Les villes et l’urgence climatique

CHRONIQUE / Le rapport spécial du GIEC sur la possibilité de limiter le réchauffement du climat à 1,5˚C avant la fin du siècle a provoqué un sentiment d’urgence climatique.

Les déclarations des autorités onusiennes relayées par les groupes écologistes déterminent un horizon très court pour prendre des mesures musclées. Deux ans pour renforcer considérablement les engagements et les actions nationales, 12 ans pour avoir réduit les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 45 %, 32 ans pour que l’humanité soit totalement carboneutre. C’est indispensable, mais est-ce bien réaliste ? Quelle que soit la réponse, on ne peut plus se payer le luxe de ne pas prendre la situation au sérieux. J’ai participé le 21 mars dernier à un panel dans le cadre du sommet municipal « Résilience Climat » organisé par l’Union des municipalités du Québec (https ://umq.qc.ca/evenements/sommet-municipal-resilience-climat/).

Les municipalités sont concernées au premier chef tant par la lutte aux changements climatiques que pour l’adaptation à leurs effets. Les conseils municipaux sont l’ordre de gouvernement le plus près des citoyens. Leurs responsabilités locales exigent une attention de tous les instants à l’entretien des infrastructures comme les routes ou les réseaux d’égouts, la protection des citoyens et l’aménagement du territoire. Les villes contrôlent aussi des parcs immobiliers et des flottes de véhicules qui utilisent de l’énergie fossile et sont une source de GES. Enfin, les villes ont la responsabilité de la cueillette et du traitement des ordures ménagères. Chacune des décisions qui sont prises dans ces secteurs peut avoir des impacts sur les changements climatiques ou être affectée par les risques nouveaux qui en résultent. Par exemple, les cycles de gel-dégel sont beaucoup plus fréquents et rapprochés aujourd’hui qu’il y a 30 ans, ce qui se traduit par une dégradation de la chaussée et l’apparition hâtive de nids-de-poule. Les municipalités situées sur le littoral sont affectées de plus en plus par l’érosion côtière qui résulte de l’augmentation du niveau de la mer et des tempêtes plus violentes qu’autrefois. Même si les ordres supérieurs de gouvernement ont leurs responsabilités, ce sont les municipalités qui doivent vivre avec les conséquences qui affectent leur potentiel de développement et leurs budgets annuels.

Réduire les vulnérabilités

À mon sens, il y a quatre priorités pour les municipalités dans le domaine de la lutte et de l’adaptation aux changements climatiques. La première exigence est de connaître ses vulnérabilités et de mettre en œuvre des mesures pour les réduire. Cartographier les zones inondables, aménager les abords des cours d’eau pour limiter les dommages lors de crues exceptionnelles, identifier les îlots de chaleur et mettre en œuvre des actions pour les réduire ne sont que quelques exemples qui vont dans ce sens. Les printemps 2017 et 2018 nous ont montré combien nous n’étions pas préparés au nouveau climat.

La deuxième priorité pour les municipalités est de faire l’inventaire des sources d’émissions qui sont sous leur contrôle et de les gérer avec rigueur et transparence pour les réduire au maximum. Efficacité énergétique, véhicules verts, compostage de la matière organique s’inscrivent dans ce sens. Une fois le ménage fait, il devient alors plus facile d’impliquer les citoyens. En effet, nos choix individuels déterminent une grande partie des émissions de GES. La troisième priorité est donc de communiquer aux citoyens les bonnes pratiques en matière de réduction de GES et de favoriser leur adhésion à des modes de vie plus sobres en carbone.

Enfin, les municipalités peuvent créer des puits de carbone en aménageant des espaces verts, en plantant des arbres dans une approche combinant la biodiversité, l’amélioration de la qualité de l’air, la réduction des îlots de chaleur et la lutte aux changements climatiques. Beau programme pour les prochaines élections municipales !