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Claude Villeneuve
Le Quotidien
Claude Villeneuve
Les visioconférences ou les prestations virtuelles ont donc une empreinte carbone significativement plus basse que les activités en présentiel dès qu’un des participants se déplace en voiture.
Les visioconférences ou les prestations virtuelles ont donc une empreinte carbone significativement plus basse que les activités en présentiel dès qu’un des participants se déplace en voiture.

L’impact climatique des visioconférences

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CHRONIQUE / La pandémie a changé bien des choses, dans la dernière année. Parmi celles-ci, la multiplication exponentielle des communications électroniques pour la formation, les rencontres, le télétravail, les loisirs et les échanges d’information. Ce changement à l’échelle planétaire laissera des traces. Mais quel impact une telle multiplication de la consommation d’appareils électroniques, de bande passante et d’électricité peut-elle avoir sur les émissions de gaz à effet de serre ?

Certains prédisent une catastrophe. Un article du numéro d’avril 2021 de la revue Resources, Conservation and Recycling a tenté de répondre à cette question et obtenu des résultats surprenants. Voyons un peu ce dont il en retourne.

D’abord, les chercheurs ont évalué l’augmentation liée aux mesures de confinement de quatre types d’activités dans la dernière année : les jeux vidéo en ligne, les courriels, les visioconférences et le streaming. Au total, on parle d’une augmentation d’environ 15 à 40 % de l’usage d’Internet. La part du lion de celle-ci (80 %) est associée au streaming. La visioconférence suit avec 16 % de l’augmentation nette. Mais encore ?

Pour évaluer les émissions de gaz à effet de serre, il faut compter la quantité d’électricité consommée. On parle au total de 42,6 Térawattheures (TWh) depuis un an. C’est énorme ? Aux fins de comparaison, les alumineries du Québec consomment chaque année près de 40 TWh. Si on la ramène en proportion, la visioconférence demande une consommation supplémentaire de 6,8 TWh. C’est environ 2 % de la production d’Hydro-Québec, mais à l’échelle mondiale, cela ne représente pas grand-chose. En revanche, on le sait, pour produire de l’électricité, tous les réseaux ne sont pas aussi propres que celui d’Hydro-Québec. On utilise encore massivement le charbon et le gaz naturel. Il y a donc une empreinte carbone significative à mesurer.

Dans l’article, on parle de l’émission de 3,2 millions de tonnes de CO2 pour l’utilisation accrue d’Internet en raison du confinement. Cela veut dire 512 000 tonnes de CO2 au total pour la visioconférence. C’est un peu plus que les émissions prévues pour l’usine de liquéfaction de GNL Québec en un an. Tous ces gros chiffres sont difficiles à mettre en perspective. Prenons le problème par l’autre bout.

Dans son cycle de vie, de l’extraction des ressources jusqu’au recyclage, un microordinateur génère environ 150 kilos de CO2. En supposant une vie utile de 15 000 heures, cela donne 10 grammes par heure d’utilisation. Reste l’électricité. Dans une approche de cycle de vie, il faut considérer non seulement l’électricité consommée par l’ordinateur, mais aussi celle des serveurs et tout le système de transmission des informations. Dans les quatre applications analysées (Skype, Zoom, Webex et Facetime), le maximum se situe autour de 150 grammes de CO2 par heure, sauf pour Facetime, qui en produit environ 10 fois moins. On comprend que le maximum est généré dans les pays qui fabriquent leur électricité à partir du charbon. Mais qu’en est-il au Québec ?

Selon Hydro-Québec, les émissions de cycle de vie de chaque kilowattheure sont de 20,72 grammes de CO2 équivalent. C’est 50 fois moins que pour l’électricité au charbon. En demeurant conservateur, disons 30 fois moins, c’est-à-dire cinq grammes par heure. On peut donc estimer qu’une visioconférence ou un cours en ligne réunissant une vingtaine de participants toutes caméras ouvertes pendant une heure est d’environ 100 grammes de CO2éq pour l’électricité et le double pour le cycle de vie des ordinateurs, pour un total de 300 grammes. Est-ce grave docteur ?

Pour se donner une idée, la combustion d’un litre d’essence produit (sans considérer le cycle de vie) 2,35 kilos de CO2. Un moteur de 2 litres qui tourne au ralenti consomme 1,2 litre à l’heure donc 20 grammes de CO2 par minute. Une auto qui consomme 8 litres aux cent kilomètres produit 200 grammes de CO2 par kilomètre. Toutes proportions gardées, notre cours en ligne aura le même impact que de laisser tourner une auto au ralenti un quart d’heure ou de parcourir 1,5 kilomètre. Bref, c’est insignifiant.

Les visioconférences ou les prestations virtuelles ont donc une empreinte carbone significativement plus basse que les activités en présentiel dès qu’un des participants se déplace en voiture. Ce n’est pas une raison pour ne pas souhaiter se retrouver un jour en personne pour casser la croûte, boire un pot, suivre un cours ou faire un colloque. Les humains sont des animaux sociaux et toutes ces activités ont leur utilité pour notre santé physique et mentale.