Les villes font partie de la solution

CHRONIQUE / Le monde municipal est au premier rang quand il s’agit de s’adapter aux effets des changements climatiques, mais qu’en est-il de lutter contre ce phénomène ? La question mérite qu’on s’y attarde. La mobilisation des jeunes appelle à l’engagement de tous.

Qu’ont en commun New York, Paris, Londres, Austin (Texas), San Francisco (Californie), Oslo (Norvège), Stockholm (Suède), Lisbonne (Portugal) et Venise (Italie) ? Ces villes font partie d’un groupe de 94 cités qui ont déjà plafonné leurs émissions et commencé leur décroissance. Le C40 est un regroupement de grandes villes qui ont pris l’engagement d’atteindre les cibles de l’Accord de Paris, indépendamment de leurs politiques nationales, en utilisant les moyens qui sont à leur portée. Ainsi, il faut d’abord savoir mesurer, par des inventaires annuels, les émissions de GES qui sont sous leur responsabilité, pour ensuite travailler pour atteindre des cibles de réduction. La ville assume le leadership de concert avec les partenaires locaux et les gouvernements supérieurs s’il y a lieu. Il s’agit donc d’une approche d’amélioration continue menée de bas en haut.

Les grandes sources d’émissions sur lesquelles les villes peuvent avoir un contrôle sont surtout liées aux bâtiments (normes de construction, incitatifs au solaire, chauffage et climatisation, incitatifs à l’utilisation du bois de structure) Ce n’est pas négligeable. Pour la ville de Vancouver, par exemple, l’inventaire a montré que 60 % des émissions de GES étaient dans le secteur du bâtiment. Les villes ont aussi un parc de véhicules et d’équipements motorisés qui servent à des fins variées. Des normes d’achat de véhicules moins gourmands, hybrides ou électriques, peuvent soulager le bilan de GES de plusieurs points de pourcentage. Le C40 a préparé une trousse à outils pour aider les gestionnaires municipaux à réduire leurs émissions. On peut la trouver à https ://resourcecentre.c40.org/resources#cities-leading-the-way . 

On pourrait les appliquer ici. Lors d’une conférence que j’ai donnée récemment au congrès annuel de la Fédération québécoise des municipalités, j’ai reçu une très bonne écoute. On parle même de villes et de villages qui veulent être carboneutres avant 2030. C’est un défi intéressant et motivant pour les citoyens.

Les moyens à la disposition des municipalités du Québec sont toutefois limités, l’électricité que nous consommons ayant une très faible empreinte carbonique. Sauf aux Îles de la Madeleine et dans quelques villages nordiques isolés du réseau, l’efficacité énergétique dans le domaine électrique rapporte très peu de gains en termes de réductions de GES. Il faut donc agir ailleurs. À cet effet, les municipalités disposent du puits de carbone forestier. Les forêts absorbent le CO2, le principal GES. Les arbres le stockent sous forme de biomasse forestière. Tant qu’ils restent vivants, ce stock de carbone continue de grandir. Lorsque les arbres meurent, il faut souvent des décennies avant qu’ils ne se décomposent et rendent le CO2 à l’atmosphère. Lorsqu’ils sont coupés pour faire des produits durables comme des meubles ou du bois d’œuvre, le carbone y reste emprisonné. Ainsi, une nouvelle forêt peut repousser sur le même territoire et augmenter le stock de carbone.

Les municipalités ont aussi un rôle à jouer dans l’éducation et la sensibilisation des citoyens. Victoriaville, par exemple, encourage la construction de maisons à faible empreinte carbone et compense avec Carbone boréal les émissions liées au béton des solages pour ceux qui respectent les règles du programme.

Chacun peut prendre ses responsabilités pour lutter contre les changements climatiques. Les municipalités peuvent jouer un grand rôle à cet égard. Quand on constate la montée de l’angoisse des jeunes par rapport au climat, il est bon de pouvoir dire qu’on fait sa part.