Trois défis pour nourrir le monde

CHRONIQUE / Fin décembre 2018, le World Resources Institute et ses partenaires, la Banque mondiale et le Programme des Nations Unies pour l’environnement, ont publié un rapport synthèse issu d’un projet d’une dizaine d’années de travail pour répondre à la question : « Comment pourrons-nous nourrir de manière durable une humanité dont les effectifs pourraient atteindre 9,8 milliards de personnes en 2050 ? »

La question n’est pas anodine, car les indicateurs de croissance démographique et de croissance économique rencontrent les indicateurs d’épuisement des ressources et de lutte aux changements climatiques, ce qui laisse présager une situation catastrophique. Jugez-en par vous-mêmes.

En 2050, il faudra, pour alimenter l’humanité, la production de 7400 billions (milliers de milliards) de calories supplémentaires chaque année, c’est-à-dire 50 % de la production totale de l’agriculture mondiale en 2010. Il faudrait aussi, si les progrès de l’agriculture se maintiennent et que la productivité des terres n’est pas affectée par la désertification ou la salinisation par exemple, 596 millions d’hectares de terres supplémentaires à cultiver. Cela représente 3,6 fois la superficie du Québec ou 60 % de la superficie du Canada dans son entier. Si l’on veut par ailleurs réaliser l’objectif de l’Accord de Paris de limiter le réchauffement au-dessous de 2 degrés, il faudrait que l’agriculture et le changement de vocation des terres qui y est associé, en raison de la déforestation et du drainage des terres humides par exemple, émettent quatre fois moins de gaz à effet de serre par calorie produite que la proportion actuelle. Décourageant ? Sans doute, mais il y a des solutions et il faut y penser tout de suite.

Le document présente sous forme d’un menu de cinq couverts, un bouquet de 22 solutions qui pourraient être mises en œuvre pour assouvir la faim du monde sans provoquer la fin du monde.

D’abord, il faut prendre des mesures permettant d’augmenter la productivité agricole et répandre le plus largement possible les innovations. Si on suit les tendances actuelles, il faudrait couper à peu près toutes les forêts tropicales restantes pour produire suffisamment d’aliments, avec bien sûr les conséquences irréversibles que cela entraînerait sur la biodiversité et les émissions de gaz à effet de serre. Il faut aussi lier l’intensification avec des programmes de protection et de restauration des forêts, marais et tourbières. Intensifier l’agriculture urbaine est aussi une bonne idée. Des cibles de réduction des émissions de GES devraient être liées à la performance des agriculteurs, par exemple avec des crédits compensatoires.

Ensuite, il faudrait décupler la croissance démographique et la demande pour les produits alimentaires. Un peu comme dans le domaine de l’énergie, il s’agit de mesures d’efficacité dans les systèmes de production et de transformation permettant de limiter le gaspillage et les pertes d’aliments tout au long de la chaîne du champ à l’assiette. Augmenter la proportion de protéines végétales dans les modes de consommation est aussi une bonne façon de faire ce découplage. Beaucoup de terres sont cultivées pour produire la nourriture des animaux que nous mangeons. Il y a là une marge de manœuvre importante.

Enfin, il faudrait augmenter la quantité de poissons disponibles dans l’alimentation, en stabilisant les débarquements de poissons sauvages et en intensifiant l’aquaculture, particulièrement de poissons végétariens. Le rendement de ces espèces est très avantageux en comparaison des autres animaux d’élevage.

Grosse commande ? Bien sûr, cela est formidablement complexe et demandera des efforts à tous les niveaux. Nous reviendrons plus en détail sur les applications pratiques de ces mesures dans de prochaines chroniques, cet hiver. Bon appétit !