En 2033, je serai bien vieux, mais mes petits-enfants auront entre 18 et 27 ans.

«Nous sommes en 2033»

CHRONIQUE / Vendredi dernier se déroulait à l’UQAC le rendez-vous du génie régional. Une activité de perfectionnement offerte aux membres de la profession par le chapitre local de l’Ordre des ingénieurs du Québec. J’en assumais la présidence d’honneur, bien que j’aie abandonné depuis longtemps ma règle à calcul et mes équerres. La thématique, orientée vers le développement durable au service de la région, expliquait sans doute ce choix.

Parmi les activités, un panel animé par le député Sylvain Gaudreault et mettant en vedette Catherine Munger, chef des services environnement de Rio Tinto, Nicolas Gagnon, directeur du Centre québécois de développement durable (CQDD), et Richard Larouche, PDG de Génitique. J’y siégeais aussi comme expert, compte tenu de mes travaux dans le domaine depuis plus de trente ans. Chacune et chacun ont pu exprimer sa compréhension du développement durable et ses avancements dans le domaine. J’avoue avoir pu constater avec plaisir l’avancement du développement durable dans les pratiques et dans le discours de ces importants acteurs régionaux. Cela n’avait rien à voir avec les années 1990 ! La récente reconnaissance mondiale des alumineries et de toute la chaîne de production de l’aluminium régional par l’Aluminium Stewardship Initiative, le travail du CQDD auprès des PME régionales, les choix de l’entreprise Génitique dans ses orientations stratégiques et son recrutement de personnel montraient clairement le chemin parcouru.

Les 70 participants ont ensuite été conviés à une activité de type « Word Café » où ils devaient répondre à la question : nous sommes en 2033, la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean est reconnue comme un modèle de développement durable. Comment en sommes-nous arrivés à ce résultat ? » Chaque table devait discuter de la question en prenant comme point de départ une des six dimensions du modèle de développement durable développé par la chaire en éco-conseil : éthique, sociale, économique, gouvernance, culturelle et écologique. J’avais comme responsabilité de faire la synthèse de leurs réponses, ce que j’ai tenté au mieux, mais les phrases recueillies à chaque table seront transmises à chacun des participants pour alimenter leur réflexion. Il ne faut surtout pas laisser derrière le fruit de l’intelligence collective !

Les ingénieures et les ingénieurs ont un rôle incontournable à jouer dans l’évolution de notre société vers le développement durable. Pas seulement en raison de leurs compétences techniques et de leur créativité, ce sont aussi des citoyens, des électeurs, des influenceurs et des mères et pères de famille qui éduquent les générations montantes. Leurs valeurs, leur éthique professionnelle, leur attachement à la région et à son environnement unique constituent le socle sur lequel se construit leur contribution. Mais dans le travail de l’ingénieur, la rigueur d’exécution ne suffit pas. Personne ne peut faire de développement durable tout seul. Il faut une écoute des préoccupations et des besoins des parties prenantes, pas seulement de celles des donneurs d’ordre. Leur aptitude à sortir des sentiers conventionnels et à voir plus loin est un gage de créativité et d’adaptation aux conditions changeantes que nous imposeront par exemple les changements climatiques. 

En 2033, je serai bien vieux, mais mes petits-enfants auront entre 18 et 27 ans. J’espère que le futur que nous leur préparons aujourd’hui sera le résultat rêvé lors de ce « World Café ». Une région qui se distingue par le niveau de bonheur de ses habitants, qui met en évidence son appartenance et sa responsabilité envers l’environnement et qui attire des gens du monde entier. Mais pour en arriver là, il faut agir maintenant et continuer sur la lancée des pionniers avec qui nous avons créé en 1991 la région laboratoire du développement durable !