUE / La chose est populaire. Trop facile peut-être ? Le service à l’auto dans les chaînes de restauration rapide est en tout cas un symptôme de l’incurie de certains de nos contemporains pour l’environnement. Et cette incurie est érigée en habitude. « Tout le monde le fait, fais-le donc ! » disait la publicité. Quel plaisir de vivre en troupeau tout en pensant être libre !

Les chaînes de restauration rapide sont un phénomène dont l’origine date de l’après-guerre aux États-Unis. Étroitement associé avec la démocratisation de l’automobile et l’expansion fulgurante des banlieues, le modèle économique qui a permis leur expansion est le plus énergivore et le plus gaspilleur de ressources qui ait jamais été inventé par les humains. Le service à l’auto est la partie visible de l’iceberg, mais l’ensemble de l’œuvre consomme énormément d’énergie et gaspille des ressources tout au long de la chaîne, de la production des aliments jusqu’à la disposition des déchets, dont la majorité ne sont pas recyclables. 

Cela pourrait faire l’objet de plusieurs chroniques. Mais revenons au service à l’auto. Plusieurs personnes m’ont posé des questions à cet égard cet été, surpris par les files de voitures qui attendaient pour recevoir leur commande en laissant tourner leur moteur.

Un moteur qui tourne au ralenti consomme 600 millilitres d’essence par heure et par litre de cylindrée. Donc on peut faire le compte facilement et constater qu’une camionnette avec un moteur de cinq litres consomme trois litres par heure. Mais on attend rarement une heure au service à l’auto, me direz-vous ? En effet, mais si on y passe de trois à quatre minutes deux fois par semaine, les litres d’essence brûlés inutilement s’additionnent. Plusieurs milliers d’établissements de chaînes de restauration rapide offrent ce genre de services en Amérique du Nord. Je n’ai pas trouvé la statistique, mais disons qu’on en compte au Québec un millier (1 par 8000 habitants) servant chaque jour 100 automobilistes qui attendent trois minutes au volant d’un véhicule avec un moteur de trois litres. Avec ces hypothèses conservatrices, on arrive au gaspillage quotidien de 9000 litres d’essence, sur 300 jours cela représente 2,7 millions de litres d’essence brûlés en pure perte. Une émission de 6750 tonnes de CO2. C’est l’équivalent des émissions annuelles de 2000 autos.

La loi des grands nombres a encore frappé ! De toutes petites choses multipliées par un grand nombre de personnes finissent par créer des impacts significatifs. Si les 6,6 millions de véhicules enregistrés au Québec tournent inutilement au ralenti 10 minutes par semaine, on arrive à 286 000 tonnes de CO2 par année. C’est plus que l’ensemble des émissions produites par le secteur de l’électricité dans son ensemble pour la province !

Le ralenti inutile est un fléau parce qu’il s’agit d’une forme anodine de gaspillage énergétique auquel personne ne pense vraiment. Il y a encore des gens qui laissent tourner leur moteur pendant qu’ils vont faire leurs emplettes. D’autres utilisent leur démarreur à distance pour avoir les fesses au chaud lorsqu’ils prennent la route en hiver. 

J’expliquais cela à un conducteur d’autocar qui laissait tourner son moteur en attendant ses passagers sortis pour une heure. Même si ce n’est pas lui qui payait le carburant, il s’est montré sensible à l’argument et a tourné la clé pour éteindre son moteur. Pas besoin d’une génératrice diesel de huit litres pour alimenter sa radio !

Certains nouveaux véhicules ont l’avantage d’y penser à notre place, car le moteur s’éteint lorsque le véhicule s’arrête. Toutefois, ils ne représentent qu’une toute petite fraction du parc automobile. En attendant que cette technologie soit plus répandue, il y a des gains faciles à faire pour chacun de nous. Si le problème est causé par une infinité de gestes insignifiants, alors tout geste est significatif !