Transition énergétique en panne?

CHRONIQUE ENVIRONNEMENT / Il y a péril en la demeure. Le dernier rapport du Global Carbon Budget a estimé qu’après une période de deux ans de stabilité, les émissions de gaz à effet de serre (GES) provenant de la combustion des carburants fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel) et de la production de ciment avait fait un bond de 2 % en 2017 par rapport aux années précédentes. Nous sommes bien loin de la trajectoire nécessaire pour stabiliser le climat planétaire à moins de 2 degrés d’augmentation au 21e siècle comme les pays s’y sont engagés à Paris en 2015. Cela s’explique, selon le dernier bilan de Enerdata par une croissance économique de 3,2 % en 2016-17 à l’échelle mondiale qui a augmenté de 2,1 % la demande en carburants fossiles.

La transition énergétique se caractérise par deux grands principes. Il faut fournir des services énergétiques optimaux pour répondre aux besoins de la population de la manière la plus efficace possible et remplacer autant que faire se peut l’énergie fossile par des sources d’énergie renouvelables. Cela dit, il y a du chemin à parcourir et il faut travailler fort dans les coins, car les carburants fossiles représentent encore aujourd’hui plus de 80 % de toute l’énergie primaire consommée dans le monde.

Malheureusement, même si on produit aujourd’hui beaucoup plus d’énergie de sources renouvelables comme l’éolien, le solaire, la géothermie et la biomasse, cette augmentation de la production n’arrive même pas à couvrir la croissance de la demande. Pour sa part, l’efficacité énergétique voit ses progrès effacés par l’effet rebond. Plus les appareils sont efficaces, plus les consommateurs demandent de puissance et de confort. Dans le domaine des voitures par exemple, tous les gains d’efficacité du parc automobile depuis 1990 au Québec ont été largement effacés par la préférence des consommateurs pour des VUS et des camions, ce qui fait que les émissions de GES du transport n’ont cessé d’augmenter dans ce secteur. Une note de l’Institut de recherche en économie contemporaine parue le 31 mai montre que le déploiement des bornes pour les voitures électriques sera un frein pour le développement de cette filière sur laquelle le gouvernement compte pourtant dans sa stratégie de transition énergétique.

La croissance économique et les préférences des consommateurs sont-elles les seules responsables de cette faible performance ? Il semble que non. Les gouvernements n’arrivent pas à agir avec cohérence et continuent de subventionner les filières d’énergie fossile. L’achat du pipeline Trans Mountain par le gouvernement Trudeau la semaine dernière et le projet d’en tripler la capacité pour exporter toujours plus de pétrole des sables bitumineux vers l’Asie, est un bel exemple de la schizophrénie dont font preuve nos dirigeants dans le domaine de la transition énergétique.

Et nous sommes loin du compte ! Une autre étude, parue dans Environmental Research Letters, montre que pour atteindre la cible de l’Accord de Paris, il faudrait arrêter immédiatement 20 % des centrales thermiques de production d’électricité (ce qui représente une puissance de 1200 Gigawatts (32 fois la puissance installée d’Hydro-Québec). Début 2017, les producteurs d’électricité avaient des projets pour 3440 GWe supplémentaires de centrales au gaz et au charbon, de quoi doubler le bilan carbone du secteur électrique mondial.

Dans le domaine des technologies, l’Agence internationale de l’énergie a identifié 38 technologies prometteuses, mais seuls la voiture électrique, l’éclairage aux LED, les panneaux photovoltaïques et les centres de données à faible consommation énergétique connaissent une croissance satisfaisante. Les autres sont en retard ou très en retard faute d’investissements.

La transition énergétique est une idée séduisante. Mais au-delà des mots, il faut une véritable volonté et des stratégies cohérentes pour en faire une réalité.