La CdP 23 de la Convention–cadre des Nations Unies sur les changements climatiques a lieu à Bonn en Allemagne.

Une conférence «indicateur»

CHRONIQUE / La diplomatie internationale se prépare activement pour la 23e conférence des parties (CdP 23) de la Convention–cadre des Nations Unies sur les changements climatiques qui a lieu présentement à Bonn en Allemagne. Bien qu’on ne prévoie pas y négocier de nouvel accord marquant, cette réunion annuelle revêt selon plusieurs observateurs une valeur d’indicateur de la possibilité de réussir à mettre en œuvre un programme crédible de lutte mondiale contre les changements climatiques.

L’inquiétude était patente dans les travaux préparatoires. Il s’agit en effet de la première conférence de l’ère Trump. Le président américain, élu en novembre dernier ayant annoncé en juin 2017 que les États-Unis se retiraient de l’Accord de Paris, le résultat des négociations de cette nouvelle conférence sera un test pour le reste des pays signataires. L’enjeu est majeur, car si les États-Unis réussissent à faire déraper le processus, les chances de parvenir à un résultat concret dans un avenir prévisible seront amenuisées d’autant.

Rappelons que l’Accord de Paris, adopté en décembre 2015 est entré en vigueur en novembre dernier, après que 195 pays l’aient ratifié. La CdP 23 a pour objectif d’adopter une première série de mesures faciles pour contribuer à limiter l’augmentation de la température moyenne planétaire à moins de 2 degrés, de préférence à 1,5 degré, ce qui est considéré par plusieurs comme impossible. Pour parvenir à ce résultat, toutes les grandes économies de la planète doivent très rapidement réduire et éliminer avant 2050 l’ensemble des sources d’émissions de gaz à effet de serre dans le domaine de l’énergie, des transports, de l’agriculture et de la production de matériaux de construction comme le ciment, sans oublier d’arrêter la déforestation. Pas facile… surtout que l’Accord de Paris est basé sur des engagements volontaires qui sont actuellement loin de permettre d’atteindre la cible.

Dans les réunions préparatoires, l’une à Postdam sur les impacts des changements climatiques et l’autre à Berlin sur la géo-ingénierie, les scientifiques ont tenté de faire le point respectivement sur les risques et sur des pistes de solution encore hypothétiques. Leurs messages seront sans doute répercutés à Bonn. En revanche, c’est l’enjeu politique qui fera la différence. Lors du retrait des États-Unis, les autres dirigeants des grandes économies ont réitéré leur volonté de poursuivre dans l’Accord de Paris, mais cela peut être fragile. En effet, selon ce qui se dira dans les coulisses, selon les échanges informels et les atermoiements des uns et des autres, la conférence de Bonn sera un succès si les choses ne dérapent pas. C’est ce qu’on peut espérer de mieux. Si les uns et les autres tentent de tirer leur épingle du jeu en cherchant à diluer leurs promesses ou à retarder les échéanciers, cela annoncera une nouvelle période de tergiversations qui retardera d’autant la possibilité d’atténuer les effets déjà bien mesurables des changements climatiques. En revanche, si les grandes économies que sont l’Europe, la Chine, l’Inde, la Russie, l’Australie, le Brésil et le Canada font un front commun contre les États-Unis, un certain espoir est permis. 

Malgré cela, les marges de manœuvre pour stabiliser le climat en dessous de 2 degrés s’amenuisent chaque année. En 2025 il sera bien trop tard pour réussir, peu importe les efforts qui seront consentis. C’est là que les ténors de la géo-ingénierie se font entendre. Ils proposent des solutions encore hypothétiques qui pourraient contribuer à limiter la pénétration du rayonnement solaire dans l’atmosphère. Ces solutions n’ont jamais été expérimentées et leurs effets secondaires sont inconnus, mais elles constituent un faux-fuyant politique bien pratique. La COP 23 sera très intéressante à suivre, car l’avenir de nos petits enfants en dépend !