Claude Villeneuve
Les Suédois ONT mis l’emphase sur les biocarburants issus des résidus de biomasse forestière, agricole et domestique. L’écologie industrielle est aussi très développée.
Les Suédois ONT mis l’emphase sur les biocarburants issus des résidus de biomasse forestière, agricole et domestique. L’écologie industrielle est aussi très développée.

Savoir s’inspirer des meilleurs

CHRONIQUE / Cette année, tant le gouvernement du Québec que celui du Canada doivent adopter un nouveau plan de lutte aux changements climatiques pour atteindre leurs cibles de réduction des gaz à effet de serre. Ces cibles volontaires, souscrites envers la communauté internationale dans le cadre de l’accord de Paris, ne sont pas contraignantes. D’une certaine façon, c’est une question d’honneur national, mais c’est aussi un puissant moyen pour stimuler l’innovation dans l’économie, comme l’ont compris les pays scandinaves.

L’ancien Commissaire au développement durable (CDD) du Québec, Jean Cinq-Mars, dans son rapport de 2016, incitait le gouvernement du Québec à s’inspirer de la Suède. La recommandation est demeurée sans effet et les résultats que déplorait le CDD sont encore plus mauvais cinq ans plus tard. Mais qu’a de particulier le modèle suédois ?

On pourrait répondre à la question par trois mots : vision, cohérence et suivi. La Suède a été le premier pays industrialisé à inscrire dans sa législation une obligation de carboneutralité nationale pour 2045. Cela a été fait le 15 juin 2017. Mais la lutte aux changements climatiques date de beaucoup plus longtemps dans ce pays. La taxe carbone y a été imposée en 1995 et appliquée depuis à tous les secteurs, sauf celui des grandes entreprises, qui sont soumises au marché du carbone européen ETS. Les résultats sont patents ; la Suède ayant réussi en 2016 à réduire le bilan national de 25 % par rapport à 1990 malgré un doublement de son économie. Malgré des cibles de -20 % en 2020 et de -37,5 % par rapport à 1990 en 2030, le Québec stagne à -9 %. Quant au Canada, il a à peine réduit ses émissions de seulement 2 % par rapport à 2005 et elles demeurent 7 % plus élevées qu’en 1990. Les vœux pieux et la pensée magique n’ont pas marché !

La carboneutralité signifie que le bilan entre les émissions et la captation doit être de zéro. Pas fous, les Suédois considèrent leurs forêts dans le bilan, mais il n’en demeure pas moins qu’il leur faudra réduire de 85 % les émissions de toutes les autres sources, chauffage, électricité, agriculture et surtout transport pour y arriver. On a donc mis l’emphase sur les biocarburants issus des résidus de biomasse forestière, agricole et domestique. L’écologie industrielle est aussi très développée.

Tout le monde agit dans le même sens. Stockholm, une ville de 2,7 millions d’habitants, a imposé un péage aux automobiles, camions et véhicules de livraison, lequel atteint 5 $ par passage les jours de semaine. Le résultat : une réduction de 20 % du trafic urbain et de 18 % du temps perdu dans les embouteillages. L’argent recueilli a permis de financer 14 nouvelles lignes d’autobus et d’améliorer les services de transport collectif existants. La prochaine étape ? Tous les transports publics fonctionneront dès 2025 à l’énergie renouvelable, biodiesel, biogaz et hydroélectricité. Les camions lourds devront rester hors de la ville et les livraisons seront effectuées par des camions électriques ou hybrides biocarburant-électrique. Ces véhicules, développés par Scania, fonctionneront uniquement à l’électricité en ville. On expérimente aussi la livraison de nuit, ce qui réduira d’autant plus la congestion.

Le camion de l’avenir sera peut-être suédois. Actuellement, on expérimente des routes dotées de caténaires pour les poids lourds, mais aussi des rails semi-enterrés capables d’alimenter en électricité ou de recharger des camions à batteries. Un peu comme le Danemark a innové dans le domaine des éoliennes dans les années 80-90 et s’est taillé une place enviable dans ce secteur, la Suède fera sans doute figure de leader dans le transport routier. Grâce à ces programmes ambitieux et cette vision à long terme, l’économie suédoise a réduit son intensité carbonique par un facteur 3. L’approche systémique et intégrée de la Suède devrait inspirer nos gouvernements. Il n’y a pas de mal à s’inspirer des meilleurs !