Les Sex Pistols: Paul Cook, Sid Vicious, Johnny Rotten et Steve Jones

No future?

CHRONIQUE / «No future!», tel fut le cri de ralliement du mouvement punk, à la fin des années 1970. Les jeunes de l'époque voyaient un avenir fermé, dominé par un classicisme de formes et une insignifiance de fond, imperméable à l'innovation. Un avenir déterminé est le pire des cadeaux qu'on puisse offrir aux générations montantes. La chanson des Sex Pistols l'exprime avec éloquence.
La vision du développement était, à l'époque, indissociable des «trente glorieuses» années qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale. Industrialisation, armements, guerre froide justifiaient la croissance du produit intérieur brut (PIB) des pays développés. Dans les pays riches, on quittait massivement l'agriculture pour la ville. La génération née après 1940 profitait de l'expansion des banlieues. Si on en croyait les économistes, il suffisait de soutenir la croissance du PIB pour assurer le bonheur de chacun. Il y avait donc un avenir, mais si, et seulement si, on faisait plus de la même chose. Malheureusement, le modèle dominant commença à connaître des ratés en raison des premières crises environnementales, dans les années 1960, et la situation continua à s'aggraver dans les années 1970 et 1980. Seveso, Amoco Cadiz, Three Miles Island, Bhopal, Tchernobyl ... La liste des faillites du système fut longue et cruelle.
C'est à cette époque pourtant qu'ont été formulées les prémisses de ce qui devait devenir le développement durable. Une forme de développement encore hypothétique où l'on devait considérer les plus démunis d'abord, assurer l'égalité des genres, valoriser les cultures locales, mettre en évidence le lien fort entre la pérennité des ressources et la qualité de l'environnement à l'échelle locale comme globale, et surtout, affirmer la subordination de l'économie à une société qui, malgré ses besoins instantanés, se préoccupait du futur. La table était donc mise pour les idées, mais que retrouvait-on dans les assiettes?
Il en aura fallu du temps pour arriver à des propositions concrètes et nous n'en sommes qu'au début. L'échec du modèle classique du développement qui ne considère que le court terme et qui croit que plus on en met sur la table des riches, plus les pauvres pourront en profiter par «ruissellement» est arrivé à son terme. L'élection «démocratique» de Donald Trump est probablement un des derniers sursauts d'un modèle révolu. Incapables de sortir des ornières des trente glorieuses, nos gouvernements parlent volontiers du développement durable, mais agissent timidement en ce sens.
Perspective révolutionnaire
Pourtant, le développement durable offre une perspective révolutionnaire dans laquelle on donne à chacun un avenir, pas seulement demain, mais dans une perspective de long terme. La culture des Autochtones en Amérique du Nord nous dit qu'il faut penser chacun de ses gestes en fonction du bien-être de la septième génération à venir. Cela a inspiré les fondements du développement durable. Il en résulte qu'il faut se préoccuper de l'effet sur le climat de chaque kilogramme de gaz à effet de serre qui est émis aujourd'hui parce qu'ils auront des répercussions sur les événements climatiques encore dans cent ans et plus.
Pour les Innus, la vision du monde est circulaire. Chaque génération prépare le terrain pour la suivante dans un éternel recommencement. L'avenir est donc à la fois ouvert et déterminé. La coexistence de ces deux options appelle à l'adaptation perpétuelle.
J'ai connu les années du mouvement punk sans toutefois en partager le désespoir. Au terme de ma carrière professionnelle, je me permettrai de dire que le futur n'existe que si on a le courage de l'envisager, la détermination d'y faire face et l'humilité de s'y ajuster. Peu importe de quoi demain sera fait, avec l'ouverture d'esprit, la connaissance scientifique et la solidarité, l'humanité saura tirer son épingle du jeu si seulement elle peut considérer que les solutions du passé ne sont pas garantes des succès de l'avenir.