Dans un monde de 7,3 milliards de personnes qui devrait dépasser les 9 milliards avant 2050, les choix alimentaires sont cruciaux, estime notre chroniqueur.

Steak, blé d'Inde, patates?

Il faut manger pour vivre dit l'adage. Bien sûr, c'est un incontournable biologique. L'alimentation nous donne l'énergie et les constituants moléculaires pour assurer notre santé et notre activité quotidienne. Mais il y a alimentation et alimentation. Quand on visite son épicier chaque semaine, chacun peut se rendre compte que dans notre société, il existe de nombreuses alternatives, tant au niveau des produits que de leur provenance ou de leur degré de transformation. Malgré cette diversité apparente, il est permis de se poser la question «Avons-nous vraiment les moyens de faire les bons choix pour nous-mêmes et pour la planète?». Dans un monde de 7,3 milliards de personnes qui devrait dépasser les 9 milliards avant 2050, la question des choix alimentaires est cruciale. D'ailleurs, dans les Objectifs de développement durable adoptés en septembre 2015 par les Nations Unies, le deuxième traite de l'agriculture et de l'alimentation et stipule qu'il faut éliminer la faim, assurer une alimentation de qualité, doubler la productivité agricole et assurer une agriculture durable dans tous les pays du monde.
L'agriculture, l'élevage, la transformation alimentaire, la distribution, le maintien de la chaîne du froid, la concurrence des marchés d'alimentation, la préparation des repas, le traitement des déchets domestiques sont des étapes du cycle de vie des aliments qui doivent être étudiés pour faire les bons choix alimentaires dans une perspective de développement durable. En effet, à chacune de ces étapes, on doit utiliser de l'énergie, des intrants chimiques, du travail humain avec les retombées économiques, sociales et environnementales que cela suppose. Par exemple, le secteur agricole est responsable de 14% des émissions de gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement planétaire. Si on inclut la déforestation dans les pays tropicaux pour fournir des terres cultivables, cette proportion monte à 24%. Et cela ne comprend ni les émissions liées au transport des aliments, ni les émissions de votre réfrigérateur, ni celles de la gestion des déchets en aval. Mais bon... on n'arrêtera pas de manger!
C'est ici qu'interviennent les choix alimentaires. En effet les choix du consommateur motivent la chaîne de production. Plus on consomme de protéines animales par exemple, plus on génère d'impacts sur l'environnement. Les animaux d'élevage qui nous fournissent la viande doivent d'abord être nourris avec des céréales ou d'autres plantes cultivées. Leur efficacité de transformation de ces aliments varie selon les espèces de 10% à 35%. Ensuite, ces animaux doivent être transportés vers l'abattoir où une grande partie de la carcasse ne servira pas à l'alimentation humaine. La peau, les os, les viscères représentent une portion qui peut atteindre 45% du poids de l'animal. Ainsi, le rendement calorique de la chaîne de production tombe souvent bien en bas de 10%. Choisir des protéines végétales permet donc de diminuer l'impact alimentaire d'au moins un facteur 5 et jusqu'à 10 fois moins que la viande. On peut y arriver par exemple en remplaçant la viande dans une sauce à spaghetti ou dans une lasagne par des lentilles. C'est simple et efficace.
Mais les choix alimentaires peuvent aussi avoir des impacts économiques et sociaux. Favoriser des circuits courts fait circuler l'argent dans les régions, favorise l'occupation du territoire, l'innovation et la culture locale. Ce sont des composantes du développement durable. Choisir les produits de l'agriculture biologique amène aussi des bénéfices pour la biodiversité. Les produits du commerce équitable permettent de créer des conditions favorables au développement durable dans les pays en développement.
Le 19 janvier, les étudiants de la 16e cohorte du DÉSS en éco-conseil ont organisé un colloque sur le thème «Et demain, on mange quoi?». C'est un événement ouvert à tous. J'y serai. Et vous?