Quatre priorités pour les océans

CHRONIQUE / Environ 71 % de la surface planétaire est recouverte par l’eau salée. Les mers et océans ont une profondeur moyenne de quatre kilomètres, et on y retrouve 97,5 % de toute l’eau présente sur la planète. Ces quelques chiffres suffisent à apprécier l’importance de la composante principale de l’hydrosphère.

Mais il y a plus. Mers et océans constituent le plus grand écosystème planétaire, car il n’y a pas, à proprement parler, de frontières infranchissables pour les êtres vivants dans l’eau, et les systèmes marins sont tous reliés entre eux. Plus encore, les océans jouent un rôle essentiel dans la régulation du climat planétaire. Ils stockent l’énergie thermique, et l’évaporation de l’eau fournit 40 % des précipitations qui tombent sur les continents. Dans les mers tropicales, les courants marins de surface, comme le Gulf Stream, transportent vers les latitudes plus froides des quantités énormes de chaleur. Enfin, les océans – et non les forêts – sont les véritables régulateurs de la quantité d’oxygène planétaire.

Mais les océans sont menacés par les impacts de l’activité humaine. Les principaux fléaux qui les affectent sont d’abord le réchauffement du climat et l’augmentation de la concentration du CO2 dans l’atmosphère, qui provoque une acidification de l’eau de surface. La combinaison des deux phénomènes crée un stress sur les communautés vivantes comme les récifs coralliens. Les apports de fertilisants provenant de l’agriculture par les rivières et les fleuves créent des conditions d’anoxie – absence d’oxygène – dans les zones peu profondes écologiquement productives des estuaires et du plateau continental. Cela fait dépérir les communautés de poissons et de crustacés. Les rivières et fleuves sont aussi les principaux transporteurs des huit millions de tonnes de plastique qui s’y retrouvent chaque année. Ces déchets s’ajoutent aux « continents de plastique » qui flottent déjà dans chaque océan et qui polluent les berges sur leur pourtour. Le dernier problème est lié à la surpêche. Les stocks de poissons sont de plus en plus précaires, et la flotte hauturière mondiale prélève souvent bien au-delà de la capacité de renouvellement des stocks. Au rythme actuel, il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans en 2050. Quant à la biodiversité marine, elle est chaque jour plus menacée.

Quatre priorités sont évoquées pour renverser cette situation. D’abord, la lutte aux changements climatiques peut s’avérer très bénéfique pour ralentir l’acidification et la perte de biodiversité. Comme l’agriculture est l’un des principaux facteurs de réchauffement du climat par les émissions de méthane et de protoxyde d’azote, la lutte aux changements climatiques par le changement des pratiques agricoles peut aussi contribuer à réduire l’anoxie des fonds marins. 

Pour la réduction des apports de plastique vers les océans, il faut réduire notre dépendance à ces matières polluantes et préconiser l’économie circulaire, c’est-à-dire augmenter le recyclage pour les plastiques dont on ne peut pas se passer. Il faut faire respecter les réglementations de pêche, à la fois dans les eaux nationales et imposer des codes de conduite dans les eaux internationales. 

On doit aussi créer, au plus vite, de vastes aires protégées qui permettent aux poissons de se réfugier, de s’alimenter et de se reproduire. Très peu de ces espaces protégés existent. Les espèces marines migrent sous la pression du réchauffement climatique. On le constate dans le golfe du Saint-Laurent, mais c’est la même chose partout dans le monde. Il leur faut des refuges.

La protection des océans est un énorme défi pour les prochaines décennies. Si vous allez à la plage, cet été, pensez que les océans ont besoin de vous. Si vous consommez du poisson, choisissez un produit portant une certification de pêcherie durable. N’achetez plus de bouteilles d’eau, refusez les sacs de plastique. Ce sont quelques gestes qui pourront faire une différence.